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Commémoration de l’attentat du 31 juillet 2002 au Mont Scorpus ce Mardi 31 juillet

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Commémoration de l’attentat du 31 juillet 2002 au Mont Scorpus ce Mardi 31 juillet
Pour information, l’Ambassadeur  de France en Israël, Christophe Bigot, participera demain, mardi 31 juillet à  une cérémonie en la mémoire des neuf victimes de l’attentat du Mont Scopus, dans lequel il y a dix ans, le Français David GRITZ a trouvé la mort.
Un dépôt de gerbe est prévu à 11h00 à l’université hébraique de Jérusalem (Nancy Reagan Plaza).

« S’imaginer que la mort est impossible – l’oublier du moins – est le début de toute déchéance! »

Journal de David Gritz, 4 mars 2001

 

« Clic, un coup de pouce dans l’intérieur de la tête, et vous disparaissez. / La jeunesse – éternelle – ô, mon passage sur cette terre! »

Journal de David Gritz, 14 août 2001

Né le 23 mars 1978 à Paris, de mère croate catholique et de père juif américain, et élevé dans un milieu non-religieux et cosmopolite, David Gritz a passé son enfance et sa jeunesse en France, mais aussi aux États-Unis et en ex-Yougoslavie (notamment en Bosnie et en Croatie), où il allait régulièrement pour les vacances. Après le baccalauréat, il est parti étudier en Amérique du Nord, restant une année à McGill University de Montréal avant de revenir à Paris pour suivre des classes préparatoires lettres, entrer à l’Institut des Sciences Politiques et, en même temps, faire une licence et une maîtrise en philosophie à l’Université. En 2002, ayant renoncé au dernier moment à poursuivre un programme de double diplôme à l’Institut des Sciences Poliques et à l’Université de Berlin, il a accepté une bourse de l’association franco-israélienne Maskilim pour partir en juillet en Israël faire des études à l’Université Hébraïque de Jérusalem et à l’Institut Shalom Hartman. Il devait également travailler pour son DEA de philosophie: « Les politiques de la Création: de Babel à Abraham », sujet qui lui permettait d’allier ses intérêts pour la philosophie (politique) et la Bible. Il a été assassiné à l’Université hébraïque de Jérusalem, quinze jours après son arrivée, lors de l’attentat survenu le 31 juillet 2002.

Sur le plan humain, David avait une influence extraordinaire sur les autres, même sur ceux qui le connaissaient à peine. Son intelligence, ses qualités, son charme étaient saisissants, mais il rayonnait aussi de l’intérieur. Sensible, attentif, patient et généreux, il montrait une finesse de sentiments et un enthousiasme qui ne pouvaient que frapper les gens. Du plus profond de son cœur, il se préoccupait de la vie des autres et était toujours là pour les aider et les encourager, en actes et en paroles. Cette ouverture d’esprit l’avait rendu naturellement enclin aux échanges. Avide de connaissances et de nouvelles expériences, il voulait tout comprendre et entretenait donc des relations avec toutes sortes de personnes, discutant de tous les sujets.

Malgré l’absence d’incitation religieuse familiale, David s’était assez tôt montré attiré par le judaïsme, mais cet intérêt s’était affaibli, voire éclipsé, après son entrée dans le secondaire, pour resurgir quelques années plus tard. Par contre, ni ses goûts précoces pour les langues, la littérature et la musique ni son penchant pour la pensée philosophique, acquis, certes, bien plus tard, ne s’étaient jamais démentis. Quant à la musique, David avait commencé le violon avant l’âge de 5 ans, il jouait aussi d’autres instruments, notamment piano et guitares. S’il était surtout porté sur la musique classique, tout particulièrement sous forme de musique de chambre, il fit aussi partie d’ensembles rock, folk-pop et klezmer.

Quant à la philosophie et la religion, l’année passée à McGill avait constitué un tournant décisif pour lui. Comme il l’avait indiqué dans sa « Lettre de motivation », écrite en décembre 2001 en complément de son projet de recherche soumis à l’appréciation du comité scientifique de Maskilim, la découverte de Nietzsche et de ses idées sur « l’interprétation » avait joué un rôle décisif.

« Cela a été une année importante pour moi, pour deux raisons principalement. La première c’est que j’ai découvert… l’œuvre de Nietzsche. À cette époque, je voyais l’œuvre de Nietzsche comme une manière, non religieuse et non métaphysique, d’aborder des questions qui appartenaient au domaine de la pensée chrétienne et de la métaphysique… Dieu ne pouvait plus être l’objet d’un “logos”: l’interprétation (qui est le cœur du monde dans la pensée de Nietzsche) devait remplacer l’explication théologique dans la quête du divin. Spiritualité et langage étaient, encore une fois, très proches. »

Deuxième fait marquant de cette année à McGill, le dialogue engagé avec un camarade catholique « fervent et intelligent » a ravivé son intérêt pour la religion et l’a poussé à creuser les différences entre christianisme et judaïsme – ce qu’il a continué à faire jusqu’à la fin de sa vie avec cet ami et d’autres interlocuteurs, y compris des prêtres.

« Je n’ai jamais été réellement convaincu par la présentation que faisait mon ami du christianisme; mais j’ai au moins gagné une connaissance de la religion chrétienne et un certain respect pour elle. Je suis devenu plus sensible que je ne l’avais été auparavant au thème de la religion et de la foi, ainsi qu’à la Bible. J’ai donc commencé à me demander ce que signifiait le fait de rejeter Jésus comme Messie; en d’autres termes, le judaïsme est devenu à ce moment-là une question fondamentale. »

Levinas, découvert plus tard, permettait à David d’établir des liens plus solides entre ces deux préoccupations principales: la philosophie et le judaïsme. À cet égard, on lit dans cette lettre de motivation:

« La découverte d’Emmanuel Levinas… a été cruciale pour moi, étant données les questions que j’avais à l’esprit. Je ne peux pas dire que Levinas m’ait apporté des réponses; mais les questions sont devenues plus claires. J’étais à présent capable d’établir un lien entre mon intérêt pour le thème de l’interprétation et l’idée selon laquelle il y a quelque chose dans l’humanité qui limite une conception du monde en tant que une simple somme d’interprétations: la Bible hébraïque, comme le suggérait Levinas, était le nœud de ce lien. Grâce à Levinas, plusieurs notions théologiques qui me laissaient perplexe ou insatisfait prirent un tout autre poids. »

Ou encore dans son journal:

« Mais quoi que je fasse pour nier cela, il y a l’appel de la Bible… Mais la seule parole philosophique parlante, pour moi, a toujours été ce quelque chose de plus qui m’a amené à Levinas. » (07/02/01)

Si son mémoire sur l’esthétique de Levinas lui a donné l’occasion d’aborder un thème touchant à la fois à l’art, la philosophie et la religion, l’étude prévue sur les politiques de Babel devait lui permettre d’approfondir ses connaissances dans ces deux derniers domaines. Ce projet sur Babel partait de l’idée d’une part d’indétermination dans la Création – dans les rapports entre nécessité et contingence (Maïmonide) – et de ses conséquences, théoriques et pratiques, concernant la diversité et l’uniformité, ainsi que la liberté humaine. Sur le plan politique, cela le conduisait à aborder la question de la démocratie et du pluralisme en opposition à toutes les formes de totalitarisme. La figure d’Abraham émergeait alors comme le premier « sujet » ou individu, répondant à l’injonction divine d’aller vers lui-même (lekh lekha). Dans son projet (en anglais) il précisait sur ce point:

« … le moi n’est pas donné dès le départ, il n’est pas une identité solide d’où découle la vie. Il semble plutôt comme le but d’un mouvement: c’est l’action qui précède. Babel signifiait par contre la priorité de l’identité sur l’action; l’unité du langage, dans cet épisode, n’était que le corrélat du désir d’une identité ferme. L’injonction “lekh lekha” recrée au contraire le lien intrinsèque entre la parole et l’action, et la liberté réapparaît dans le monde. »

Cette réflexion sur l’émergence d’un premier individu devait le conduire à aborder la question des rapports entre liberté et responsabilité, entre contingence et nécessité, au sein d’une société humaine.

L’alternative qui s’est posée à lui – Berlin ou à Jérusalem – impliquait des orientations bien distinctes. La première, eurocentrique, l’engageait à poursuivre ses études philosophique et politique, elle l’aurait peut-être conduit à une carrière non universitaire, tandis que la seconde, axée surtout sur la philosophie et la religion, l’incitait à approfondir des études juives ou de religions comparées, ce qui, en fin de compte, l’attirait davantage. En tout cas, comme il note de façon amusée en faisant allusion au poème « Zähle die Mandeln » de Paul Celan, il n’aurait pas tout à fait rejeté l’Allemagne:

« Poème qui va vers Jérusalem, mais… en allemand… Déjà j’aurai passé par l’Allemagne. » (Journal, 23/02/02)

La force de cet appel de Jérusalem, son caractère en quelque sorte irrésistible, semble indéniable, même s’il lui arrivait encore de résister:

« Je suis peut-être…mutatis mutandis… comme le prophète Jonas. J’ai entendu la parole, mais je ne veux pas y répondre; je veux rester dans une agréable paix égoïstement hédoniste. Pouvoir me contenter de vivre… au sein d’un chaos assumé! Oh, que j’aimerais pouvoir vivre tranquillement, en bon épicurien – c’est-à-dire avec le plaisir, sa recherche, et la mesure. » (Journal, 07/02/02)

« Je te reconnais, D.ieu, mais s’il te plaît, laisse-moi tranquillement vaguer! » (Journal, 04/03/01)

Dans les circonstances actuelles le choix de Jérusalem, avec tous les risques qu’il comportait, n’allait pourtant pas sans déchirements et examens de conscience:

« Comment expliquer mon départ en Israël, mon choix du risque? L’attrait du mot, le romantisme de Jérusalem? Il y a cet attrait, il y a ces couches superposées de romantismes, peut-être. Mais ce n’est bien sûr pas que ça. D.ieu, pour moi, je l’espère – et ce fut la part consciente de mes combats intellectuels – n’a jamais été, dans l’absolu, cela. Ce que je ne voudrais surtout pas, c’est que l’on croie que c’est par goût de l’aventure que je vais là-bas. Je n’ai jamais eu, essentiellement, le goût de l’aventure ou du risque pour lui-même. De ce qui est en soi déraisonnable. Est-ce que c’est vraiment déraisonnable d’aller là-bas? Est-ce que c’est vraiment choisir « La Peste »?… Mais y aller, ce n’est pas pour vivre l’expérience de la peste. C’est la continuation d’un chemin que j’emprunte – au bord de la route, je marche et l’un des moments de ce chemin est comme frappé de peste… Il faudra supporter celle-ci, mais je ne fais rien pour elle, pour en connaître l’amère expérience… Mais je me pose tellement de questions! Comment pourrait-il s’agir d’une folie? S’il en était ainsi, il n’y aurait pas tant d’interrogations! » (Journal, 17/02/02).

Il arrive pourtant à trancher avec des références bien frappantes:

« Le risque de Yeroushalaïm. Le poème de René Char… “Impose ta chance. Serre ton bonheur. Et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront.” Bon, let’s go. C’est un lekh lekha (en hébreu), qui me vient et me fait aller. Va. » (Journal, 23/02/02)

Peut-on donc dire que David, qui s’était approché du judaïsme par besoin intellectuel et spirituel, était bien engagé sur le chemin de la conversion, du « retour » à cette religion? Rien n’est moins sûr. Dans la lettre de motivation, il écrit:

« Je ressens cependant un sentiment ambivalent vis-à-vis de la conversion (depuis que le judaïsme est devenu significatif pour moi, j’ai souvent pensé à la conversion). D’un côté, je sens que la pratique des “Mitsvoth” (préceptes) est justifiée. D’un autre côté je ne crois pas que le fait de comprendre leur valeur signifie, pour un non-juif, qu’il doit se convertir. Une des forces du judaïsme, contrairement au Christianisme et à l’Islam, est qu’il combine l’universalité et le particularisme. Le critère de l’“élection” est nécessairement restrictif, mais pas aristocratique. Le fait que tous les êtres humains sont d’une égale dignité peut être inféré de la création de l’homme à l’image de Dieu. Donc la Bible hébraïque est d’une grande importance aussi pour les non-juifs… J’ai tendance à penser… que la lecture juive de la Bible, et que la pratique juive, peuvent et doivent être une source d’inspiration majeure pour les non-juifs. Je me demande donc s’il n’est pas plus intéressant pour moi de promouvoir la compréhension du judaïsme en tant que non-juif. »

Et dans l’avant-dernière entrée de son journal, écrite d’ailleurs en hébreu, il évoque de nouveau ces questions:

« Je ne fais pas retour, car je n’ai jamais eu de retour. Ou, tout doucement, tout doucement, j’irai vers le retour. Il est important d’inventer des lois, des formes nouvelles… Comment me sentir maintenant, dans cette ville où les couleurs des mondes et des cieux se mêlent dans la pierre blanche? Est-il possible de me rendre israélien? Est-ce là la question la plus importante? Je reviens aux questions (et non pas à la “question”). Faire retour, c’est peut-être revenir aux questions. S’il y a un grand nombre de questions, la présence divine est là. Souvent, on pense qu’il y a en nous beaucoup de questions. Or toutes ces questions-là ne sont que les paroles d’une âme qui a oublié de parler la langue sainte. » (Journal, 27/07/02)

Ce que l’avenir aurait apporté, quel tournant la vie de David aurait pris, personne ne peut vraiment le savoir. La seule certitude, c’est qu’un jour d’été 2002 à une cafétéria de l’Université Hébraïque de Jérusalem, David Gritz, partisan fervent de l’entente entre les peuples et de la coexistence pacifique entre Israël et un État palestinien, a été tué instantanément quand un boulon d’une bombe terroriste lui a pénétré le crâne pour se loger dans son cerveau.

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