PARASHAT AHARE MOTH  2019, Shabbat du 26 Avril 2019 -horaires Ashdod 18 h 47 –  19 h 57

MOADIM LESIMHA !!!! HAGUIM OUZEANIM LE SASSON ! et aussi TIZKOU LESHANIM RABBOTH NE’IMOTH VETOVOTH !!!!

Selon les années, cette parasha est couplée avec Kedoshim. Cette année, 2019, qui est « me’ôubéreth » (bissextile) elle n’est pas associée à la parasha suivante. Cependant, dès cette semaine va s’installer un écart d’une parasha entre Israël et le reste du monde jusqu’au 3 août où, en Diaspora seront lues ensemble Mattot-Mass’êy (et en Israël Mass’êy sera lue séparément et le 10 août toutes les communautés liront ensemble les mêmes sections.

Aharé Moth est située au centre du livre du Lévitique (Vayikra) qui, lui-même, est (le Lévitique) situé au centre du Pentateuque de même qu’Eretz Israël est le centre du monde et que le Temple est situé au centre de Jérusalem, elle-même, centre, du centre du monde.

Nous aurions pu nous attendre à ce que dans la première parasha on traite des règles de deuil mais dans Aharé Moth il va s’agir de Yom Kippour et de tout ce qui s’y rapporte.

L’une des thématiques de cette sidra est le jour de Kippour avec tout ce qui s’y rattache comme les deux sacrifices de béliers l’un qui sera brûlé et l’autre, le bouc émissaire, qui sera envoyé pour expier les fautes d’Israël et qui, précipité du haut de la montagne sera déchiqueté en lieu et place de la collectivité, car le descriptif concernant Aharon concerne la préparation physique et spirituelle du Grand Prêtre devant pénétrer dans le Saint des Saints (Kodesh HaKodashim) à Yom Kippour.

De même, quels sont le rapport et la symbolique des vêtements blancs et de la couleur blanche avec les fêtes solennelles de printemps ou d’automne. En effet, après que les deux fils du Cohen Gadol Aharon aient été « foudroyés » HaShem dicte à Moïse ce que devra faire le Grand Prêtre afin de se présenter au Saint des Saints pour une « convocation sainte » pour ce jour d’une gravité exceptionnelle dans le calendrier juif.

Les Sages font remarquer que la seule injonction de « manger » dans la Torah apparaît au moment de Pessah où le peuple reçoit l’ordre de manger (les matsot) en revanche, à la veille de Kippour le peuple reçoit l’injonction de ne pas manger. Pour Pessah, les Enfants d’Israël doivent procéder au sacrifice pascal mais c’est le Cohen Gadol qui sacrifie un bouc alors que le deuxième est envoyé à « Azazel »…

A cette occasion, le Zohar dévoile quelques secrets permettant de saisir pour quelles raisons subtiles cette parasha se lit aux alentours de Pessahet pour quels autres motifs cette section est liée à la fois à Pessah et aux solennités de Kippour. Le Maharsha[1] précise que c’est seulement à deux reprises qu’un nom particulier d’HaShem apparaît dans la Tradition cabalistique et c’est à propos de Pessah et de Kippour. Ce nom est Alef- Hé-Vav-Youd. D’après le Maharsha, les lettres composant le Nom divin sont des initiales. Ainsi, le Alef symbolise Rosh HaShana le Youd représente Yom Kippour, le Hé (5) fait allusion à Souccoth[2]et, le Vav signale que 6 jours après Souccoth a lieu Hoshâna Rabba ou dernière supplique avant la « signature définitive » du Décret divin pour chacun des êtres humains. Ce même nom sacré Alef-Hé-Vav-Youd représente d’autres repères à l’occasion de Pessah : Alef est Rosh Hodesh Nissan ou Inauguration du Tabernacle, le Youd est le Shabbat HaGadol où les Bené Israël ont fait acquisition de l’agneau à sacrifier, le Hé pour le jour de la sortie d’Egypte, cinq jours après le shabbat HaGadol, et le Vav pour la fin de cette semaine de Pessah, pour le Septième jour de Pessah. Les Sages font aussi remarquer que le Shabbat précédant Pessah porte un nom (Shabbat HaGadol) tout comme celui précédant Kippour (Shabbat Shouva) !

Le jour de Kippour est le jour le plus solennel du calendrier juif. Ce jour est celui où Moïse est redescendu vers le Peuple du Mont Sinaï muni des secondes Tables de la Loi.  Mais c’est celui où d’année en année le peuple juif jeûne pour faire pardonner par le Créateur tous ces pêchés que nous accumulons d’année en année en étant conscient du fait qu’en « avouant » des fautes que nous n’avons pas commises nous œuvrons dans le devoir de la mitsva d’être solidaires les uns des autres en partageant entre nous toutes fautes possibles et imaginables. Et ceci en prenant appui sur le passé qui est toute cette année qui vient de s’écouler puisque pendant Yom Kippour nous n’avons pour unique préoccupation que de regretter notre comportement passé et tenter de définir une nouvelle politique pour l’année qui commence et que nous mettons nos mérites à la disposition de notre prochain.

Dans la sidra, le Cohen, avant de pénétrer dans le Saint des Saints pour intercéder auprès de l’Eternel et réclamer Sa Miséricorde et Son Pardon, doit se baigner et se vêtir de blanc, symbole de pureté et de pardon[3]. Aujourd’hui, dans diverses communautés, à travers le monde, les hommes revêtent un vêtement blanc : kittel ou sargueness, djellabia ou simplement un pantalon et une chemise de couleur blanche.  Le Maharal[4] dans son ouvrage consacré à Pessah, explique son opinion d’après laquelle l’homme ressemblant au Cohen Gadol lors de ces fêtes, il s’habille de blanc ce qui lui confère une certaine majesté, la preuve étant dit-il que s’il est interdit de faire sortir le sacrifice pascal c’est parce que la maison représente le Beith HaMikdash et donc, il est hors question de consommer la chair du sacrifice à l’extérieur.

Les exégètes soulignent que le premier sacrifice pascal fut celui présenté par Abel et Caïn avertis par leur père Adam qu’à cette même date, les Bené Israël devront présenter un sacrifice le temps venu. Abel qui s’occupait du « sol » offrit du lin. Quelle en est la raison ? Les Sages en exposent deux : la première étant qu’Abel a considéré les lettres qui terminent les noms de chaque lettre formant le mort korban (sacrifice) ainsi korban s’écrit kouf (pé)-resh-beith-noun, ce qui forme le mot pishtan = lin.  Les commentaires sont légion et, de même que Caïn n’avait pas offert son sacrifice de bon gré, on apprend que Pharaon dont les vues étaient étroites était en fait l’un des descendants de Caïn par les filles de celui-ci. L’un des 4 fleuves du Gan Eden était le Pishon qui n’est autre que le Nil, dans lequel pousse le lin.

Lorsque nous parlerons des ascètes, (nazir), nous verrons que D recommande à celui qui veut faire preuve d’ascétisme de revenir bien vite au sein de la communauté. Nous lisons dans les Pirké Avot (II, 4) « al tifrosh min hatsibour » c’est-à-dire : ne te sépare pas du public c’est-à-dire de ta communauté. Or, en faisant preuve d’ascétisme pour tenter de franchir des degrés de pureté et devenir « saint » il faut s’isoler mais surtout ne pas omettre de se faire pardonner pour s’être séparé du klal Israël sans lequel , on ne peut réellement pas accéder à une spiritualité extrême, tout simplement car l’homme a besoin des hommes, de tous les hommes quels que soient leur mérites ou leurs défauts.  C’est ainsi que le klal Israël est pardonné à Kippour : tout homme participe aux kapparoth de toute la communauté, peu importe quels sont les péchés commis par les uns ou par les autres mettant en exergue le fait que :

ישראל ערבים זה לזה
Ou bien que :
ישראל חברים זה בזה

Ce qui revient à dire que  dans son ensemble, le peuple d’Israël est engagé ou responsable ou lié l’un à l’autre. Et comme on le verra dans la sidra de kedoshim, la sainteté ne peut s’obtenir que tous ensemble car nous sommes solidaires les uns des autres.

Pour en revenir à Aharé mot, dans la parasha de Shemini, on avait évoqué la mort des deux fils d’Aharon dès leur entrée au service de D pour un acte fait à la légère diront certains en apportant un feu que D n’avait pas commandé, ou pour avoir pénétré dans le Saint des Saints sans avoir revêtu les vêtements sacerdotaux  mais surtout, sans y avoir été convoqués.

Cet acte, pourrait passer pour être l’expression d’un amour fou et léger, irresponsable ou irraisonné, un peu comme s’ils avaient été des « fous de D ». C’est là qu’intervient la notion de crainte révérencielle de D car pour ce qui est de notre approche de D l’amour du Créateur ne saurait exister sans crainte et pas n’importe quelle crainte. Il n’est pas question de crainte-peur ou de crainte-effroi mais de crainte proportionnelle au respect que nous devons accorder à D, qui, bien qu’il soit « le fiancé » d’Israël,est notre Souverain. C’est pour cela que nous devons éprouver une crainte « révérencielle ».

Lorsque plus loin dans le texte, nous lisons toujours au sujet de Nadav et Avihou : « ils moururent » cela signifie que leur mort est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît : ils sont morts physiquement mais aussi d’une autre façon : ils n’étaient ni mariés, ni pères de famille : ils sont morts sans descendance. Pourtant, le Midrash rapporte que Moïse s’adressa à son frère Aharon HaCohen, en lui spécifiant  qu’il savait bien que des personnes « saintes » et dotées de qualités très spécifiques auraient à inaugurer le Saint des Saints mais, qu’au vu de tous, Nadav et Avihou étaient des personnages d’une importance supérieure-même à celle d’Aharon ou même de Moïse !

Cependant, d’autres commentateurs font allusion à la âkédat Yitshak ou ligature d’Ytshak. En effet,  au cours de cette « séquence »,  Avraham a aperçu le bélier qui allait prendre la place de son fils et, en même temps,  le patriarche  aperçut un autre sacrifice, de taille,  qui aurait lieu en son temps et qui aurait fait allusion au sacrifice des deux fils d’Aharon.

D’ailleurs, dans les premiers versets de cette parasha nous lisons non seulement que cette péricope prend place après la mort des fils d’Aharon mais encore qu’ils sont morts et ont perdu leur fonction de Cohen sans laisser de descendance. Ils sont donc morts deux fois.

La parasha vient nous enseigner un principe : Aharé Mot-Kedoshim c’est-à-dire : peu importe pour quel motif Nadav et Avihou sont morts : par désobéissance, par orgueil, pour un sacrifice prédestiné : peu importe ! Ils sont morts : rien ne sert de discourir : à présent ils sont saints ! Et, si la médisance sur les vivants est l’une des cinq causes de la lèpre,  alors qui plus est la médisance après la mort est interdite de manière encore plus intense puisque la personne morte est  sainte.

Caroline Elishéva REBOUH

LE BOUC EMISSAIRE

[1] Maharsha ou Morénou HaRav Shemouel Eliezer Eidels (1555-1631) exégète biblique

[2] 5 jours après Kippour

[3]  Au Temple, un cordon d’écarlate (rouge) était noué sur l’une des colonnes et, ce cordon devenait blanc comme neige aux yeux du Peuple dès qu’HaShem avait pardonné.

[4] Morénou HaRav Loeb de Prague (1520-1609) dans Guevouroth HaShem.

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