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Comment parler du racisme aux enfants ?

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Comment parler du racisme aux enfants ?

Propos antisémites d’un humoriste, injures racistes contre la ministre de la justice… le racisme se banalise, notamment sur les réseaux sociaux. Pour combattre ce fléau, qui ne cesse de progresser selon un récent sondage, il est urgent d’éduquer les plus jeunes à la diversité et à la différence, explique Marie-Rose Moro, pédopsychiatre :

« C’est une question qu’il faut aborder différemment, selon les âges. Avec de jeunes enfants, il est surtout important d’en parler de manière positive. Il ne s’agit pas de nier les différences, car ils les perçoivent, mais de leur dire que le monde est composé d’êtres différents, avec des couleurs de peau et des accents différents, de la même façon qu’il y a plusieurs variétés de fleurs, mais toutes sont belles.

Les enfants ne sont pas racistes, ce n’est pas dans la nature. En revanche, ils sont très sensibles aux idées racistes. S’ils entendent des adultes tenir ce genre de propos, ils peuvent les reprendre à leur compte, par mimétisme, mais sans a priori, car avant 6-7 ans ils n’ont pas d’esprit critique ni de jugement moral. S’ils peuvent dire que c’est mieux d’être blanc parce qu’il y en davantage autour d’eux, ils ne diront pas que les blancs sont mieux que les noirs.

Il faut donc éduquer les enfants à la diversité, dès le plus jeune âge, pour leur permettre de reconnaître les différences sans les hiérarchiser. Condamner le racisme ne suffit pas et peut même se révéler culpabilisant.

La manière la plus profonde d’aborder ces questions avec les petits et de leur donner le goût de la mixité et de la différence, ce que les adultes appellent l’altérité.

GRANDS ENFANTS

Avec les plus grands, le discours doit évoluer. À la fin de l’école primaire, les enfants sont à un moment de leur développement où ils n’aiment pas trop la différence. Cela correspond à la période de latence, une période normative pendant laquelle ils recherchent le même et veulent ressembler à leurs petits camarades. C’est aussi un âge où ils commencent à accéder à un discours moral. Il est donc propice d’aborder le racisme à travers des éléments géographiques et historiques, d’autant qu’ils sont très sensibles à l’éducation et à ce qu’ils apprennent en classe. L’école a un rôle important à jouer en donnant aux enfants des systèmes d’interprétations sur l’esclavage et la colonisation, des événements qui font le lit du racisme.

À 10 ans, donner le goût de la diversité ne suffit plus. Il faut développer des arguments théoriques. Dans ses interventions en milieu scolaire, Lilian Thuram, par exemple, raconte aux enfants qu’il n’y a pas que des héros blancs mais les noirs ne sont pas connus car les livres n’en parlent pas. La manière dont on enseigne donne encore une vision très éthno-centrée de l’histoire, dans laquelle il n’y a pas de place pour la diversité.

ADOLESCENTS

À l’adolescence, il ne faut surtout pas éviter les grandes questions sur les races et la hiérarchisation. C’est une période où l’adolescent forge sa manière de penser et a besoin d’approfondir les grands sujets de société. Contrairement à l’enfant, il revendique la différence et devient donc très sensible aux problèmes de discrimination. Il a besoin d’acquérir les systèmes d’interprétation des adultes pour comprendre la dimension historique et sociologique du racisme. À cet âge, les jeunes sont aussi très sensibles aux incohérences des adultes. Si les parents disent qu’ils sont ouverts mais vivent dans un milieu très homogène où il n’y a personne de différent, cela les interpelle. En questionnant nos difficultés ils nous obligent à réfléchir. »

 (1) auteur d’« Aimer ses enfants ici et ailleurs », Odile Jacob
www.la-croix.com

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