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La Kabylie qui aime Israël par Rony Hayot !!!

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Le 14 décembre 2025, à Paris, un homme a proclamé la naissance d’un État. Pas à Alger, pas à Tizi Ouzou — à Paris, devant un gouvernement en exil et une diaspora venue l’écouter. Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, a déclaré unilatéralement l’indépendance de la Kabylie, la proclamant République fédérale démocratique et laïque. Un geste symbolique, certes. Mais un symbole que Mehenni charge, depuis plus de dix ans, d’un message limpide : la Kabylie regarde vers Israël, et elle ne s’en cache plus.

Il faut le dire tout net : chez Mehenni, le rapprochement avec Israël n’est pas un calcul de circonstance. C’est une doctrine. Dès 2012, il se rend en Israël, reçu à la Knesset et au ministère des Affaires étrangères. Il en revient conquis, déclarant à la presse israélienne : « Liberté pour la Kabylie, éternité pour Israël. » Douze ans plus tard, rien n’a changé — sinon que le ton s’est durci et affirmé. Après le 7 octobre 2023, il participe à une manifestation pro-israélienne à Paris. En janvier 2025, la Ligue kabyle des droits de l’homme organise, dans la capitale française, un rassemblement contre l’antisémitisme. Et sur la chaîne Tandem TV, il y a quelques mois, Mehenni va plus loin encore : il annonce que la Kabylie indépendante reconnaîtra l’État d’Israël.

Ce n’est pas tout. Mehenni ne se contente pas d’annoncer une alliance à venir — il la refonde dans le passé. Il rappelle que des Kabyles auraient caché des Juifs à la mosquée de Paris durant l’Occupation. Il évoque l’existence de « Juifs kabyles », convoquant la figure de la Kahina, cette reine berbère du VIIe siècle qui résista aux armées arabo-musulmanes et que plusieurs historiens anciens — à commencer par Ibn Khaldoun — rattachent à une tribu berbère judaïsée. La question de son appartenance religieuse réelle divise toujours les spécialistes ; certains la disent chrétienne, d’autres simplement fidèle aux cultes berbères. Peu importe, en un sens, la vérité historique stricte : ce qui compte, pour Mehenni, c’est la fonction que ce récit remplit aujourd’hui. Il fabrique une généalogie. Il dit aux Kabyles : nous avons toujours été proches des Juifs, bien avant que l’islam ne vienne recouvrir cette terre. Et il dit aux Israéliens : nous ne sommes pas des alliés de circonstance, nous sommes des cousins de mémoire.

Faut-il y voir de la naïveté ? Non. Il y a, dans cette construction, une cohérence stratégique parfaite. Un peuple sans État, opprimé par un pouvoir arabe qu’il juge colonial, se cherche un miroir. Il le trouve dans le seul État de la région né d’une lutte comparable. « Israël et la Kabylie vivent dans un environnement hostile », disait déjà Mehenni au Jerusalem Post en 2012. « La seule différence, c’est qu’Israël a déjà son propre État. »

Que répond Israël, ou plutôt : que répond une partie d’Israël ? Car c’est là que la prudence journalistique s’impose. Depuis la déclaration du 14 décembre 2025, plusieurs voix israéliennes se sont exprimées en faveur de la reconnaissance de la Kabylie. Le think tank JISS a pris publiquement position. Le chercheur Emmanuel Navon a plaidé la cause kabyle. À la Knesset, le député Amit Halevi Illouz s’est fait l’écho de cette demande. Mehenni lui-même a écrit à Benyamin Netanyahou, établissant un parallèle avec la reconnaissance israélienne du Somaliland, espérant que la Kabylie suivra le même chemin.

Ce soutien est réel. Il n’est pas fabriqué, il n’est pas anecdotique — il s’inscrit dans une tradition israélienne bien identifiée de recherche d’alliances avec les minorités non-arabes de la région, cette « doctrine de la périphérie » qui a nourri, en son temps, les liens avec les Kurdes ou les chrétiens du Liban. Nous ne sommes pas dans une politique d’État. C’est une sensibilité, une école de pensée, un courant d’opinion — pas une décision.

Faut-il s’en désoler ? Je ne le crois pas. Il y a quelque chose de profondément juste dans le fait qu’un peuple opprimé, berbère, laïque, non-arabe, cherche dans l’expérience israélienne un modèle de résilience nationale. Il y a quelque chose d’admirable dans le fait que des voix, en Israël, prennent le temps d’écouter cette cause, quand tant d’autres capitales occidentales détournent le regard. Le silence médiatique qui entoure la Kabylie, dénoncé par ces mêmes relais israéliens, en dit long sur la timidité générale face à toute revendication d’autodétermination qui dérange un régime arabe établi.

Mais la vigilance intellectuelle commande de ne pas confondre un espoir avec un fait accompli. Mehenni construit patiemment, depuis quinze ans, un récit de fraternité kabylo-juive — mémoire de la Shoah, figure de la Kahina, visites protocolaires, lettres officielles. Ce récit trouve un écho sincère chez certains Israéliens. Il n’a, à ce jour, rien d’officiel. Entre le rêve d’un peuple et la reconnaissance d’un État, il reste un espace que seule l’Histoire — et non la rhétorique — pourra combler.

Rony HAYOT
Journaliste et analyste politique.

AshdodCafé.com
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