De la gauche radicale parisienne à la création de « Café Daat », découvrez le parcours singulier de Rony Akrich, intellectuel francophone d’Ashdod animé par le désir de rendre la connaissance accessible à tous.
Le projet « Café Daat », une université populaire entièrement gratuite fondée par l’écrivain et essayiste Rony Akrich, 70 ans, a célébré fin juillet ses deux premières années d’existence à Ashdod, lors d’une rencontre musicale et culturelle particulièrement émouvante.
Cette initiative bénéficie du soutien et du patronage du maire d’Ashdod, le Dr Yehiel Lasry. Elle propose, de la matinée jusqu’au début de l’après-midi, des conférences ouvertes au grand public sur de nombreux sujets : philosophie, pensée juive, spiritualité et questions d’actualité.
Une jeunesse marquée par l’exil et l’engagement politique
« Je suis né en Algérie française et j’ai grandi en France », raconte Rony Akrich.
« Mon enfance a été marquée par le déracinement, l’abandon et la violence. Ces expériences difficiles ont profondément développé ma sensibilité à la souffrance humaine, à la dignité de chacun et à la question de notre responsabilité envers les autres.
Dès l’âge de 14 ans, j’ai milité au sein des Jeunesses communistes françaises. Plus tard, lorsque j’étais étudiant à Paris, j’ai rejoint une organisation trotskiste. Mon engagement politique reposait sur ma foi en la justice sociale, l’égalité, la liberté et l’universalisme. »
Avec le temps, Rony Akrich a pris ses distances avec les cadres idéologiques fermés, sans jamais renoncer à son aspiration à la justice ni à son attachement à la dignité humaine.
Dès le lycée, il s’est formé à la philosophie en autodidacte, approfondissant sa connaissance de la pensée française et des principaux philosophes et enseignants de son époque. Parallèlement à ses études personnelles, il a obtenu une licence en études juives dans un établissement universitaire parisien spécialisé dans les langues et civilisations orientales.
La découverte d’Israël pendant la guerre de Kippour
En 1973, Rony Akrich se rend pour la première fois en Israël et devient volontaire au kibboutz Ramot Menashé, en pleine guerre de Kippour.
Sa rencontre directe avec la société israélienne, la guerre et les blessés renforce alors son sentiment d’appartenance et son lien avec le destin du peuple juif et d’Israël.
De retour en France, il travaille à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, entreprend des études d’infirmier puis, en 1978, sert au sein du service de santé des armées françaises.
« Au milieu de l’année 1979, je devais partir au Cambodge avec Médecins sans frontières pour une mission humanitaire qui s’inscrivait naturellement dans la continuité de mon engagement professionnel et humain », explique-t-il.
« Mais, au dernier moment, j’ai annulé ce départ. Au lieu de me rendre en Extrême-Orient, j’ai décidé de venir en Israël. Je n’avais pas encore pris la décision définitive de m’y installer. Je voulais découvrir le pays par moi-même, rencontrer ses habitants, comprendre sa société et sa réalité sans intermédiaire, et déterminer quelle pouvait être ma place ici. Cette décision a marqué un tournant majeur dans ma vie. »
Une alyah personnelle, identitaire et spirituelle
Rony Akrich fait son alyah en juillet 1979. « Cette alyah a représenté pour moi bien davantage qu’un simple déplacement géographique. Ce fut une démarche personnelle, identitaire et spirituelle : la recherche d’une appartenance, d’un sens et d’un nouveau départ. Il ne s’agissait pas d’effacer mon passé, mais de réexaminer tout ce que j’avais pensé, cru et appris jusqu’alors. »
En Israël, il travaille comme infirmier diplômé à l’hôpital Hadassah Ein Kerem, d’abord en soins intensifs, puis dans le service d’oncologie et auprès de patients en fin de vie.
Dans le cadre de son travail, il a l’occasion de rencontrer et de soigner le Rav Tzvi Yehouda HaCohen Kook, de mémoire bénie. Cette rencontre, particulièrement marquante, constitue l’une des étapes qui le conduiront à approfondir sa connaissance de la pensée juive.
Il poursuit alors ses études dans différentes yeshivot, où il se consacre à la Bible, au Talmud, à la pensée juive et à la tradition des commentaires.
Parallèlement, il continue d’étudier auprès de grands penseurs juifs originaires de France et installés en Israël.
Deux univers majeurs finissent ainsi par se rencontrer en lui : la philosophie française dans laquelle il a été formé et le monde juif et hébraïque qu’il redécouvre en Israël.
De ce rapprochement naît un dialogue permanent entre la raison et la foi, la critique et la tradition, l’universel et le particulier, la question de l’être humain et celle du peuple juif.
Face à la maladie et à la fragilité de l’existence
Son travail à l’hôpital, notamment en soins intensifs, en oncologie et auprès de personnes en fin de vie, façonne profondément sa vision de l’être humain.
Il y apprend que même lorsque la guérison n’est plus possible, il reste toujours possible de soigner, de soulager la souffrance, d’écouter et de préserver la dignité d’une personne jusqu’à ses derniers instants.
Sa propre vie le confronte également à la fragilité de l’existence. En 1995, il est victime de trois crises cardiaques. En janvier 2006, son état s’aggrave de nouveau et son cœur cesse de battre. Ses collègues de l’hôpital Hadassah parviennent alors à lui sauver la vie.
Ces confrontations répétées avec la mort renforcent son sentiment d’avoir une mission à accomplir, ainsi que sa conscience de la valeur de chaque instant, de chaque respiration et de chaque nouvelle journée qui lui est accordée.
Le fil conducteur de son parcours demeure la recherche de sens, le refus des réponses toutes faites, la responsabilité envers l’être humain et le peuple juif, ainsi que la conviction qu’il est possible de transformer la douleur en connaissance, la connaissance en responsabilité et la responsabilité en mission.
« Café Daat », la connaissance accessible à tous
C’est dans cet esprit que Rony Akrich a fondé « Café Daat », une université populaire gratuite destinée à ouvrir les portes du savoir au plus grand nombre, sans barrières financières, sociales ou universitaires.
« Café Daat » traduit sa conviction que la connaissance, la réflexion et la culture ne doivent pas être réservées à une élite. Chaque personne doit pouvoir apprendre, questionner, débattre, approfondir ses connaissances et découvrir de nouveaux horizons intellectuels et spirituels.
Une troisième année d’activités dès le 17 septembre
Le projet « Café Daat » fera sa rentrée pour une troisième année le jeudi 17 septembre 2026, de 9 h à 13 h 30, dans la salle de spectacle de Monart – Centre culturel d’Ashdod.
Cette première rencontre accueillera :
- le Rav Professeur Itzhak Lifshitz, pour une conférence consacrée à la confession envisagée comme une forme d’éthique ;
- Nili Sagi-Sachs, qui interviendra sur un parcours fait de gratitude, d’espoir et d’inspiration.
La partie artistique sera consacrée au spectacle « Adon Haselihot », une rencontre musicale autour des Selihot avec Mony Moreno Armoza et Eli Mamatyahu.
À travers chants liturgiques et récits, les artistes feront revivre l’atmosphère des Selihot dans la Jérusalem d’il y a cent ans.
AshdodCafé.com
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