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Démocraties au bord du précipice par Rony Akrich

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La France comme avertissement – Manifeste pour une République souveraine, exigeante et déterminée

Je regarde aujourd’hui la France avec une inquiétude grandissante et une colère que je ne cherche nullement à dissimuler. Je vois une République fragilisée, des institutions contestées, des violences récurrentes et un pouvoir politique qui hésite entre l’affirmation de son autorité et la crainte d’aggraver les tensions. Ce spectacle dépasse les frontières françaises : il interpelle toutes les démocraties qui, persuadées de leur solidité, oublient parfois qu’aucune liberté, aucune souveraineté et aucune civilisation politique ne sont définitivement acquises.
Je n’ai jamais condamné la révolte lorsqu’elle procède d’une authentique exigence de justice. Je défends le droit de manifester, de contester et de dénoncer les injustices. Toute ma démarche intellectuelle repose sur une conviction : déconstruire pour reconstruire une société plus vivable et plus viable. Mais je refuse de confondre contestation démocratique et destruction, revendication sociale et agression, révolte légitime et violence insurrectionnelle. Lorsque des écoles brûlent, que des commerces sont pillés et que policiers, gendarmes ou citoyens deviennent des cibles, la République doit répondre avec fermeté.

Je refuse également l’explication selon laquelle ces violences résulteraient exclusivement d’explosions spontanées de colère. Des bandes organisées, des réseaux criminels et des groupes capables de coordonner des affrontements existent. Sans assimiler toute violence urbaine à une insurrection nationale, je considère indispensable d’identifier ces organisations et de les combattre légalement. Une démocratie incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens finit par compromettre leur confiance dans ses institutions.
Les gouvernements successifs portent une responsabilité historique dans l’abandon de certains territoires. Recul des services publics, échec scolaire, précarité et affaiblissement de l’autorité institutionnelle ont contribué à creuser les fractures nationales. Pourtant, je refuse que pauvreté, chômage et discriminations deviennent les justifications permanentes de toutes les violences.

J’identifie également, dans certains milieux, une rupture idéologique, culturelle et parfois religieuse avec les principes républicains. Je m’inquiète particulièrement de l’islamisme radical lorsqu’il prétend subordonner la souveraineté démocratique à des prescriptions théocratiques, récuse la laïcité ou conteste l’égalité entre femmes et hommes. Je distingue fondamentalement l’islam, dont la pratique relève de la liberté religieuse, de l’islamisme politique qui cherche à imposer son projet à la société. Je ne condamne ni les origines ni les croyances, mais les entreprises qui prétendent placer leurs exigences au-dessus de la loi commune.
J’exige une allégeance sans équivoque à la République française : non à un gouvernement, un parti ou un dirigeant, mais à la Constitution, à la souveraineté nationale et aux principes universels qui fondent notre communauté politique. La citoyenneté ne saurait devenir une accumulation de droits sans devoirs. Appartenir à une nation signifie reconnaître des obligations communes. Cette fidélité républicaine n’impose aucune uniformité culturelle ou spirituelle ; elle exige simplement que tous répondent devant une même loi.

Je n’exonère pas le monde politique de ses responsabilités. Je critique particulièrement La France insoumise, dont certaines rhétoriques de confrontation me paraissent nourrir une délégitimation persistante des institutions. Sans prétendre que ce mouvement organise les violences, j’interroge la responsabilité morale de discours qui entretiennent l’affrontement et brouillent parfois la distinction entre protestation légitime et confrontation violente. Mais cette critique concerne également les gouvernements successifs, dont les hésitations et les contradictions ont fragilisé l’autorité publique.

Je considère que l’État doit retrouver pleinement sa capacité d’action. Protéger les personnes, les biens et les institutions constitue sa première responsabilité. Lorsque les circonstances le justifient réellement, je n’exclus ni des couvre-feux territorialement limités, ni des dispositifs exceptionnels de sécurité, ni le concours de moyens militaires strictement encadrés par la loi.

Je sais que des affrontements impliquant des groupes lourdement armés pourraient provoquer des morts et une escalade dramatique. Mais je refuse de transformer cette perspective en fatalité ou d’ériger la violence étatique en solution politique. La force doit demeurer nécessaire, proportionnée et soumise au contrôle démocratique. Une République qui renoncerait à ses principes pour assurer sa survie finirait par détruire ce qu’elle prétend défendre.

Je réclame parallèlement le rétablissement d’un service militaire national obligatoire, universel, pour les femmes comme pour les hommes, sans distinction d’origine, de religion ou de condition sociale. Des aménagements médicaux et des alternatives civiles légalement encadrées doivent demeurer possibles. Je souhaite que chaque génération découvre concrètement la discipline, la solidarité, la responsabilité collective et le devoir de défendre la nation. Ce service pourrait devenir une véritable école républicaine où des citoyens issus d’horizons différents partageraient une expérience commune. La liberté n’est pas seulement un héritage dont on bénéficie : elle implique un engagement envers sa préservation.

Je ne crois cependant pas à une reconstruction exclusivement policière ou militaire. Je réclame une école exigeante, transmettant les savoirs et les principes républicains, une justice crédible, des services publics présents, une lutte déterminée contre les trafics et une réponse sans ambiguïté aux entreprises séparatistes établies. La réparation sociale ne saurait remplacer l’application de la loi, pas davantage que la répression ne saurait dispenser l’État de réparer les injustices. Reconquérir les territoires fragilisés signifie restaurer simultanément sécurité, égalité des droits et universalité des devoirs.

Malgré mon inquiétude, je refuse de croire que la France soit définitivement perdue. Derrière les fractures, je distingue une nation profondément attachée à son histoire, à sa mémoire et à sa dignité. Je perçois dans certaines manifestations de ferveur populaire, notamment autour de la visite du pape, une aspiration à retrouver des repères spirituels et culturels. L’intérêt porté au film De Gaulle, comme l’attachement persistant à la figure du Général, témoigne également, à mes yeux, d’un désir de souveraineté, de continuité historique et de rassemblement national. Ces manifestations ne constituent pas une adhésion politique unanime, mais peuvent révéler une mémoire collective encore vivante.

Je ne souhaite nullement ressusciter un passé idéalisé. Je veux transformer cet héritage en ressource morale pour l’avenir. La France doit retrouver le courage d’assumer son histoire sans renoncer à ses principes, d’accueillir sans s’abandonner, d’intégrer sans se dissoudre et de respecter les convictions individuelles sans accepter qu’elles s’imposent à la souveraineté commune.

Mon propos devient ainsi un avertissement adressé aux démocraties. Je refuse la résignation, l’impuissance politique et cette capitulation des consciences qui consiste à invoquer les valeurs républicaines sans oser les défendre. Je ne réclame ni une République de la peur ni un État autoritaire. Je réclame une République protectrice sans permissivité, exigeante sans arbitraire, souveraine sans renoncer aux libertés fondamentales.
Les responsables politiques doivent comprendre qu’ils ne sont pas seulement les gestionnaires d’un présent incertain, mais les dépositaires d’un héritage et les comptables de l’avenir. La France a traversé guerres, occupations, révolutions et effondrements. Elle a toujours trouvé des ressources pour se relever.

Car le véritable péril qui menace les démocraties ne réside pas seulement dans la violence de leurs adversaires, mais dans l’affaiblissement progressif de leur volonté de se défendre. Une nation commence à décliner lorsqu’elle doute de la légitimité de ses propres principes, lorsque la prudence devient paralysie et que la tolérance se transforme en renoncement. Je refuse cette confusion qui assimile l’autorité à l’oppression, la fermeté à l’intolérance et l’affirmation nationale au rejet de l’autre. Une démocratie digne de ce nom doit savoir conjuguer la générosité de ses idéaux avec la détermination nécessaire à leur sauvegarde. La liberté sans responsabilité devient fragilité ; l’autorité sans justice devient tyrannie.

Je conteste pour reconstruire, je dénonce pour réveiller les consciences et je m’insurge contre le renoncement. La liberté exige du courage, la souveraineté implique des devoirs et la démocratie impose la responsabilité.
Je refuse que les générations futures puissent un jour nous demander : « Vous saviez, vous voyiez, vous compreniez… pourquoi n’avez-vous rien fait ? »

À propos de l’auteur
Rony Akrich est essayiste, conférencier, fondateur de l’Université populaire gratuite de Jérusalem et d’Ashdod, et enseignant en historiosophie biblique. Son travail explore les liens entre pensée biblique, philosophie, histoire, éthique et société contemporaine. À travers ses écrits et ses enseignements, il cherche à faire dialoguer les sources juives avec la pensée universelle, dans une démarche de questionnement, de transmission et de responsabilité.
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