Accueil Religion Toute l’équipe d’AshdodCafé vous souhaite «Shabbat Shalom» – date, horaires, paracha

Toute l’équipe d’AshdodCafé vous souhaite «Shabbat Shalom» – date, horaires, paracha

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Parachat Lekh-Lekha – vendredi 23 et samedi 24 octobre 2026 – 12 et 13 ‘Hechvan 5787

Horaires de Chabbat en Israël chabad.org

Ville Entrée de Chabbat Sortie de Chabbat
Jérusalem 17h18 18h34
Tel-Aviv 17h39 18h36
Ashdod 17h40 18h36
Haïfa 17h28 18h34
Beer-Sheva 17h40 18h36
Eilat 17h41 18h37

Horaires de Chabbat dans les principales villes de France vie-juive.fr

Ville Entrée de Chabbat Sortie de Chabbat
Paris 18h27 19h32
Marseille 18h25 19h25
Lyon 18h23 19h25
Strasbourg 18h06 19h11
Nice 18h16 19h17

Horaires calculés pour chaque ville selon les usages locaux ; ils peuvent légèrement varier d’un calendrier ou d’une communauté à l’autre.

LEKH LEKHA — VA VERS TOI ! par Rony Akrich
Abraham, ou l’Hébreu que le judaïsme risque d’oublier
Abraham n’est pas né hébreu. Il l’est devenu. Toute la puissance révolutionnaire de « Lekh Lekha » réside, à mes yeux, dans cette distinction fondamentale. Avant d’être Abraham l’Hébreu, il fut un Mésopotamien, façonné par une terre, une civilisation, des croyances et une autorité paternelle. Il appartenait à un monde qui l’avait précédé, éduqué, conditionné. Pour découvrir l’Hébreu enfoui dans le Mésopotamien qu’il était, il lui fallut accomplir une rupture intérieure. « Lekh Lekha » : non pas simplement « Va pour toi », mais, selon ma lecture philosophique, « Va vers toi ». Vers cet être encore inconnu, dissimulé sous les couches successives de ce que les autres ont décidé que tu serais.

Pour entreprendre ce voyage, Abraham doit couper un triple cordon ombilical : « Quitte ton pays, ta patrie et la maison de ton père. » Trois appartenances, trois dépendances, trois matrices qui ont nourri son existence mais peuvent désormais empêcher son émancipation. La terre représente l’environnement politique et social, la patrie l’univers culturel et mental, la maison paternelle l’autorité des croyances héritées. Il ne s’agit pas de renier ses origines, mais de leur retirer leur souveraineté sur sa conscience. Couper le cordon ombilical ne signifie pas renier sa mère ; cela signifie accepter de naître. Abraham ne devient pas hébreu en changeant de territoire, mais en cessant de confondre son héritage avec sa vérité.

Voilà ce que chaque Juif en quête de son Hébreu intérieur devrait comprendre. Pourtant, cette évidence demeure trop souvent méconnue. Nous héritons d’Abraham comme d’un ancêtre, alors qu’il devrait nous interpeller comme une exigence. Nous conservons ses récits, transmettons son nom, célébrons son départ, mais avons-nous préservé la portée révolutionnaire de son geste ? Nous admirons l’homme qui osa rompre avec les certitudes de son époque, tout en nous méfiant parfois de ceux qui interrogent les nôtres. Nous enseignons « Lekh Lekha » à nos enfants, puis leur demandons de ne jamais quitter intellectuellement la maison paternelle. Nous commémorons la rupture tout en sacralisant la répétition.

Le midrash présente Abraham comme celui qui se tient d’un côté tandis que le monde entier se trouve de l’autre. L’Hébreu, Ivri, devient ainsi l’homme du passage, celui qui traverse les frontières imposées à la conscience. Maïmonide, dans les Lois relatives à l’idolâtrie, décrit un Abraham qui observe, réfléchit et conteste les croyances dominantes. Sa foi n’est pas l’abdication de son intelligence, mais l’aboutissement d’une recherche. Bien avant Socrate, dans l’univers du récit biblique, Abraham incarne cette conviction que la majorité ne possède aucun monopole sur la vérité. Socrate demandera à l’homme d’examiner sa vie ; Abraham l’invite à la transformer. Chez l’un, la question ébranle les certitudes ; chez l’autre, la responsabilité engage l’existence entière.

Car Abraham part sans connaître pleinement sa destination. « Vers le pays que Je te montrerai. » Il accepte d’avancer sans posséder toutes les réponses. La responsabilité précède la connaissance achevée, la conscience refuse la tyrannie des conventions, la vocation l’emporte sur le destin. L’Hébreu n’est pas celui qui sait tout, mais celui qui reconnaît qu’aucune incertitude ne saurait automatiquement le dispenser d’agir. Sa liberté n’est pas l’absence d’obligations ; elle est la capacité de distinguer les contraintes qui asservissent des exigences morales qui élèvent.
C’est pourquoi l’obscurantisme religieux me paraît constituer l’une des contradictions les plus douloureuses de l’héritage abrahamique. Non parce que la religion serait nécessairement obscurantiste, mais parce qu’elle le devient lorsqu’elle substitue la peur de penser à la recherche de vérité, l’obéissance automatique à la conscience et la conformité à la responsabilité. Lorsque questionner devient suspect, lorsque douter honnêtement passe pour une faute, lorsque la fidélité se réduit à répéter, la religion risque d’inverser sa vocation. Au nom d’Abraham, elle reconstitue alors les trois cordons ombilicaux qu’il fut appelé à couper : la communauté devient un territoire mental fermé, la tradition une patrie intellectuelle infranchissable, l’autorité religieuse une maison paternelle dont il serait interdit de sortir.

Cette critique ne saurait pourtant effacer la richesse intellectuelle du judaïsme. Le Talmud est traversé de controverses, Maïmonide affirme la dignité de l’intelligence, les prophètes interrogent les pouvoirs et dénoncent l’injustice. Cette tradition possède les ressources nécessaires pour résister à ses propres enfermements. Mais précisément, comment accepter qu’une spiritualité dont le fondateur symbolise l’émancipation intellectuelle puisse parfois redouter l’autonomie de ses héritiers ? Comment célébrer Abraham tout en refusant à ses descendants le droit d’exercer son courage ? Une fidélité qui interdit de penser risque de devenir infidèle à sa propre origine.

L’Hébreu que je cherche à retrouver n’est ni un homme sans mémoire ni un rebelle systématique. Contredire la majorité ne garantit jamais de posséder la vérité. Socrate nous rappelle que nos convictions doivent elles aussi supporter l’examen critique. Mais transmettre une tradition ne signifie pas interdire son questionnement. On peut maîtriser les textes, respecter les prescriptions, reproduire les gestes et demeurer étranger à l’aventure intérieure d’Abraham. On peut être parfaitement installé dans son judaïsme sans avoir jamais entrepris le voyage vers son hébraïsme.

Pourtant, « Va vers toi » n’est nullement une invitation au repli narcissique. Abraham ne découvre pas son identité pour se contempler lui-même. « Sois une bénédiction », lui est-il demandé. Le voyage intérieur débouche sur une responsabilité envers autrui. Emmanuel Levinas nous rappelle que l’homme ne s’accomplit pas dans la seule souveraineté du moi, mais dans sa capacité à répondre à l’autre. Kierkegaard souligne combien l’existence authentique suppose une décision personnelle irréductible au conformisme. Ces deux perspectives éclairent l’aventure abrahamique : la liberté intérieure ne trouve sa profondeur que lorsqu’elle devient engagement moral. Aller vers soi, c’est découvrir ce qui nous oblige au-delà de nous-mêmes.
Reste alors le paradoxe essentiel : Abraham quitte la maison de son père pour devenir lui-même père d’une tradition.
Comment transmettre une liberté née d’une rupture sans transformer cette transmission en nouvelle captivité ? Une mémoire vivante ne saurait devenir un musée des consciences. La fidélité aux pères ne doit pas exiger l’immobilité des fils. Transmettre Abraham, ce n’est pas seulement enseigner ses paroles ; c’est préserver la possibilité de son geste fondateur, le courage d’interroger, de discerner et, lorsque la conscience l’exige, de franchir les frontières de son propre milieu.

Je ne demande donc pas au Juif d’abandonner son judaïsme, mais de découvrir l’Hébreu qu’il porte en lui. A-t-il hérité seulement d’une appartenance ou également d’une vocation ? Sa fidélité procède-t-elle d’une conscience éveillée ou de la peur de sortir du rang ? Conserve-t-il Abraham comme une figure du passé ou accepte-t-il que son appel transforme encore son existence ? La fidélité véritable ne protège pas les certitudes ; elle maintient le courage de questionner.

On peut naître juif sans avoir rencontré l’Hébreu enfoui en soi. On peut pratiquer toute une vie sans avoir découvert la liberté morale qui animait le départ d’Abraham. « Lekh Lekha » demeure donc une invitation toujours actuelle : va vers toi, coupe les cordons de la dépendance intellectuelle sans détruire les racines vivantes de ta mémoire. Car l’Hébreu ne naît pas lorsque le Mésopotamien change de terre. Il naît lorsque l’homme cesse d’être prisonnier de ce qui l’a fait naître et devient enfin responsable de ce qu’il choisit d’être.

© 2026 Rony Akrich — Tous droits réservés.

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