Université Bar-Ilan (Israël) : kit de diagnostic rapide du coronavirus et recherche d’un investisseur

L’Université de Tel-Aviv, en collaboration avec l’Association des Amis américains et des Amis français et francophones de l’Université, a organisé une conférence en ligne multidisciplinaire sur le thème : « Le Corona et moi : surmonter la crise », le lundi 23 mars 2020. Réalisée à partir de l’application Zoom en anglais et animée par le Prof. Bruria Adini Wiesel de l’Ecole de Santé publique de l’université, elle a réuni le Dr. Ella Sklan du laboratoire de virologie moléculaire, le Prof. Aviad Kleinberg de l’Ecole des études historiques et le Prof. Leonardo Leiderman, de l’Ecole d’économie et de l’Ecole de Gestion, permettant ainsi d’aborder à la fois les aspects médicaux de la crise et ses modalités financières et économiques, mais aussi une approche historique et culturelle des pandémies.

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« Je suis honoré et fier de vous souhaiter à tous la bienvenue dans le cadre de cet évènement particulier », a déclaré en préambule Amos Elad, Vice-président de l’Université, qui a précisé qu’en raison de la situation actuelle, l’UTA s’adapte à un fonctionnement en mode virtuel, et tous les étudiants suivent leurs cours en ligne depuis déjà la semaine dernière. « Nos chercheurs travaillent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, en collaboration avec les 17 hôpitaux affiliés à l’université, et avec le Gouvernement, pour tenter de trouver une solution à l’épidémie, et nos étudiants en médecine se sont joints à l’effort national pour augmenter le nombre des tests de dépistage de la maladie à l’objectif fixé de 10 000 par jour ».

Contribuer à la résilience internationale

« Il s’agit du plus grand défi mondial auquel la communauté internationale s’est trouvée confrontée au cours de ses dernières années », relève le Prof. Bruria Adini Wiesel, du Programme de gestion des catastrophes et des situations d’urgence de l’Ecole de santé publique de la Faculté de médecine. « Alors que le monde doit se confiner et que les pays s’isolent, il devient de plus en plus nécessaire de partager et de collaborer étroitement pour arriver à surmonter la crise et vaincre le virus. De telles conférences contribuent à la résilience internationale. Nous devons lutter ensemble ».

EllaSklan« Le covid19 a atteint aujourd’hui 148 pays dans le monde et fait jusqu’à présent plus de 15 300 morts[1] », rappelle le Dr. Ella Sklan. « Nous avons besoin de davantage d’information pour pouvoir faire des prévisions sur l’avenir de cette épidémie. Nous avons devant nous l’exemple de la Chine, qui depuis l’apparition du virus fin décembre dans la ville de Wuhan a réussi au bout de trois mois à pratiquement endiguer la crise, grâce à l’adoption de mesures drastiques et l’arrêt total de l’économie. Mais nous ne pouvons pas nous comporter ainsi dans nos pays démocratiques. Par contre, Singapour, qui a également réussi à contenir l’épidémie, a fait la même chose mais avec une approche différente : dépistage systématique de tous les cas de grippes et pneumonies, isolation des cas infectés, traque méticuleuse des tous les contacts, mise en quarantaine assorties de sanctions graves, tout cela sans fermer ni les écoles ni les entreprises ».

« En revanche, les pays d’Europe, ont eu chacun une approche différente de la crise : l’Allemagne a commencé sa politique de distanciation sociale trop tard, d’où son grand nombre de cas de maladie déclarés. La Grande-Bretagne pour sa part, avait adopté au début la décision de n’isoler que les personnes de plus de 70 ans, partant de l’hypothèse que les autres allaient finir par acquérir une immunité collective. La publication mi-mars du rapport de l’Imperial College, selon lequel une telle stratégie résulterait en des centaines de milliers de morts et un effondrement du système de santé, a amené le gouvernement britannique à un changement de politique ».

Une distanciation sociale indispensable

Quelle est la politique à adopter ? : « La distanciation sociale est indispensable pour éviter que tout le monde tombe malade et soit hospitalisé en même temps. Il est nécessaire ‘d’aplatir la courbe’ de la propagation du virus, afin que le taux d’infection ne dépasse pas la capacité des systèmes de santé. C’est la seule manière de permettre que toutes les personnes sérieusement infectées soient traitées ».

Quand la crise va-t-elle se terminer ? : « Personne ne sait combien de temps cela va durer. Le gros problème est celui des patients asymptomatiques. L’épidémie durera tant qu’il y aura des personnes à infecter. La seule manière de sortir véritablement de cette crise est le développement de l’immunité, qui se fera soit de manière naturelle une fois que les malades seront guéris et/ou auront développé des anticorps, soit lorsqu’on aura trouvé un vaccin. En parallèle nous devons veiller à ce que les personnes infectées soient le moins impactées possible. Si nous respectons la distanciation sociale, cela devrait se faire au cours des deux prochains mois ».

Aviad KleinbergMais le coronavirus n’est certes pas la première pandémie qu’a connue le monde. Le Prof. Aviad Kleinberg rappelle les épidémies du Moyen-âge, dont la peste noire de 1347, la pire des pandémies médiévale, qui a tué près de 50% des Européens en 5 ans, faisant 25 millions de victimes. « La peste noire a commencé au milieu du 14e siècle et s’est répercutée jusqu’à la première moitié du 19e siècle. Ce fut une tragédie terrible, certaines colonies de peuplement ont été détruites à 100%, notamment en Scandinavie », explique-t-il. « Les premières pandémies sont venues de l’Est. L’Europe du 14e siècle était déjà globalisée. La peste noire est probablement arrivée par la route de la soie, contournant la mer caspienne. Après la Renaissance, le monde a encore connu de nombreuses pandémies de peste et de variole, choléra et autres, jusqu’à la fameuse grippe espagnole de 1918, l’une des épidémies les plus mortelles de l’histoire de l’humanité, qui fut la dernière pandémie mondiale jusqu’au corona ».

Les pandémies du Moyen-âge

Comment la société médiévale se comportait-elle face aux épidémies ? : « Au Moyen-âge, les sociétés n’étaient pas aussi bien organisées qu’aujourd’hui ; il n’y avait pas de gouvernement central pour donner l’instruction d’arrêter l’économie. Il est intéressant de noter que lors des pandémies du 14e siècle, la vie a continué normalement. Ceci a bien sûr contribué à l’expansion de la maladie, mais d’un autre côté l’économie a persisté, alors même que les personnes mourraient. C’est l’âge des grandes explorations géographiques, de la Renaissance. Dans le Decaméron, Boccace décrit d’une manière saisissante les ravages effroyables de la peste noire à Florence, sur toutes les couches sociales de la cité. Les habitants du Moyen-âge avaient l’habitude de côtoyer la mort. La société européenne était alors beaucoup plus résiliente qu’aujourd’hui sur ce point, et c’est ainsi qu’elle a continué à prospérer ».

Leonardo Leiderman« Heureusement pour nous, le monde n’était pas en période de récession économique lorsque l’épidémie s’est déclarée », explique le Prof. Leonardo Leiderman, également conseiller économique en chef de la Banque Hapoalim. « La crise de 2008 était une bulle sur le marché financier. Rien à voir avec la crise actuelle qui se traduit par une paralysie réelle de l’économie ».

 

Que peuvent faire les gouvernements pour éviter la récession ? : « Alléger le choc économique en déversant des liquidités sur le marché pour ne pas arriver à une panique bancaire similaire à celle de la crise de 1929. C’est ce qu’on fait les banques centrales en 2008, et c’est ce qu’elles sont en train de faire actuellement. Et il est également nécessaire d’ouvrir des lignes de crédit. Le plus gros problème se situe aux Etats-Unis, où le système social et celui de la médecine publique sont quasi-inexistants. De plus, le danger le plus immédiat est évidemment celui du chômage. On ne peut bien sûr pas obliger les entreprises à employer leur personnel, mais alors on se repose sur les assurance sociales, qui aux Etats-Unis sont inexistantes. Il est nécessaire de mettre en place un ensemble global de mesures économiques, et les gouvernements sont en retard sur ce point. La crise de 1929 s’est développée en raison du manque d’action des Banques centrales et des gouvernements ».

Comment allons-nous sortir de cette crise ?

Prof. Leiderman : « Il faut d’abord résoudre le problème médical. En Chine, au Japon, à Singapour, certains secteurs de l’économie ont retrouvé 70 à 80% de leur activité. Le problème restant est celui des marchés extérieurs. La situation de l’Europe, par contre, est très préoccupante. Lorsque nous reviendrons à la normale sur le plan médical, cela prendra encore du temps pour que cela soit vrai également pour l’économie. En Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, il faudra un ou deux ans pour que l’économie s’en remette. Certains pays du Moyen-Orient vont être impactés négativement. L’Iran, déjà touché auparavant, va connaitre de plus en plus de problèmes sociaux et économiques. Par ailleurs, la Russie et l’Arabie saoudite se sont livrées récemment à une guerre des prix du pétrole qui a abouti à une chute spectaculaire en Bourse. Pour les pays exportateurs, il s’agit d’un drame supplémentaire. De plus en plus d’Etats vont avoir besoin de recourir à une assistance internationale. Par contre, les pays seront plus intéressés par leur propre situation intérieure que par le reste ».

Prof. Aviad Kleinberg : « Les crises ont bien sûr toujours certaines implications négatives : à l’époque l’explication religieuse a abouti à la recherche des personnes à blâmer, qui étaient alors les Juifs, les femmes etc. Mais il y a aussi un côté positif : le monde a dû évoluer et revoir son système de pensée. Dans les sociétés traditionnelles dominées par la religion, les gens ont commencé à trouver que dieu se comportait bizarrement. Ainsi ont commencé à se développer les premières théories scientifiques. Par ailleurs, l’Europe a cherché des solutions à l’extérieur, et c’est alors qu’ont commencé les grandes explorations. Cette crise a formé l’Europe moderne, plus rationnelle, plus libre, et a marqué la fin de la société traditionnelle. Aujourd’hui c’est une opportunité de repenser nos systèmes de santé, sociaux etc. Les sciences humaines doivent nous aider à affronter ce type de crise, car au-delà des aspects logistiques, elles présentent également des dimensions sociales et éthiques : comment nos sociétés font-elles face ? que vaut notre système social ? comment ne pas dériver vers les problèmes de violence, de persécution des minorités, de dictature politique etc. ? Les sciences humaines peuvent aider les sociétés à affronter ces crises de manière positive ».

La crise ouvrira-t-elle des opportunités positives pour l’économie ?

Prof. Leiderman : « Il est encore trop tôt pour le savoir. Le point positif est que cette crise à occasionné un retour aux fondamentaux : la famille, la santé, la modestie, la solidarité, la communauté, la capacité à restreindre son standard de vie. C’est un éveil collectif. Nous nous rendons peu à peu compte des désastres naturels auxquels abouti le réchauffement global, comme les tsunamis ou les nouvelles maladies pandémiques, et nous nous posons la question : ‘sommes-nous prêts à les affronter en tant que société ?’ »

Peut-on déjà tirer des leçons de cette crise ?

Dr. Ella sklan : « Le monde n’était pas prêt. Le système médical et de santé doit mieux se préparer pour la prochaine fois. J’espère que nous allons en tirer des leçons ».

Photos:
1. Le Coraonavirus (Shuttestock)
2. Le Dr. Ella Sklan (Crédit: Université de Tel-Aviv)
3. Le Prof. Aviad Klainberg (Crédit: Université de Tel-Aviv)
4. Le Prof. Leonardo Leiderman (Crédit: Université de Tel-Aviv)

source : https://www.ami-universite-telaviv.com