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Visite en Israël de M. Laurent Fabius – Declarations officielles

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Bonsoir à tous et merci d’être venus. Je vais vous faire le compte-rendu de ces deux jours, en particulier bien sûr de la conversation que je viens d’avoir avec le Premier ministre Netanyahou.

Ce sont deux journées bien remplies qui m’ont permis de rencontrer et d’avoir des conversations approfondies, fructueuses, chaleureuses avec le président Sissi, le Roi de Jordanie, le président de l’Autorité palestinienne et le Premier ministre israélien. J’ai également rencontré d’autres dirigeants à l’occasion de ces deux jours. J’ai trouvé chez tous un accueil positif et la reconnaissance que la France, qui est guidée par son souci de la paix et de la sécurité, est une puissance qui peut apporter quelque chose pour la paix et la sécurité. Je remercie beaucoup mes hôtes.

Le thème principal des entretiens que j’ai eus avec ces responsables a été la question israélo-palestinienne. Nous avons abordé beaucoup d’autres sujets. Nous avons parlé chaque fois, bien sûr, des relations bilatérales entre chacun de ces pays et la France, qui sont excellentes. Nous avons traité d’autres sujets avec plusieurs d’entre eux : la Syrie, la Libye, ce qui se passe en Irak et puis, évidemment – comme c’est l’actualité – des négociations avec l’Iran sur le nucléaire. Mais la question principale était la question israélo-palestinienne. Chez tous mes interlocuteurs, même si sur tel ou tel point il peut y avoir des analyses différentes, j’ai trouvé une commune inquiétude que nous partageons bien sûr.

La question israélo-palestinienne est une question très importante pour la paix et la sécurité dans la région. C’est une question très importante pour les Palestiniens, pour Israël mais cette question a également une importance beaucoup plus large compte-tenu de sa résonnance. Comme cette question n’est pas réglée, cela crée des tensions et, à chaque moment, il y a des risques non seulement de tension mais d’explosion. Le souci de la France est d’aider, même si c’est très difficile, à trouver une solution. Bref, la France ne baisse pas les bras.

Cette visite m’a donné la possibilité de développer ce que l’on appelle « les idées françaises » qui sont en fait des idées de bon sens et qui, évidemment, n’appartiennent pas seulement à la France.

La première idée est toute simple, encore faut-il la rappeler : nous souhaitons qu’il y ait une reprise des négociations. À cet égard, il faut éviter les idées fausses : on ne va pas faire la paix à la place des parties. Il faut que les parties se retrouvent, discutent, ce n’est pas facile mais nous sommes favorables à tout ce qui peut être fait pour encourager cette discussion. En particulier, j’ai trouvé du côté palestinien comme du côté israélien une disposition d’esprit – c’est ce qui m’a été dit – favorable à la reprise des négociations. Je sais bien que la réalité est plus complexe mais le président Abbas m’a dit : « nous soutenons tout à fait les idées que vous défendez » et le Premier ministre Netanyahou m’a dit – ce n’était pas une plaisanterie : « moi je suis prêt à reprendre les négociations à tout moment ».

La deuxième idée de bon sens est qu’il nous paraît souhaitable d’accompagner cette négociation par un comité international de suivi. Composé de qui ? Des Arabes, bien sûr, qui jusqu’à présent ne font pas partie du Quartet mais, de ce point de vue-là, il est très important qu’ils puissent apporter tout une série d’éléments. La décision prise par l’Égypte de faire venir un ambassadeur en Israël est une décision positive. Donc les Arabes bien sûr, les membres permanents du Conseil de sécurité, un certain nombre d’Européens, peut-être d’autres pays qui ont quelque chose à apporter. Pourquoi ? D’abord peut-être pour faciliter les choses, sans jamais se substituer à la négociation. Si – ce qui serait évidemment excellent – on avance, au moment des derniers mètres – et lorsque j’ai fait cette remarque tout le monde a approuvé, quelles que soient les sensibilités – on a besoin qu’il y ait un accompagnement international qui permette de faire les derniers mètres. L’Histoire nous montre en effet que les gouvernements eux-mêmes ont beaucoup de mal à le faire parce que le moment final est parfois le plus difficile. S’il y a un accompagnement international qui permette de rendre ces derniers mètres plus aisés, cela peut être quelque chose de positif.

La troisième et dernière idée de bon sens concerne les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Là encore, il faut éviter les idées fausses. Nous sommes tombés d’accord par exemple avec le président Abbas sur le fait qu’il ne servirait à rien de bâtir une résolution si elle devait se fracasser sur un véto. De même manière, cela ne servirait à rien de faire voter une résolution s’il n’y a pas d’application. La résolution est un moyen, ce n’est pas une fin en soi. Évidemment, à un moment donné il est tout à fait possible que le Conseil de sécurité soit appelé à sanctionner, dans le sens étymologique de ce terme, ce qui aura été décidé, mais ce n’est pas un substitut à autre chose. Je pense que de ce point de vue-là, les discussions que nous avons eues avec les uns et les autres nous ont permis d’éclairer les esprits.

Quelques mots sur la discussion que nous avons eue avec le Premier ministre. C’était une discussion constructive, extrêmement intéressante qui a porté surtout – pas uniquement mais surtout – sur cette question israélo-palestinienne et nous sommes entrés dans les détails. Le Premier ministre m’a posé un certain nombre de questions – j’ai essayé d’y répondre. Je lui ai moi-même posé aussi un certain nombre de questions. Nous avons discuté de choses très concrètes, c’est-à-dire Gaza, comment améliorer la situation ? C’est-à-dire la sécurité parce que si on veut aller vers la paix, ce qui suppose que les Palestiniens jouissent de leurs droits et que Israël soit en sécurité, comment assurer cette sécurité ? J’ai noté aussi sur mon interrogation des réponses du Premier ministre Netanyahou sur la question de la colonisation qui est une question extrêmement sensible. Bref, nous avons pris toute une série de problèmes et je pense que cette discussion a été constructive. C’est comme cela que je l’ai en tout cas ressenti.

Maintenant, que peut-il se passer ? J’ai dit en commençant ce propos que la France ne baisse pas les bras. En même temps, nous n’avons pas vocation à être des Don Quichotte. Si nous avançons, si nous essayons d’avancer des idées, il faut essayer de travailler en commun. Demain, j’ai l’occasion de rendre compte de ces conversations à mes collègues européens. Certains d’entre eux sont venus récemment dans tel ou tel des pays ou territoires que j’ai visités. J’en parlerai bien sûr aussi à mon collègue américain. J’ai promis de faire retour des conversations que j’ai eues à tous ceux que j’ai vus au cours de ces deux jours. Au fond, il ne faut pas seulement lancer des idées, il faut voir aussi comment elles reviennent et quelle est la réaction des uns et des autres et puis à partir de tout cela nous allons essayer de voir si nous pouvons essayer d’aider à construire quelque chose ensemble. Il n’y a aucune garantie.

Encore une fois, c’est un exercice extrêmement difficile mais ma conviction profonde est qu’il est toujours utile de travailler pour la paix. Il n’y a pas de certitudes et nous savons après avoir connu des échecs pendant des années que les difficultés sont nombreuses, mais j’ai constaté le fait que la France était non seulement acceptée mais très bien accueillie et même revendiquée parfois par certains. J’ai constaté aussi que sur le plan du principe il n’y avait pas de blocage, même s’il y avait évidemment des points de vue différents des uns et des autres. À partir de là, nous allons essayer d’apporter notre pierre à l’édifice. Certains diront que c’est peu, d’autres diront que c’est trop audacieux. En tous les cas je le répète : il est toujours utile de travailler pour la paix. C’est la conviction et le rôle de la France d’essayer d’avancer pour la sécurité et pour la paix.

Q – Monsieur le Ministre, Don quichotte a attaqué beaucoup de moulins. Après 36 heures, est-ce que cela signifie qu’après avoir discuté avec le Premier ministre Netanyahou, vous avez l’impression que le gouvernement israélien n’était pas mûr en ce moment pour entendre la proposition française ?

R – J’ai dit deux choses que vous avez très bien entendues. J’ai dit d’une part que la France ne baissait pas les bras, c’est le sens de ma présence ici, et d’autre part que nous n’avions pas vocation à jouer les Don Quichotte. Nous sommes des gens réalistes, pragmatiques et nous voulons essayer de faire avancer les choses et ne pas semer des illusions. Voilà ce que j’ai voulu dire.

Alors, est-ce que de ma conversation avec le Premier ministre Netanyahou je retire le sentiment que rien n’est possible ? Non, non ! Il faut que je mette côte à côte la conversation que j’ai eue avec Mahmoud Abbas, la conversation que j’ai eue avec M. Netanyahou et la conversation aussi avec le roi de Jordanie et avec le président égyptien. Il y a d’autres personnes bien sûr qui sont impliquées. Ce n’est pas une révélation de dire qu’il y a des différences d’approche, il y a aussi beaucoup de méfiance, c’est une des grandes difficultés. Mais, en même temps, ce que j’ai entendu de la bouche des uns et des autres, c’est qu’il n’y avait pas d’obstacles à ce que les négociations puissent reprendre ; c’est un élément très important. Ce que j’ai entendu de la bouche de l’un et de l’autre, c’est qu’il y avait bien sûr des différences d’approches, mais il y avait aussi une volonté à la fois que la sécurité d’Israël soit garantie, c’est important de l’entendre de la bouche du président Abbas, et d’entendre de la bouche du Premier ministre Netanyahou, le fait qu’évidemment les Palestiniens devaient avoir droit à un État. En même temps, à chaque fois, le sentiment que la France était dans son rôle.

Bien sûr, le soutien a été plus net à notre proposition de la part du président Abbas et de nos amis arabes, mais le Premier ministre Netanyahou n’a, à aucun moment, contesté le fait que la France doive s’intéresser à ce sujet, même en rendant hommage à ce qu’est la tradition française de liberté, égalité et fraternité.

Je le répète, je repartirai d’ici avec la confirmation que tout cela est extrêmement difficile, avec la confirmation que c’est important et urgent et avec surtout l’idée d’associer autour de nous le maximum de bonnes volontés et d’abord de faire jouer ce qu’il y a de bonnes volontés dans les deux parties directement concernées. Je pense que faisant cela nous sommes tout à fait dans notre rôle pour contribuer à la paix. Vous me direz « vous n’avez que ce mot à la bouche ». C’est un des mots les plus importants, en particulier compte tenu du contexte international.

(…)

http://www.ambafrance-il.org/

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