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Le destin de trois femmes à la personnalité hors du commun portant toutes trois le prénom de Devora

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DEVORA  DE VITEBSKLES

La ville de Vitebsk en Biélorussie s’illustra dans l’Histoire de la Hassidout par la présence de grands personnages. Cette communauté eut pourtant le privilège de voir se développer le destin de trois femmes à la personnalité hors du commun portant toutes trois le prénom de Devora. Deux d’entre elles avaient un nom composé : Devora-Léa.

DEVORA LEAH ALTSCHULER :

Celui qu’on a coutume de désigner dans la Hassidout Habad ou Loubavitch sous l’appellation du Baâl ‘HaTanya[1] avait – parmi ses enfants – une fille,  prénommée Devora Léa.

Elle naquit à Vitebsk  en 1765 de Zalman Shnéour de Liady et de Sterna. Rabbi Zalman Shnéour jouissait d’un renom et de nombreux disciples se pressaient pour écouter ses leçons. En 1787,Devora-Léa,alors âgée de 22 ans,   épousa le Rav ShalomShakhnaAltschuler et ce n’est que deux ans plus tard, qu’elle mit au monde leur seul et unique enfant qui devint celui qui fut surnommé le « TsémahTsédek » d’après le titre de son œuvre.

Durant toute son enfance et son adolescence, Devora-Léa se faufilait pour entendre son père enseigner ses étudiants et elle étanchait sa soif de Torah ainsi enregistrant tout ce que son illustre père transmettait à ses auditeurs.  C’est ainsi qu’un jour elle entendit son père informer ses disciples quelques jours avant Rosh Hashana qu’un arrêt céleste avait été rendu sur sa propre personne et qu’il était condamné mettant en cause sa façon de diffuser la hassidout. Il convoqua les plus âgés de ses disciples car il avait besoin de personnes pour plaider en sa faveur et il n’avait pu obtenir personne de la part du BaâlShem Tov ou du Maguid de Mézéritch.

 Sans plus attendre, Devora-Léa prit la décision de « prendre la place » de son père et convoqua trois disciples puis, elle déclara qu’elle se désignait comme « victime » en lieu et place de son père. A la fin de l’office de Rosh Hashana, le BaâlHatanya se rapprocha de sa fille pour lui souhaiter une bonne année. Elle l’interrompit en lui recommandant de ne rien dire de plus, de s’occuper de son fils et de l’éduquer. Le lendemain, elle tomba malade et le surlendemain, le jour du jeûne de Guédalya, elle mourut consciente du sacrifice qu’elle avaitfait pour sauver l’enseignement du père qu’elle adorait.

DEVORA LEAH GINZBURG :

Vers 1850 est née à Vitebsk DevoraLéahau foyer du Maharash et de la rabbanith Rivka. A l’âge de 21 ans,  en 1871, elle épousa dans la ville de Loubavitch,  le rav Moshé Arieh LeibGinzburg. Elle était comme les Rabbanioth de cette même famille d’une très grande intelligence : étant jeune, elle absorbait l’enseignement de la Torah, des neviim, de mishna et de guemara comme il est écrit dans les pirké avot telle une encre sur un papier neuf.

Un jour, quand elle était enfant, son père posa la question à la table de fête du dernier jour de Pessah pourquoi ce jour est un jour de fête, le jeune fils répondit qu’il n’en connaissait pas la raison mais,  celle qui devint rabbanite répondit : « parce que lors de la sortie d’Egypte, les Bné Israël étaient heureux d’avoir observé toute la fête sans aucune transgression donc, pour eux ce fut un jour de fête »!!! Son père la félicita par ces mots : « Dvora Léa tu as une tête bien faite »!!!

Lorsqu’elle apprit le décès de son père, elle se tourna face au mur et resta dans cette position trois jours et trois nuits se coupant entièrement du monde qui l’entourait. Je n’ai pas réussi à obtenir de renseignements concernant les enfants du couple ou la date du décès de la rabbanith cependant on sait que son mari le Rav Moshé LeibGinzburg est décédé en 1934.

LA RABBANITH DEVORAH DE VITEBSK  : (DVORAH TEVEL)

Dans la ville de Minsk en Biélorussie existait une communauté juive très importante. Minsk et Vitebsk n’étaient pas éloignées l’une de l’autre et la hassidout avait cours dans toute la région.

En 1624 [2], naquit Devora fille de Shmouel Nahman[3]. Dans cette famille,   l’étude de la Torah est primordiale. Le père et la mère durement éprouvés par la mort de tous leurs enfants choyèrent Devora qui était la survivante de tous. Shmouel Nahoum sacrifie pourtant quelques heures à la direction d’affaires commerciales qui procurent ainsi à la famille des revenus substantiels.  Les parents crurent bon d’ éloignerDevora de leur foyer et la proposèrent en adoption à une autre famille où s’épanouissaient de nombreux enfants. Ils pensèrent préserver ainsi leur fille d’un sort arbitraire. Devora, comme celles que j’ai citées en premier (non pas par ordre chronologique mais par manque de documentation) montre très tôt des dispositions incroyables pour l’étude du « sacré » et son père qui fait des études de sa fille un projet et parvient ainsi  alors qu’elle est tout juste âgée de 5 ans à lui enseigner le houmash[4] et à 8 ans elle étudiait couramment la Torah et les prophètes (neviim) âgée de 10 ans elle connaissait parfaitement tout le Tanakh et commença à étudier la mishna et le shoulhan aroukh puis,  il entreprit de lui enseigner la langue polonaise et les mathématiques. Vers 15 ans, il l’initia à la Guemara avec les commentaires de Rashi. La jeune-fille prit goût à l’étude et apporta une grande importance à l’éducation des jeunes filles. Elle avait d’ailleurs des amies qui n’étaient pas de son niveau mais avec lesquelles elle avait beaucoup de points en commun. Plus tard, elle s’appuiera sur le concours de ces amies pour l’organisation de cours et de conférences.

A dix-huit ans, elle épousa un homme jeune et qui consacrait son temps à l’étude de la Torah. Le couple vécut heureux et dans l’aisance car Devora dirigeait de main de maître les affaires de son époux. Ils mirent au monde deux filles et un garçon. Malheureusement, lors d’une épidémie les deux petites filles moururent suivies de près par leur père et deux à trois ans plus tard, le jeune garçon mourut lui aussi laissant Devora dans un désarroi moral absolu. Pourtant, les études qu’elle avait faites lui permirent de se renforcer moralement en particulier en approfondissant et en étudiant tous les commentaires se rattachant aux livres de Job, de l’Ecclésiaste et des Proverbes qui lui permirent d’atteindre à un certain niveau de philosophie et de détachement grâce auquel elle reprit le courant de la vie et se mit à organiser des cours et des conférences.

Un peu plus tard, l’hôte qui résidait chez les parents de Devora désira présenter à celle-ci un homme qui vivait replié sur lui-même et qui possédait des richesses. Elle accepta de le rencontrer avant d’arriver à un accord, s’appuyant sur une argumentation talmudique, ce qui impressionna fortement l’intermédiaire.

Le mariage eut lieu : Devora épousa un certain Nahum Tevel dont l’ancêtre porteur du même nom et lui aussi immensément riche avait, de par sa position et l’influence qu’il exerçait sur des personnalités de la région, protégé les Juifs de Vitebsk. Le couple fut heureux mais il y avait tout de même une ombre au tableau : le couple n’avait pas d’enfants. Devora endossa le rôle de femme d’affaires avec succès ce qui ne l’empêchait nullement, parallèlement à ceci, de développer une activité culturelle juive intense auprès des femmes juives de Vitebsk qu’elle trouva d’un niveau bien inférieur aux femmes de la communauté de Minsk. Elle déploya aussi de grands efforts et participa personnellement à la guemilout hassadim de Vitebsk.

Malgré ce rythme effréné elle trouvait le temps d’étudier la guemara qu’elle termina au moins  à deux reprises et en cachette de son mari.

Un large public féminin assoiffé de savoir répondait aux invitations aux cours dispensés.  Le couple toujours sans enfant lors de la guerre russo-polonaise fut arrêté et séquestré trois années durant puis, ils furent libérés. Nahum Tevel persévérait à étudier et il se renforçait de plus en plus dans son étude. Devora de son côté mettait tout son temps au profit de l’étude et tous ses efforts tendaient à remonter de plus en plus le niveau intellectuel de ces femmes qui avaient été délaissées sur le plan spirituel.

Douée sur le plan de la dialectique elle enseignait, prêchait, parlait, contait des histoires de tsadikim à des fins morales et didactiques son éloquence tenait les femmes en éveil. Devora s’imposa donc très simplement. Elle eut à cœur de perpétuer chez elle une coutume qu’elle avait vu pratiquer chez ses parents : la distribution de repas aux étudiants.  En donnant l’exemple par elle-même et en enseignant l’hospitalité, elle insista auprès de son mari pour qu’il aille dans les fameuses yéshivoth alentour recruter des jeunes gens brillants qui jouiraient de cours dispensés par des rabbins venus de Cracovie, ou même de Prague dans le but de les former à devenir eux-mêmes de brillants maîtres. Nahoum pria un rav de s’installer à Vitebsk : le Gaon Yékoutiel Zalman.  Les efforts de Devora et de Nahoum conjugués remportèrent un vif succès.

Plusieurs années plus tard, un grand cabbaliste fut hébergé chez eux  et Nahoum épancha sa peine de ne pas avoir d’enfants auprès du rabbin qui lui fit comprendre qu’on ne peut pas tout posséder dans la vie. Ces paroles sages firent réfléchir Nahoum qui revint sur ses propos et déclara qu’il était prêt à renoncer à sa fortune ou même à sa propre vie pourvu qu’il ait un enfant. Quelques mois plus tard, Devora vit qu’elle était enceinte  ce qui remplit de joie le couple bien que le regard de Nahoum s’assombrit car, puisque ses affaires ne périclitaient pas cela voulait-il annoncer que la vie de ce brave homme ne tenait plus qu’à un fil ?

Dès lors, il se prépara spirituellement en accélérant et en intensifiant le rythme de ses études et en faisant une teshouva complète. Il mourut peu de temps avant la naissance de cet enfant si désiré. Devora fit face une fois de plus à ce grand chagrin  et nomma la fille nouvelle née Nehama en souvenir de son défunt époux, lequel avait légué sa fortune  ainsi qu’il l’avait spécifié dans un testament : un tiers pour la guemilout hassadim, un tiers à son épouse et le troisième tiers à l’enfant.

L’enfant, décédé, sa part servit à ouvrir une yéshiva : « YéshivatNehama bat Rabbi NahoumTevel ». Les femmes de Vitebskavaient plutôt coutume de l’appeler la  » Yéshiva de Nehama bat Devora » et Devora elle-même fut désignée sous l’appellation de Devora la rabbanite de Vitebsk.

La rabbanite DevoraTevel fut célébrée par tous et admirée de tous pour sa grandeur d’âme et d’esprit qui avait supporté tant de malheurs sans relâcher un seul jour d’études sacrées. Elle fut le précurseur[5] dans la volonté d’instruction des femmes au XVIIème siècle.

Caroline Elisheva REBOUH
Portrait du BaâlHaTanya :

[1] – Rabbi Shnéour Zalman de Liady 1745-.

[2] – Environ. Je ne suis pas parvenue à trouver des dates exactes mais c’est à partir de deux dates que des évaluations ont été faites : celle de la guerre russo-polonaise (1654) et la date de la création de la Yéshiva à Vitebsk (1697).

[3] – d’autres sources nomment le père Shmouel Nahoum

[4] – il existait déjà à l’époque des houmashim en hébreu et yiddish !

[5] – il est désolant qu’il n’existe pas de féminin pour ce nom commun !!!

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