PARASHAT METSORA 2019- shabbat du 13 avril 2019 – horaires Ashdod 18 h 38-19 h 46

UNE MALADIE BIBLIQUE NON CONTAGIEUSE

Tout le texte de la parasha énumère un certain nombre de règles selon lesquelles seront fixées les lois de pureté et d’impureté, et les lois d’isolement de la femme. La lèpre sera évoquée mais il est question d’une maladie qui n’est pas considérée par les sages comme une maladie  organique mais plutôt comme une maladie que l’homme provoque soit par ses fautes soit par son comportement. Cette affection n’est pas contagieuse.

En effet, dans la portion de metsorâ מצורע   il est question d’une maladie qu’improprement l’on traduit par lèpre mais qui ne présente pas les caractéristiques réelles de la maladie dite de Hensen.  Pour nous conforter dans ce raisonnement, lorsque la maladie apparaît, les instructions sont de conduire le sujet atteint non pas chez un praticien mais chez Aharon le Cohen Gadol (le Grand Prêtre) ou chez l’un de ses fils. La démarche va être décrite pas à pas, la description de la « plaie » sera faite dans ses moindres détails et aspects, teintes etc…. à tel point que l’on va pouvoir décompter de manière très précise que cette atteinte dermatologique sera nommée 37 fois au cours du très long chapitre 13 (52 versets)  tout autant qu’est précisée la tâche du Cohen Gadol de vérifier par ses yeux : de voir, avec le verbe לראות   ou avec des mots issus de la racine trilitère ר-א-ה .  Dans ce long chapitre seront répétés également d’autres mots que nous allons analyser tels que l’impureté de la racine trilitère ט-מ-א ( 28 fois) et le nom même de l’une de ces maladies qui est la צרעת  « lèpre » (pas moins de 19 fois) un autre mot qui signifie vêtement בגד   (bégued) va être aussi répété. Que veut donc nous faire comprendre HaKadosh Baroukh Hou au moyen de ces répétitions ? Les mots צרעת  et מצורע viennent des mêmes racines צער la tristesse que l’on pourrait décomposer en deux mots de deux lettres   צר   étroit et רע mauvais.  Et, si l’on veut décomposer le mot מצורע  l’on va pouvoir comprendre la chose ainsi : מצו(א) רע  il l’a sorti mauvais  c’est-à-dire il  l’a trouvé mauvais c’est la raison pour laquelle, on amènera le sujet atteint de tsaraât chez le Cohen qui, à l’examen de la plaie, comprendra pourquoi la personne est atteinte  car elle aura occasionné à sa propre personne cette plaie de par un comportement ou une faute qui a porté elle-même atteinte à quelqu’un d’autre comme le lashon harâ par exemple, la médisance est en effet l’une des causes premières de tsaraât.  La tsaraât ne s’attaque pas qu’au corps de la personne mais aussi à sa maison et à ses vêtements (bégued) mot hébraïque qui vient de la racine signifiant tromper. Le vêtement qui va être atteint de tsaraât va être défait, détruit parce que lui est matériel et il peut être détruit ou brûlé mais l’homme non : il lui faudra reconnaître qu’il est devenu impur et changer son comportement et sa façon d’être pour que D lui accorde la guérison et qu’alors il puisse se purifier.  Le mot atteinte ou plaie s’écrit נגע il vient de la racine נגע ou du verbe לגעת  toucher si ce mot est employé au lieu de פצע par exemple c’est parce que D va infliger ce négâ cette atteinte à l’homme qu’Il aime et qu’Il veut mettre en garde et  c’est ainsi que l’impureté va être décelée et l’homme aidé par le Cohen Gadol devra procéder à un examen de conscience et vérifier ce qui ne va pas chez lui et en lui pour se corriger et revenir à de meilleurs sentiments.

Cette « lèpre » peut être provoquée par d’autres facteurs (sept au total) que la médisance mais par d’autres comportements tout aussi incompatibles avec la Torah  tels que la grossièreté, l’envie et la jalousie, la mesquinerie… mais aussi sur les effusions de sang, sur les serments vains, sur les contacts sexuels interdits, et  le vol (rapine) (traité de Arakhine 17a).

L’origine de l’exil des enfants de Jacob en Egypte se trouve dans la médisance de Joseph sur ses frères et pourquoi au pays de Pharaon ? Tout simplement parce que les fils de Jacob vendirent leur frère à des Egyptiens… l’exil fut donc l’expiation du lashon harâ.

De même, lorsque Moïse tua l’Egyptien et qu’il sut que la chose avait été colportée, Moïse sut à ce même instant que la faute de médisance n’était pas rachetée, et que le peuple n’était pas encore prêt à s’assumer sans lashon harâ et que le moment de la délivrance n’avait pas encore sonné. A ce propos le Keli Yakar illustre son enseignement par la question de savoir pour quelle raison HaShem S’est dévoilé à Moïse au sein d’un buisson d’épines et sa réponse est que de même que des épines peuvent faire souffrir, colporter des bruits sur quelqu’un peut également faire souffrir directement ou indirectement.

Rashi n’est pas en reste puisque pour lui tout dans cette révélation divine dans le buisson ardent fait allusion au fait de transmettre des informations fausses ou erronées ainsi, la main de Moïse se couvre de lèpre car IL refusa tout d’abord la mission divine en prétextant : « ils ne me croiront pas » ce qui n’était qu’une supputation gratuite, ce lashon harâ est remarqué et sa main se couvre de lèpre. Le bâton se transforme en serpent (nahash) car le serpent de la Création a fait aussi des mensonges/ médisance sur D en entraînant Eve à manger du fruit de l’arbre de la connaissance !

La tsaraât צרעת)) est un mot composé de deux mots qui possèdent une très forte influence sur l’homme d’une part le mot tsar צר (étroit/ étroitesse) et d’autre part le mot râ רע (mauvais/méchant). La personne touchée par cette affection se trouve en détresse morale et doit s’écarter de sa communauté et faire pénitence pour ne plus être touchée par les plaies caractéristiques.

Les Sages nous rappellent que le premier acte de médisance eut lieu au moment de la Création lorsqu’HaShem assigna leur rôle respectif aux deux grands luminaires le soleil et la lune et lorsque celle-ci déclara sans ambages,  qu’en quelque sorte il était impossible que « deux rois » (elle et le soleil) se servent d’une seule couronne et c’est ainsi que le soleil reçut la mission d’éclairer et de resplendir le jour tandis que la lune devrait se contenter d’absorber la lumière du soleil et de luire seulement la nuit.

C’est aussi dans cette même optique que les Sages font remarquer que le premier mois de l’année était le mois de Tishri et, ce n’est qu’après l’exil en Egypte que Nissan est devenu le premier mois et Tishri le septième mois. Le signe astrologique du mois de Nissan est le « bélier ».

Ce qui fait qu’en Nissan se regroupent beaucoup d’éléments autour du signe du bélier/agneau. Ce même agneau qui était l’objet d’adoration des Egyptiens mais qui fut aussi la base même du sacrifice pascal. Le bélier lui-même était un animal qui était sacrifié (bélier ou agneau ou chèvre ou bouc) selon le caractère de chacun des sacrifices présentés au Temple.

Et c’est aussi pour cette raison, qu’il est écrit dans le paragraphe que l’on récite en plus dans la prière de rosh hodesh que « זמן כפרה לכל תולדותם » car ici, lemot toledotam doit être prononcé non pas d’après le mot toledoth (histoire) mais d’après le mot « tolada » c’est-à-dire : conséquence de la faute de lashon harâ.

Les sacrifices pouvaient être offerts aussi après une impureté ! Les sacrifices, celui de Pessah en particulier, ne pouvaient être consommés que par des hommes circoncis. Les hommes qui n’étaient pas encore circoncis en Egypte devaient pratiquer la circoncision sur eux-mêmes au plus tard à Rosh Hodesh Nissan « HaHodesh hazé lakhem rosh hodashim » avant toute chose puis se remettre de cette opération et savoir comment il fallait procéder au sacrifice de pessah avant de pouvoir en consommer la veille de la sortie d’Egypte.

Les Sages font remarquer que la parasha qui traite de la tsaraât, la lèpre, suit de très près celle de Shemini. En effet dans les années simples qui ne sont pas embolismiques, la parasha de metsora est jumelée avec celle de tazriâ (tazriâ-metsorâ) et suit donc celle de shemini. Ces péricopes sont centrées sur un objectif : la pureté de la bouche car dans shemini il est question de la pureté des aliments que l’on fait entrer dans notre bouche et dans l’autre lecture il est question de la parole prononcée et donc de ce qui en sort.

Le Zohar révèle que les descendants de Jacob sont descendus en exil en Egypte à cause de la médisance et qu’ils sont sortis d’Egypte lorsqu’ils ont su apporter un remède à ce travers. Sérah, la fille d’Asher, savait par prophétie que le « code » de la libération se situerait autour de la lettre « pé » פcar elle avait compris que la cause de l’exil était la médisance : פה רע  (pé râ = mauvaise bouche )  et par assimilation au mot par’o (pharaon qui s’écrit  פרעהen hébreu) et que lorsque la médisance serait éradiquée et que la bouche serait pure (pé sakh פה סח ou פה צך). Cependant, Sérah ne pouvait savoir quel serait ce code véritable et ce n’est que lorsqu’elle entendit Moïse dire « Pakod Pakadeti » qu’elle a pu faire le lien et annoncer au peuple que le Libérateur était arrivé en personne de Moïse !!!

Pessah, pour certains commentateurs est donc le constat du fait qu’Israël savait contrôler ses paroles.

Comme en toute chose le Saint Béni soit-IL ne frappe l’homme que petit à petit pour lui faire comprendre qu’il doit s’amender. La lèpre touche la maison, le vêtement et le corps de celui qui doit faire pénitence et ensuite peut toucher tout l’avoir de la personne.

Aussi, l’homme doit-il dès qu’il constate que quelque chose ne va pas comme d’habitude procéder à un examen de conscience et tenter de corriger ce qui ne lui semble pas normal, prendre conseil éventuellement et se rapprocher du Créateur.

Caroline Elishéva REBOUH
MA Hebrew and Judaic Studies
Administrative Director of Eden Ohaley Yaacov

 

 

 

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