PARASHATH SHOFTIM 5785 – VENDREDI 29 AOÛT 2025, 5 ELOUL 5785, 4 ème jour des SELIHOT pour le public de rite séfarade
HORAIRES DE SHABBAT
NETANYA – 18h48 – 19h45
JÉRUSALEM – 18h29 – 19h43
ASHDOD – 18h49 – 19h54
PARIS – 20h21 – 21h26
MARSEILLE – 20h00- 21h01
Choftim nous enseigne que la justice, l’intégrité, la responsabilité collective et la limitation du pouvoir sont les piliers d’une société sainte et équilibrée.
La péricope de cette semaine commence par le commandement de nommer des juges et des policiers dans chaque tribu, dans chaque agglomération, dans chaque ville, région…..
L’injonction est une fois de plus au singulier (et non pas au pluriel).. La raison en est que cet ordre comporte plusieurs acceptions : toi, l’individu, au sein d’une société qui se doit d’être dorénavant structurée, étant donné que le peuple va se retrouver sur sa terre et responsable de son peuple, tu as le devoir de structurer ta communauté.
La Torah comporte des lois concernant le sacerdoce et des lois religieuses mais, la Torah reçue au Sinaï est aussi un code civil, et un code pénal dans lequel sont détaillées toutes les peines à appliquer pour un méfait, un dommage matériel ou physique et bien d’autres lois encore….
En conséquence, la société devant être structurée, les fonctionnaires désormais nommés, devront exercer leur métier sans complaisance aucune, sans aucun parti pris.
Cependant, ces dispositions ne concernent pas seulement une collectivité mais aussi une personne qui devra se transformer en juge et en policier contre et envers lui-même.
En effet, il est écrit : donne-toi à tes portes et, le Shlah HaKadosh (1) de commenter : sur le visage sont situées 7 « portes » : 2 yeux, 2 oreilles, 2 narines et une bouche. Ces 7 « portes » doivent rester « pures », c’est dans cet objectif que nous devons nous comporter avec rigueur (comme des policiers) pour éviter de voir des choses « déplaisantes » ou de sentir des choses nauséabondes, d’entendre des choses peu convenables et ne pas prononcer de paroles blessantes, ou mensongères ou grossières.
C’est pour cela que la Torah s’adresse à la deuxième personne : afin que chacun se surveille intensément pour être pur et savoir se taire car il est écrit : הלשון ביד ומוות חיים c’est-à-dire que par la parole nous pouvons détruire ou construire, et ceci, pas seulement à propos de ceux qui nous entourent mais, à propos de nous-mêmes : par des propos imprudents nous pouvons nous mettre en danger ou nous placer dans des positions très dangereuses.
La trame de l’infrastructure sociale est tissée avec des juges qui vont établir des jugements sur des lois que D a données à son Peuple, qui auront été observées, bien ou moins bien, et avec des fonctionnaires qui seront chargés de veiller à ce que ces lois soient appliquées.
Un peu plus loin dans la parasha, nous trouverons aussi un verset très célèbre et ces mots nous permettront de comprendre l’esprit du premier des thèmes de la sidra :
צדק צדק תרדוף למען תחיה וירשת את הארץ.
Tu poursuivras la justice pour pouvoir vivre dans le pays dont tu hériteras.
De manière à permettre à tout citoyen de pouvoir reconnaître ses droits, D. indique que ces tribunaux devront se trouver dans « tes portes » est ce à dire dans les villes ? Non, car il est écrit dans tes portes que l’Eternel ton D t’a donné pour tes tribus : cela donne une dimension : les juges seront nommés ainsi que les policiers dans chaque « agglomération » et dans chaque région que D a attribué à chaque tribu : agglomération, région, district…… et, avec des fonctionnaires qui seront supérieurs aux simples juges, puis, d’autres qui seront supérieurs aux derniers ou, si l’on préfère, on possède ici un organigramme ou une structure élaborée du système judiciaire. Et, après que ce système ait été imaginé, D demande : tsedek tsedek tirdof : poursuis la justice mais, plus précisément cette répétition du mot tsedek inclut l’idée selon laquelle la recherche de la justice se fera sur un plan métaphysique où la justice d’ici-bas devra correspondre à la justice céleste et où les moyens de pratiquer la justice se fera de manière désintéressée à un point où l’humain devra s’efforcer de chercher de toutes ses forces et par tous les moyens dont il disposera pour extraire ce qui pourra exprimer et représenter la justice immanente et transcendante.
Il faut que tu t’attaches à ce qu’il y a de plus juste au sein de la justice : chercher et fouiller encore et encore jusqu’à extirper de tout ce qui s’appelle système judiciaire la véritable justice morale, celle qui prend l’Autre en compte, chercher et écouter et aller vers l’Autre pour que la véritable justice s’exerce : pour que la tsedaka צדקה) rétablissement de la justice) soit exercée ou fasse de celui qui l’exerce un צדיק et, de cette façon la lettre youd rencontre la lettre ‘hé pour s’unir et former le nom de D.
Dans son célèbre ouvrage « TOMER DEVORA » le grand Sage qu’était Rabbi Moshé Cordovéro ou Ramak (2) donne une explication aux lettres qui forment le mot tsedaka soit la lettre tsadik d’une valeur de 90 indique que chaque jour nous devrions dire « amen » 90 fois, daleth d’une valeur numérique de 4 dire 4 fois par jour la « kedousha », kouf d’une valeur de 100 nous indique que nous devons nous efforcer à prononcer 100 bénédictions par jour et la lettre hé nous rappelle d’étudier la Torah chaque jour ainsi nous aurons rappelé la notion de tsedaka chaque jour.
Rashi explique : ce sera grâce aux bons juges et aux bons policiers que nous pourrons être dignes du pays d’Israël mais, pour cela il nous faut atteindre un degré tel de justice que nous vivrons dans une société juste véritablement. Ceci est si aléatoire et si difficile à réaliser que nous avons des exemples dans notre histoire d’une période où les juges étaient corrompus et qu’il fallait qu’eux-mêmes soient jugés ainsi, le livre de Ruth commence par les mots : השופטים שפוט בימי ויהי » Ceci se passait au temps où les Juges étaient jugés ». Cette corruption, ce manque de véritable justice n’est pas innocente et le peuple en pâtit : car la corruption des juges amène la guerre et la famine, conséquences directes de la corruption.
Le Or HaHayim dit à propos de ces versets que les juges et les policiers sont indissociables les uns des autres car s’il n’y a pas de juges pour faire des lois, il n’est nul besoin de policiers pour faire appliquer des lois qui n’existent pas ! Mais le grand penseur nous fait remarquer qu’il est possible qu’une « erreur grammaticale » se soit glissée dans le verset où D s’adresse au Juif à la deuxième personne du singulier pour ensuite parler de jugement au pluriel. L’explication est simple : si un juge peut être seul à juger, un témoignage ne peut être recueilli que s’il émane de deux personnes, ainsi qu’il est dit : « הדבר יקום עדים שני פי על « un témoignage ne peut être pris en considération que s’il provient de deux personnes.
Le juge devra enquêter et écouter, et chercher vraiment plutôt deux fois qu’une, d’où la répétition du mot tsedek de manière à faire ressortir un détail qui pourrait être important.
De manière à ne pas défavoriser un pauvre vis-à-vis d’un riche, on aidera le pauvre à apparaître de la même façon que son adversaire, soit en priant le riche de ne pas s’habiller de manière ostentatoire ou en aidant un pauvre à s’acquitter de sa peine/dette en cas de besoin.
Le Zohar attire notre attention sur le fait que le jugement ne peut être que divin et l’on demande aux juges d’être circonspects en rendant la justice : « malheur aux juges d’en bas s’ils renient l’œuvre de la création et si un juge ne se prononce pas de la même manière que l’autre car « en-haut » existent aussi des juges et des policiers et il y en a qui jugent les âmes car les juges et les policiers « d’en bas » sont corporels, alors que ceux d’en haut sont liés aux âmes : l’un n’est pas mieux que l’autre, et les uns comme les autres doivent être égaux.
Lorsqu’il est question de צדק משפט c’est pour exprimer le fait qu’entre le moment où la justice va être rendue, on doit rechercher le lien qui existe entre les deux notions car, jugement et justice sont différents et l’un n’est pas l’autre.
Le « Sefat Emet » explique un peu différemment ce « shoftim veshoterim titen lekha ». Pour lui, si D ordonne « titen lekha » tu te donneras des juges et des policiers : le grand penseur s’exprime ainsi : ce n’est pas que tu doives toi en tant que peuple : nommer des juges et des policiers mais toi, prends toi, en tant qu’individu, pour toi-même ou envers toi-même, deviens un juge et un policier car tu as reçu des commandements applique les pour toi et fais les appliquer par les autres, et juge-toi toi même !
Le mishpat est d’un degré supérieur au tsedek.
Lorsqu’on fait la tsedaka, on fait ou bien on rétablit la justice au nom de HaShem, car tsedaka c’est tsedek plus la lettre hé : HaShem.
En donnant de l’argent à quelqu’un, on répare une injustice et on enlève un peu de la part qui nous a été donnée pour agrandir la part de l’autre ou encore, pour radoucir le sort de quelqu’un qui n’a pas fait l’objet d’une répartition équitable pour des raisons qui nous échappent.
Dans cette sidra, nous relèverons 2 mitsvoth auxquelles les rois d’Israël doivent se soumettre : ne pas posséder trop de chevaux ni trop de femmes et d’argent (richesses).
Le Talmud regorge d’explications sur ces mitsvoth car, immanquablement, on pense à Shlomo HaMelekh, le plus sage de tous les rois, le plus poète de tous les rois, le plus puissant des rois de son époque, le souverain le plus adulé de toutes les femmes, mais surtout, Salomon qui construisit le Temple, celui qui dans le Cantique à travers ses 8 chapitres a su célébrer, de manière allégorique, l’amour immodéré d’Israël pour son Roi et l’amour immense du Roi pour Sa bien-aimée (Israël), et n’a pas su se réfréner ni sur le nombre de ses compagnes ni sur le nombre de ses montures. Que s’est-il passé ? Salomon aurait-il enfreint la loi ?
La Guemara explique pourquoi cette interdiction d’accumuler un grand nombre de chevaux : à l’époque, pour acquérir des chevaux et de grande qualité de surcroît, il convenait de se rendre en Égypte, or, HaShem avait, en quelque sorte, émis une sorte d’anathème sur l’Égypte : IL nous a libérés d’Égypte et nous ne devons pas y retourner…
Et pourquoi est-il déconseillé aux rois d’amasser femmes et argent ? Le trône royal se dit kissé כסא qui, en abréviation signifie kessef, souss, isha (argent, chevaux, femmes) א »כס….. pour pouvoir être un bon souverain, soumis aux lois divines il convient de prendre garde à ces trois domaines car, s’il est permis à un souverain d’avoir jusqu’à 18 femmes, encore faut
il que l’homme sache prendre des précautions surtout sur le plan des épouses or, Salomon s’est dit : « Quoi ? Moi qui ai érigé le Temple avant de construire un palais pour moi ? Moi qui ai élevé un chant jusqu’à D (cantique des Cantiques) me laisserai-je détourner ? Moi qui suis réputé pour ma sagesse, me laisserai-je tenter par des cultes impurs, par des lieux impurs ? Fadaises ! Je suis bien au-dessus de cela !!!
Le Keli yakar (3), met l’accent sur le mot « danger » (mettre en danger) ou saken, racine trilittérale en hébreu : samekh-kaf-noun (saken) qui est le sigle des trois mots : soussim (chevaux)- kessef (argent)- nashim (femmes). Les trois points dont le roi doit se garder de les multiplier.
Et pourtant, Shlomo possédait des écuries avec un nombre incalculable de montures. Sa première épouse fut Egyptienne et s’en suivirent d’innombrables femmes provenant de peuplades différentes et, toutes, implantèrent de nouveaux temples d’idoles diverses ; il amassa des richesses qui firent de lui, certes un roi admiré mais c’est justement à cause de ces trop nombreuses femmes qu’il s’éloigna d’HaShem, bien qu’il ait cru qu’il ne se laisserait ni distraire ni éloigner du culte ancestral, de ce même culte dont il se fit le poète tout comme son père !!!
Dans le Talmud, (traité Nazir), la Guemara donne une nuance supplémentaire sur ce point de vue : c’est que, le nombre incalculable de chevaux attire la jalousie, le nombre impressionnant de femmes attire la convoitise et, un amoncellement de richesses force les honneurs et donc l’orgueil or, disent les Sages, ces trois choses extirpent l’homme du monde.
Pourquoi ne donne-t-on pas toujours de raison à l’appui des lois ? Il est dit par exemple : הנר לאור אדם יקרא לא dans la guemara Shabbat « on ne lira pas à la lumière d’une bougie » car, on pourrait être tenté de saisir la bougie ou la lumière pourrait s’éteindre et on enfreindrait un ou plusieurs interdits. On pourrait être tenté de se dire non, mais je sais bien que c’est shabbat et donc je sais bien que cela est interdit ! Pourtant, la lecture pourrait être intéressante voire passionnante et je pourrais être enclin/e à prendre la lampe en main pour mieux lire et oublier un instant que c’est shabbat.
La morale de cette histoire étant qu’il ne faut pas être sûr de soi au-delà de ce qui est permis, car on pourrait arriver à contrevenir à des lois même basiques par excès d’orgueil, d’assurance ou par suffisance.
La sidra de shoftim est lue généralement ou juste avant Rosh Hodesh Eloul ou juste après. Eloul est le mois de la repentance par excellence. Selon les communautés et les usages, on procède aux selihoth dès le début du mois ou à partir du dernier dimanche avant Rosh HaShana mais tout au moins, notre âme se prépare à la « rencontre » des jours redoutables.
Dr Caroline Elisheva Rebouh PhD.
1 Rabbi Yisha’ya HaLévy Horowitz né à Prague en 1558 et décédé à Tibériade en 1630 auteur du Shné Louhoth HaBrith.
2 Rabbi Moshé Cordovéro ou Ramak né à Safed (tsfat) en 1522 et mort également à Safed en 1570, d’ascendance espagnole (originaire de Cordoue) Cabaliste, et auteur de livres de Cabbale, son œuvre a beaucoup influencé le Ari zal.
3 Rabbi Shlomo Ephraïm de Lounshitz surnomme le Kli Yakar, 1540-1619 Né en Pologne vécut et exerça à Prague. Contemporain du Maharal.
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