Paracha BO, vendredi 23 janvier 2026, 5 Ch’vat 5786

HORAIRES DE CHABAT – Paracha BO
TEL AVIV et NETANYA – 16h46 – 17h45
JÉRUSALEM – 16h28 – 17h43
HAÏFA – 16h36 – 17h42
EILAT – 16h50 – 17h49
ASHDOD – 16h47 – 17h47
BEER SHEVA – 16h45 – 17h42
PARIS – 17h15 – 18h27
MARSEILLE – 17h20- 18h26
LOS ANGELES – 16h56 – 17h56
MIAMI – 17h39 – 18h35
NEW YORK – 16h44 – 17h48


PARACHA Bo, Naissance d’une souveraineté intérieure : le temps, la mémoire, la liberté. Par Rony Akrich
La paracha Bo n’est pas “une étape de plus” dans le récit de la sortie d’Égypte ; elle est l’instant où l’histoire cesse d’être un lieu de souffrance subie et devient une épreuve de conscience.

Ce n’est pas un hasard si la Torah ouvre ici non par un nouveau prodige, mais par une déclaration sur le cœur humain : « Viens vers Pharaon, car J’ai endurci son cœur » — comme si l’on nous disait que le problème n’est pas seulement un tyran parmi d’autres, mais ce mécanisme intime et culturel où la force se fait vérité, la peur se fait loi, et l’habitude se fait destin. Pharaon n’est pas seulement un personnage ; il est un système : la résignation silencieuse des hommes à vivre dans un ordre où l’on mesure l’humain à son utilité. C’est pourquoi les dernières plaies ne relèvent pas d’un “spectacle de terreur” mais d’un démantèlement méthodique de l’idolâtrie : les sauterelles ruinent l’illusion de la sécurité économique ; les ténèbres ruinent l’illusion de la clarté — cette obscurité où l’homme ne sait plus où il va, et appelle cela “la routine” ; et la mort des premiers-nés frappe le symbole même de l’avenir, la continuité que le pouvoir imagine héritée de l’éternité. Et c’est précisément au milieu de ces ruines que naît la première grande parole d’un peuple : « Ce mois-ci sera pour vous » — non une épée, non un drapeau, non un discours. Le temps. La souveraineté sur le temps. L’esclave vit dans l’agenda de son maître ; l’homme libre commence par fixer le mois, la fête, le rythme intérieur, comme si la liberté était d’abord la capacité de dire : “à partir de maintenant”. Kant y reconnaîtrait le noyau même du fait moral : ne pas se laisser entraîner par une chaîne de pulsions, de pressions et d’ordres, mais se tenir comme un être capable d’initier, d’introduire un commencement dans le monde, d’être cause plutôt que simple effet. Et aussitôt après la souveraineté du temps vient la mitsva de Pessa’h — non comme une mythologie du sang, mais comme un rituel de séparation d’avec la peur : manger la liberté, la mâcher, avec une matsa qui interdit aux illusions de gonfler, et avec l’amertume qui rappelle que la liberté n’est ni oubli ni maquillage de l’histoire, mais relèvement : passer de la blessure à la responsabilité.

C’est ici que l’on perçoit l’écho de la lucidité du Rambam : combattre l’idolâtrie, ce n’est pas seulement parler de statues, c’est lutter contre une conscience qui absolutise ce qui n’a rien d’absolu — ni la nature, ni le hasard, ni la puissance ; et, dans le même mouvement, contre une religiosité qui infantilise l’homme, le rend dépendant, craintif de penser. Voilà pourquoi la Torah insiste dans cette paracha sur « Tu raconteras à ton fils » : une liberté qui ne se transmet pas comme récit se dissout, car sans récit il n’y a pas d’identité, sans identité il n’y a pas de responsabilité, et sans responsabilité on retourne en Égypte — parfois au nom de la “normalité”, parfois au nom du “bien”, parfois au nom du “réalisme”. Et c’est précisément là, dans cette obstination de la mémoire, que la voix de Kierkegaard devient étonnamment proche : la sortie d’Égypte n’est pas seulement un passage collectif, elle est une “saut” existentiel à partir duquel l’homme devient vraiment homme — non plus une existence d’adaptation, mais une existence de choix, de résistance à la peur, d’assentiment à la vocation même lorsque le monde entier explique que ce n’est “pas réaliste”.

Bo enseigne ainsi que la délivrance n’est pas le moment où “quelqu’un nous a sauvés”, mais celui où une conscience devient assez libre pour cesser d’adorer ce qui l’écrase : le temps prend forme, la mémoire prend voix, et la liberté cesse d’être un rêve — elle devient discipline intérieure, souveraineté, et puissance de recommencer.

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