PARASHAT YITRO 5786  – vendredi 6 février 2026 – samedi 7 février 5786 – 19 et 20 shevat 

La paracha Yitro nous enseigne que :

  • La sagesse demande humilité et écoute

  • Le leadership exige structure et délégation

  • La spiritualité a besoin d’un cadre concret

  • La Loi n’étouffe pas la liberté, elle la révèle

  • La foi commence par le respect de l’humain


Bien que l’habitude soit bien ancrée dans le langage courant en français, on  désigne généralement le décalogue par «les dix commandements» alors  que la formulation la plus adéquate est : «les dix paroles» car elle est la  traduction exacte de : «הדיברות עשרת».

Les Sages d’Israël ou Hazal ont établi dans ces dix paroles deux axes  verticaux et 5 axes horizontaux, car les 5 premières paroles concernent les  rapports de l’homme envers son Créateur même si l’on remarque que la  cinquième parole concerne aussi les parents que l’on doit honorer car au stade de la procréation, les Parents sont  associés au Maître du Monde car l’enfant à naître doit recevoir l’âme qui va  l’habiter du Saint Béni soit-IL.

Quant au deuxième axe vertical, il s’agit des relations de l’homme avec son prochain.

Les Sages ont tiré des parallèles entre les 1ère et le 6 ème paroles, les 2ème et  7ème, les 3ème et 8ème, les 4ème et 9ème, les 5ème et 10ème paroles car, en effet, la  signification de ces paroles est en lien direct les unes avec les autres : En  affirmant qu’IL est notre D, HaShem confirme qu‘IL nous a créés à Son image et donc QUI sommes-nous non seulement pour tuer quelqu’un que nous n’avons pas créé et atteindre ainsi à l’image divine qui se cache dans chacun d’entre nous ?

En nous interdisant de devenir idolâtres, nous risquons de ne pas connaître  nos limites et celles de la bienséance de même qu’en adorant d’autres  divinités/partenaires, nous cédons à une sorte de prostitution morale. C’est  pourquoi dans les relations entre humains, il est conseillé de ne pas se  laisser aller à l’adultère qui n’est autre qu’un amalgame de mensonges, de  tromperies et d’impudicités.

Quant à l’interdit de voler qui n’est autre que de dérober ce qui ne nous  appartient pas, en invoquant le Nom Saint du Maître du Monde, nous volons  la confiance qu’autrui peut nous accorder. Le lien est très fort surtout  lorsqu’on réalise qu’en utilisant le nom divin on tente d’influencer autrui par  l’emprunt du Nom Sacré.

La quatrième parole nous demande de respecter le shabbath et de l’observer . Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que le shabbath ? Le premier shabbath de l’humanité constitua  en quelque sorte un genre de témoignage de l’œuvre de la création au terme  de laquelle le shabbath vint ponctuer cette création d’un shabbath ou d’un  repos offrant à celui qui l’observe un aperçu (un soixantième) des délices du monde futur !!! Et ne pas observer le septième jour viendrait, presque, à  dénier le fait qu’HaShem a créé le monde en 6 jours et IL y a mis un terme en  donnant le septième jour pour témoigner de cela. Ne pas observer le shabbath reviendrait presque à un faux témoignage au sujet de la création du monde.

La cinquième parole au sujet du respect dû aux parents reviendrait à ne pas  se dominer et désirer détenir ce que l’Autre possède. Ceci équivaut  également à la volonté de montrer une certaine ingratitude vis-à-vis  d’HaShem.

Il est courant de constater que certains enseignements trouvent leurs  racines dans les préceptes du judaïsme, ainsi lorsqu’un certain personnage  de la chrétienté enseignait qu’il ne croyait que ce qu’il voyait c’est peut-être  qu’il avait appris que dans le judaïsme les Sages de la Guemara enseignent  à propos du décalogue (les Dix Paroles) dont il est question dans cette  péricope que la vue et l’audition sont les deux sens qui permettent au Juif  d’avancer et de progresser dans l’observance des commandements de la  Torah.

La Torah précise que tous les Bné Israël « ont vu les voix » qui ont ponctué  les dix paroles, c’est pour nous faire comprendre que les sons qu’ils ont  perçus n’ont pas seulement été entendus par leurs oreilles mais qu’ils ont  pénétré leur être tout entier de manière sur-dimensionnelle !

Les exégètes affirment dans l’ensemble, que Yitro qui était conseiller de  Pharaon1, après s’être converti et avoir rejoint Moïse, comprit qu’il devait  aider son gendre à organiser son « travail » et proposa au prophète de  nommer des responsables de dizaines, de cinquantaines, centaines etc..  C’est donc par rapport à ce conseil judicieux que la péricope porta le nom  de Yitro ! Et, c’est uniquement parce que ce conseil était excellent que Moïse  l’accepta et pour aucune autre raison… Le Rambam (Maïmonide) souligne  dans son sefer hamitsvoth qu’un mérite supplémentaire fut attribué à Yitro :  il avait proclamé le fait que chaque Ben Israël était obligé de ne jamais  oublier de parler du « maâmad sinaï » ou station au mont Sinaï pour y recevoir  la Torah.

Lorsqu’HaShem proposa la Torah à tous les peuples et que chacun la refusa  parce qu’elle contenait quelque chose qui caractérisait chacun de ces  peuples, les Juifs, eux, déclarèrent d’emblée : « naâssé venishmâ » soit : nous ferons (nous exécuterons ce que contient Ta Torah) et nous écouterons  après.

L’ouïe est certes très importante et ce que l’homme entend peut émouvoir et  impressionner mais, ce n’est que lorsque la vue entre en jeu que l’âme réagit  de manière beaucoup plus profonde. Nos Sages, pour illustrer ceci, donnent  l’exemple des réactions d’Isaac et de Rebecca lorsqu’Esaü amène ses  concubines. Celles-ci, accoutumées à offrir de l’encens à leurs idoles,  faisaient, constamment, fumer des aromates. Ceci dérangeait Isaac, qui ne  disait rien pourtant, bien qu’il en souffrit tant physiquement (2) que  moralement au contraire de Rebecca qui avait été témoin de pareilles scènes  chez son père et ses frères tous idolâtres. Le spectacle de la fumigation des  aromates s’était donc imprimé en elle et lui permettait ainsi de supporter la  compagnie des « brus ».

Caroline Elishéva REBOUH  

1/ Les trois conseillers de Pharaon étaient Job, Yitro et Bil’âm. Yitro avait alors vu et compris que seul le D  des Juifs était un D juste qui savait distribuer récompenses ou punitions à chacun selon son mérite et, après  avoir appris tous les prodiges que D opéra sur l’Egypte pour sauver Son Peuple, Yitro décida de se convertir. 

2/ Au point qu’il en perdit la vue.