PARACHAT SHELAH LEKHA 5786 – vendredi 5 juin 2026 – 20 Sivan 5746
La paracha des explorateurs demeure l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire du peuple d’Israël. Elle met en lumière la fragilité de l’être humain face à la peur, au doute et à l’ingratitude, même après avoir été témoin des plus grands miracles.
Les Hébreux sortis d’Égypte avaient pourtant vu de leurs propres yeux la puissance divine à l’œuvre : les dix plaies, l’ouverture de la mer, la manne dans le désert et la protection constante d’HaShem. Ils avaient également connu l’oppression égyptienne dans toute sa brutalité, au point que leurs maîtres exigeaient d’eux jusqu’au moindre brin de paille nécessaire à la fabrication des briques. Malgré cela, certains en vinrent à idéaliser leur passé et à évoquer avec nostalgie les « poissons gratuits » d’Égypte, oubliant les souffrances et l’esclavage dont ils avaient été délivrés.
Cet épisode illustre le pouvoir redoutable de la parole. Le roi Salomon enseigne dans le livre des Proverbes : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Proverbes 18, 21). Les mots ne sont jamais anodins ; ils peuvent construire ou détruire, encourager ou décourager, rapprocher ou éloigner.
La Torah met à plusieurs reprises en garde contre la médisance. Quelques chapitres auparavant, Myriam avait été frappée de lèpre pour avoir tenu des propos inappropriés au sujet de son frère Moché et de son épouse. La sanction immédiate soulignait la gravité d’une parole prononcée sans suffisamment de retenue et de discernement.
Le parallèle avec l’épisode des explorateurs est saisissant. Dans le cas de Myriam, la médisance concernait une personne. Ici, elle vise la Terre d’Israël elle-même. Les explorateurs ne se contentent pas de décrire ce qu’ils ont vu ; ils diffusent un discours démoralisant qui sape la confiance du peuple et l’éloigne de sa mission. Leur faute n’est pas seulement d’avoir eu peur, mais d’avoir transformé cette peur en paroles négatives capables d’influencer toute une nation.
Cette paracha rappelle ainsi que la parole engage une responsabilité. Elle invite chacun à mesurer le poids de ses mots et à se souvenir que la manière dont une réalité est décrite peut parfois avoir des conséquences plus profondes que la réalité elle-même. La Terre d’Israël, comme chaque être humain, mérite d’être regardée avec vérité, mais aussi avec respect, confiance et reconnaissance.
DE MEDISANCE EN PROFANATION
Les Sages font remarquer que sur le plan chronologique cette péricope est placée entre deux épisodes qui ont eu lieu avant l’envoi des explorateurs. En effet, l’incident de Korah a eu lieu le 22 sivan de la deuxième année après la sortie d’Égypte alors que l’envoi des explorateurs a pris place le 29 sivan, une semaine après la révolte de Korah. Pourquoi, en ce cas, se demandent les exégètes, la sidra des explorateurs précède-t-elle celle de Korah ?
La réponse est que, dans la parasha de BeHaâlotekha, à la fin de laquelle est évoquée la faute de Myriam, qui a déblatéré sur son éminent frère, traite de médisance, et que celle-ci traite également de médisance, mais d’un aspect différent, puisque la première concerne un être et la présente, d’Eretz Israël personnifiée. Ainsi cette lecture et la précédente sont-elles liées. Analyse : Il est écrit dans les Pirké Avoth : כל מה שהקב »ה ברא בעולמו אלא לכבודו (kol ma shéHaKadosh baroukh Hou bara béôlamo ela likhvodo) c’est-à-dire : Tout ce que le Saint béni soit-IL a créé dans Son univers l’a été pour Sa gloire.
En conséquence tout ce qui a été créé sur la Terre, comme au ciel, absolument tout : les anges, les astres, la flore, la faune, le règne animal tout comme le genre humain tout, a été créé par D et tout témoigne de la Grandeur et de la Suprématie de D. IL a voulu créer le monde dans lequel l’humanité évolue pour que l’homme rende grâce au Créateur en tous points. HaShem a créé l’homme et, parmi eux, Moïse a été distingué comme « Homme de D » (Psaume 90 : תפילה למשה איש האלוקים Prière de Moïse, homme de D). Moïse ayant été le seul homme à avoir pu parler face-à-face avec D, à être mort dans un « baiser » de HaShem, dire du mal de Moïse est en quelque sorte une atteinte au Tout Puissant.
Selon, une autre dimension : le Créateur a jeté Son dévolu sur une petite « langue de terre » qui, paraît-il, est le nombril de la terre avec pour point central Jérusalem et le sommet de ce point central étant le Mont Moria lieu d’élection s’il en est puisque c’est là qu’eut lieu la ligature d’Isaac et c’est là que Salomon érigea le Temple de Jérusalem, et ce Mont devint le Mont du Temple.
Lorsque D désigna ce pays comme destination finale des pérégrinations du peuple sorti de l’esclavage d’Égypte, IL employa des termes promettant la prospérité à tous les niveaux, le bonheur et la tranquillité. Lorsqu’HaShem (1) s’adressa à Moïse en lui disant : Envoie 1 des personnes que tu choisiras par toi-même. De manière à éviter les luttes de personnalité, de prestige et autres, Moïse envoya un émissaire issu de chacune des douze tribus (2). Il n’avait pas pris en considération le fait que chacun de ces douze envoyés, sauf Caleb (3) et Yéhoshouâ (4), verrait d’un mauvais œil d’être départi de ses fonctions en entrant dans ce pays et, dès lors, ils voulurent gagner du temps pour continuer à faire partie de l’élite du peuple ; en ce cas, quoi de mieux que de dire du mal de ce pays et de ses habitants ?
Comme l’enseigne l’adage populaire : « Salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose. La faute de dix des émissaires fut composée de plusieurs fautes en même temps : 1- Au lieu de se reposer sur leur émouna et sur leur expérience (5), ils perdirent pied totalement devant les géants qu’ils virent à Kyriat Arba (6) et, de par les descriptions qu’ils firent, le peuple fut saisi d’effroi. C’est ainsi, qu’ils se plaignirent et gémirent toute la nuit du 9 av et que D les menaça d’avoir sujet de plaintes et de pleurnichements. (7)
2- Au lieu de vanter les qualités exceptionnelles de rendement agricole de cette terre et même du menu bétail qui donnait tant de lait qu’il n’était même pas utile de les traire, le lait ruisselant de lui-même, ils rendirent les preuves détestables ! Les commentateurs se penchèrent sur de simples calculs : la grappe de raisins qu’ils apportèrent et qu’ils déplacèrent à 8 pesait 960 séa, soit l’équivalent de 13 tonnes ! ce qui tendrait à prouver qu’eux-mêmes n’étaient pas des « sauterelles » (8) puisque leur capacité à porter des fardeaux était de l’ordre de plus d’une tonne et demie chacun!
3 – La plus grande des fautes fut de mettre en doute la Toute-Puissance de D en proférant que : « …אפס כי-עז העם הישב בארץ » Ce mot « efess9 » qui signifie zéro transmet, ici, une condition et en même temps un manquement très grave, une faute dans le caractère de la mission qui leur a été confiée !
En effet, il leur avait été demandé d’aller et d’observer et puis alors de raconter mais, ils ne devaient à aucun moment transmettre une opinion. Il était donc de leur devoir de faire un rapport en bonne et due forme sans émettre d’opinion ou de sentiment personnel. Cette faute fut donc d’une portée tragique, car, non seulement le peuple mit en doute les promesses de D mais encore Ses capacités à défendre Son peuple contre toutes sortes de créatures ; et, de plus, D a donné aux explorateurs un délai de 40 jours pour qu’ils reviennent sur leurs déclarations car s’ils avaient fait teshouva, la faute aurait pu leur être pardonnée, mais, au contraire, ils persévérèrent dans leur erreur. Le Midrash raconte que la langue des dix explorateurs faiseurs de médisance soudain s’étira jusqu’à leur nombril et leur langue s’infectait pour leur faire comprendre qu’ils avaient fait du « lashon harâ » (mauvaise langue à propos du pays) et jusqu’au nombril car Israël est considéré comme le nombril du monde !
4- Si D, à plusieurs reprises, a su pardonner au peuple tous les manquements dont il s’est rendu coupable, l’Éternel ne peut pardonner l’insulte faite à la terre d’Israël (10). Ils auraient dû en conséquence revenir sur leurs propos et faire acte de contrition, et reconnaître leurs erreurs. En l’absence de ce regret exprimé sincèrement, la sanction fut douloureuse : chaque 9 beav pendant 39 ans, chacun creusait sa tombe et s’y couchait et le lendemain, 15 000 d’entre eux ne se relevaient point (11). Lorsque Myriam a fait de la médisance (lashon harâ) sur son frère, elle a été frappée de lèpre et, dans la Guémara, sont évoquées les différentes sanctions encourues pour la médisance, mais jamais il n’est question de mort, même si l’on considère que dire de vilaines choses contre Moïse ou contre le pays est en lui-même une atteinte à Dieu Lui-même ! Elles sont d’autant plus importantes qu’elles mettent en relief un orgueil débordant : celui qui médit ne veut pas se mettre en défaut en proférant la vérité sur sa propre personne : je ne peux pas, je ne suis pas capable, j’ai peur ….
Non, la personne orgueilleuse préfère faire endosser le manquement à un tiers, Erets Israël, en l’occurrence ! Dans le Talmud sont évoqués (surtout dans les traités de Taânit et de Yoma) les différents jeûnes qui sont observés dans l’année de manière communautaire ou individuelle (privée) et, l’on retrouve un jeûne qui fait partie du jeûne des tsadikim et qui a lieu le 17 eloul et qui se fait depuis le matin jusqu’au soir : le jeûne des dix explorateurs et à ce stade on ne comprend plus car, si ces dix explorateurs qui ont mal exécuté leur mission sont morts rentrent dans la catégorie citée par Shlomo Hamelekh (XI-1) : lorsque les impies périssent, nous sommes transportés : ובאבוד רשעים רינהde joie !
En ce cas, pourquoi faire un jeûne ?
Et, qu’en est-il de ce qu’écrit Shlomo, toujours (XXIV,17) בנפול איוביך אל תשמח (ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi). Il est évident que de nombreuses pages seraient nécessaires pour répondre à une telle question mais il est important de faire une différence entre un ennemi et un impie, un ennemi peut être un ennemi personnel et sa chute peut ne pas être mortelle au contraire, la « perte » de l’impie peut aller jusqu’à la mort et, celle-ci peut être une délivrance au niveau national.
À ce stade, les Sages pensent que le jeûne du 17 Eloul (dix explorateurs) doit être considéré comme un avertissement contre le lashon harâ et surtout qu’il serve d’avertissement contre le lashon harâ pour toutes les générations et que personne ne trébuche sur cet écueil. שִ יתִ יו La faute des explorateurs d’avoir donné à mal interpréter les atouts du pays et d’en extraire du mal est un HILOUL HASHEM (une profanation du Nom divin) et s’il y a toujours une possibilité de plaider non coupable, dans le cas d’un hiloul HaShem, il n’y a aucune possibilité de plaider l’innocence, même quelqu’un qui passe sa vie à étudier, ne peut plaider l’innocence dans ce domaine et c’est ainsi que tous ceux qui ne profèrent que de belles paroles sur le pays, HaShem les ramènera sur cette terre le temps venu : הָבִ יאִ י בָנַי ִמֵרָחֹוק, ּובְ נֹותַ י מִקְ צֵה הָאָרֶ ץ כֹּל הַ נִקְ רָא בִשְמִ י, וְלִכְבֹודִ י בְרָאת -ע יו: יְצַרְ תִ יו, אַף . Ramène des pays lointains mes fils, et des confins de la terre mes filles, tous ceux qui se réclament de mon nom, tous ceux que, pour ma gloire, j’ai créés, formés, organisés (Isaïe XLIII, 6 et 7)
1-En hébreu : Shelah lekha signifie littéralement : envoie pour toi ce que les commentateurs expliquent par : si tu le désires, envoie des gens que tu choisiras par toi-même. Pour Ma part, cela n’est pas utile car, Je connais ce pays que Je vous donne en héritage.
2- La tribu des Léviim, étant destinée au culte, ne reçut aucune part du pays, et celle de Joseph fut divisée en deux (les deux fils de Joseph : Éphraïm et Menashé).
3 – Époux de Myriam, sœur de Moïse.
4 – Yéhoshouâ se nommait Hoshouâ et Moïse ajouta à son nom la lettre youd qui est l’insigne comme la lettre ‘hé’ du Nom divin. Ce même Yéhoshouâ qui succéda à Moïse et envoya à Jéricho des explorateurs en la personne de Caleb et Pinhas, fils d’Eléazar et petit-fils d’Aharon frère de Moïse.
5 – Ils furent tous témoins des dix plaies d’Égypte, et des différents prodiges qu’opéra pour eux le Saint béni soit-il.
6 – Hébron fut dénommée « kyriat Arba » ou cité des 4 car y vivaient quatre géants issus de l’union de Néfilim (anges déchus) et de filles descendantes d’Adam.
7 – C’est ainsi que, par la suite, le 1er et le 2ème temple furent détruits le 9 beav et, de même, les Juifs furent chassés d’Espagne en 1492 pour 9 beav; la 1ère et la 2ème guerre mondiale furent déclarées un 9 beav, etc.
8 – Les explorateurs s’étaient réfugiés dans les arbres et certains disent que les douze hommes s’étaient réfugiés pour dormir sous l’écorce d’une demi-grenade et, lorsqu’une jeune femme avait saisi l’écorce entre ses mains elle crut que les douze explorateurs étaient des sauterelles.
9 – Le Rambam commente ainsi : en prononçant le mot « efess », les explorateurs nient toute opportunité positive de bien vivre sur cette terre.
10 – De même que pour Kippour, D pardonne les fautes que l’homme fait vis-à-vis de Lui, mais IL ne peut pardonner à aucun moment les fautes vis-à-vis d’autrui.
11 – C’est la raison pour laquelle, la 39e année, lorsque tous se relevèrent et croyant s’être trompés dans leur compte, ils recommencèrent une semaine durant à dormir dans leur tombe et puis, voyant que la lune était pleine, et qu’en conséquence la date était le 15 du mois lunaire. Ils se réjouirent donc le jour de « tou beav
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