Le gaz d’Israël doit d’abord servir les Israéliens

Pendant des années, on nous a promis que le gaz naturel transformerait l’économie israélienne et rapporterait à l’État des dizaines de milliards de shekels par an. La réalité est tout autre.

Aujourd’hui, l’ensemble des recettes de l’État provenant du gaz – redevances, impôts et taxes – ne représente que quelques milliards de shekels par an, alors que le budget de l’État s’élève à environ 600 milliards de shekels. Autrement dit, moins de 1 % des recettes de l’État.

En revanche, les coûts environnementaux, sanitaires, climatiques et stratégiques de la politique actuelle pourraient être bien plus élevés.

Israël produit aujourd’hui environ 26,8 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, mais près de la moitié de cette production est exportée, principalement vers l’Égypte. Parallèlement, la consommation d’énergie en Israël continue d’augmenter, et la population croît près de deux fois plus vite que la moyenne des pays de l’OCDE.

Au cours des prochaines décennies, nous aurons besoin de toujours plus d’électricité : pour les nouveaux logements, les transports électriques, le dessalement de l’eau, l’industrie, la climatisation, les centres de données et l’intelligence artificielle.

Chaque milliard de mètres cubes de gaz que nous exportons aujourd’hui est un milliard de mètres cubes qui ne sera plus disponible pour les Israéliens demain.

Notre gaz n’est pas une ressource renouvelable. Une fois extrait et vendu, il disparaît définitivement.

Les trois dernières années de guerre nous ont rappelé une vérité simple : l’énergie est aussi une question de sécurité nationale.

Les plateformes gazières israéliennes ont déjà été mises à l’arrêt à plusieurs reprises pour des raisons de sécurité. Elles sont devenues des cibles stratégiques en temps de guerre.

Récemment encore, la Compagnie israélienne d’électricité a alerté le ministre de l’Énergie sur un risque de pénurie de gaz si la demande continue d’augmenter au rythme actuel.

Parallèlement, plusieurs acteurs internationaux ont appelé à imposer un embargo énergétique contre Israël. Même si ces appels ne se sont pas concrétisés, ils montrent à quel point il est dangereux de fonder la sécurité énergétique du pays sur une ressource limitée que nous exportons en grande quantité.

À ces risques sécuritaires s’ajoutent les dommages environnementaux.

Le gaz naturel reste une énergie fossile. Son extraction, son transport et sa combustion émettent du dioxyde de carbone et du méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant. Les plateformes gazières rejettent également des oxydes d’azote, des composés organiques volatils et d’autres polluants atmosphériques. Les opérations de torchage (flaring) ainsi que le traitement des condensats peuvent libérer des substances toxiques, notamment du benzène, un cancérogène reconnu.

Ces émissions contribuent au réchauffement climatique, dont les effets sont déjà bien visibles en Israël : davantage de vagues de chaleur, de sécheresses, de tempêtes de sable, un risque accru d’incendies, une pression croissante sur les ressources en eau et des dommages pour l’agriculture.

La pollution de l’air provoque également des milliers de décès prématurés chaque année, augmente les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires et plusieurs types de cancers, tout en coûtant à l’économie israélienne des milliards de shekels en dépenses de santé, en journées de travail perdues et en dégâts environnementaux.

Autrement dit, les recettes du gaz ne reflètent absolument pas le coût réel que supporte la société israélienne.

Le gaz est un patrimoine national.

Il doit être considéré comme une réserve stratégique, au même titre que nos ressources en eau ou nos capacités de défense.

Nos enfants et nos petits-enfants auront eux aussi besoin d’une énergie disponible, fiable et abordable. Le gaz exporté aujourd’hui ne reviendra jamais.

C’est pourquoi Israël doit réduire progressivement ses exportations de gaz et conserver une plus grande partie de ses réserves pour répondre aux besoins futurs du pays.

Mais préserver le gaz ne suffit pas.

Il faut dès aujourd’hui construire le système énergétique de demain.

Israël dispose de l’un des meilleurs potentiels solaires au monde. Pourtant, les énergies renouvelables ne représentent encore qu’environ 15 % de la production d’électricité.

Le pays de la high-tech doit aussi devenir une puissance mondiale de l’énergie solaire.

Pour y parvenir, un vaste plan national est indispensable.

Il faut installer des panneaux photovoltaïques sur les toits des maisons, des immeubles résidentiels, des usines, des écoles, des hôpitaux, des bâtiments publics, des bases militaires, des centres commerciaux et des entrepôts.

Il faut également développer des ombrières photovoltaïques sur les parkings, promouvoir des installations solaires le long des autoroutes lorsque cela est approprié, installer des centrales solaires flottantes sur les réservoirs d’eau, étendre les champs solaires dans le Néguev et encourager l’agrivoltaïsme, qui permet de produire de l’électricité tout en maintenant une activité agricole sur les mêmes terrains.

Parallèlement, il est indispensable de moderniser le réseau électrique, de développer les capacités de stockage grâce aux batteries et aux stations de pompage-turbinage, de mettre en place un réseau intelligent capable d’optimiser la production et la consommation d’électricité, d’encourager l’autoproduction d’énergie dans les foyers et les entreprises, de supprimer les obstacles administratifs qui ralentissent les projets et d’accroître les investissements dans la recherche et le développement des technologies énergétiques israéliennes.

Chaque kilowattheure produit grâce au soleil est un kilowattheure de gaz qui reste sous terre.

Chaque centrale solaire construite aujourd’hui renforce l’indépendance énergétique d’Israël pour les décennies à venir.

Une telle stratégie réduira notre dépendance au gaz, diminuera les émissions de gaz à effet de serre, améliorera la qualité de l’air et la santé publique, créera des milliers d’emplois qualifiés et renforcera la souveraineté ainsi que la résilience nationale.

Le gaz d’Israël est un actif stratégique.

Nous ne devons pas nous précipiter pour le vendre.

Nous devons avant tout le préserver pour les citoyens israéliens, pour nos enfants et nos petits-enfants, tout en faisant d’Israël une puissance mondiale des énergies renouvelables.

La véritable indépendance énergétique ne se mesure pas à la quantité de gaz que nous exportons, mais à notre capacité à garantir que, dans cinquante ans encore, Israël disposera d’une énergie disponible, propre, abordable et sûre.

Eliane Setbon Lezmy
Représentante Environnement et énergie , sur la liste du parti Hakalkalit du Prof. Yaron Zelikha

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