Malgré la guerre, Israël continue d’accueillir des dizaines de milliers de nouveaux immigrants. Dans un entretien accordé au magazine Kipa « Alyah, ce n’est pas si compliqué ? », Dagnit Senker Langa, directrice générale du ministère de l’Alya et de l’Intégration, livre un témoignage à la fois personnel, émouvant et résolument optimiste sur l’avenir de l’alyah.
« Depuis le 7 octobre 2023, près de 64 000 personnes ont fait leur alyah vers Israël. »
Par cette déclaration forte, Dagnit Senker Langa ouvre un entretien qui témoigne de la confiance qu’elle porte à l’avenir du pays, malgré une période marquée par la guerre.
Unique femme actuellement à la tête d’un ministère israélien, elle incarne à elle seule l’histoire du rassemblement des exilés. Son père est arrivé d’Inde, pieds nus, depuis Bombay. Sa mère a immigré d’Irak. Son mari est issu d’une famille juive néerlandaise, tandis que son nom de famille, « Senker », est celui de la communauté juive des Bnei Israël de l’Inde.
Après vingt-quatre années de carrière militaire, conclues à un haut grade, elle a choisi de poursuivre son engagement au service de l’État au sein de la fonction publique. Déjà directrice générale sous la ministre Pnina Tamano-Shata, elle a récemment répondu à l’appel du ministre de l’Alya et de l’Intégration, Ofir Sofer, pour reprendre cette responsabilité.
Pour elle, revenir à ce poste a été « un retour à la maison », tant elle considère que chaque alyah est avant tout une histoire humaine, profondément personnelle.
Une blessure personnelle qui guide son action
Au cours de l’entretien, Dagnit Senker Langa évoque avec émotion l’histoire de la communauté juive d’Inde.
Pendant de nombreuses années, la judéité des Juifs originaires d’Inde a été contestée avant d’être définitivement reconnue.
Elle se souvient de son grand-père, shohet (abatteur rituel) dans un village proche de Bombay, qui devait pratiquer son activité de nuit, les vaches étant alors davantage protégées que les hommes.
« Imaginez arriver en Israël et entendre : « Nous ne sommes pas certains que vous soyez juifs. » »
Cette blessure personnelle nourrit aujourd’hui sa sensibilité envers toutes les communautés dont l’identité a parfois été remise en question : les Juifs d’Éthiopie, les immigrants issus de l’ex-Union soviétique ou encore les Bnei Menashe.
Construire une société sans barrières communautaires
Originaire du moshav Nehora, dans la région du Lakhish, fondé pour accueillir de nouveaux immigrants, elle raconte avoir grandi dans un environnement où chaque communauté vivait essentiellement entre elle.
Ce n’est qu’à dix-huit ans, lors de son entrée en formation d’officier, qu’elle découvre toute la diversité de la société israélienne.
Aujourd’hui, explique-t-elle, le ministère ne parle plus uniquement d’immigration mais d’intégration. Son objectif est de construire une société où les différentes communautés ne vivent plus côte à côte mais ensemble.
Pour y parvenir, elle travaille en étroite coopération avec l’Agence Juive, l’Organisation Sioniste Mondiale, Nefesh B’Nefesh ainsi qu’avec le système éducatif, les mouvements de jeunesse et Tsahal, véritables moteurs d’intégration sociale.
Selon elle, la jeune génération israélienne ne comprend déjà plus les anciennes divisions communautaires.

64 000 nouveaux olim depuis le début de la guerre
L’un des moments qui la touche le plus reste l’arrivée des familles à l’aéroport Ben Gourion.
Voir des enfants descendre de l’avion, embrasser le sol d’Israël et devenir citoyens israéliens est, selon elle, une scène unique au monde.
« L’alyah est la forme la plus élevée de l’immigration », affirme-t-elle.
Malgré les difficultés sécuritaires, Israël continue d’attirer entre 20 000 et 30 000 nouveaux immigrants chaque année.
Depuis le déclenchement de la guerre, près de 64 000 nouveaux olim ont rejoint le pays, soit l’équivalent de la population d’une ville entière comme Kiryat Gat.
Pourquoi les Juifs continuent-ils de choisir Israël ?
Interrogée sur ce paradoxe — alors que certains médias décrivent Israël comme un pays en guerre permanente — Dagnit Senker Langa répond avec beaucoup de sérénité.
« Je ne veux pas être trop romantique, car je suis avant tout une professionnelle. Mais je crois sincèrement qu’il y a ici une forme de Providence. »
Au-delà du lien historique avec la terre d’Israël, les candidats à l’alyah voient un pays économiquement solide, doté d’une monnaie stable, d’universités parmi les meilleures au monde — comme le Technion ou l’Institut Weizmann — et d’une armée dont les performances technologiques ont impressionné la planète entière.
Parallèlement, la recrudescence de l’antisémitisme dans de nombreux pays entraîne une hausse spectaculaire des demandes d’ouverture de dossiers d’alyah, avec des augmentations pouvant atteindre 50 % dans certains États.
Des centaines de médecins américains bientôt en Israël
La directrice générale revient également sur une récente mission à New York, organisée avec l’association Nefesh B’Nefesh lors du salon MedEx.
Des centaines de médecins y ont entamé les démarches permettant d’obtenir leur licence israélienne selon une procédure accélérée.
Objectif : leur permettre d’intégrer un hôpital israélien en moins d’une semaine après leur arrivée.
Une réponse concrète aux besoins croissants du système de santé israélien.
Accompagner les familles bien au-delà des démarches administratives
Pour le ministère, réussir une alyah ne consiste pas uniquement à obtenir un visa ou un panier d’intégration.
Chaque famille traverse une période de profond bouleversement.
L’une des difficultés les plus fréquentes est la perte d’autorité ressentie par certains parents lorsque leurs enfants apprennent l’hébreu beaucoup plus rapidement qu’eux.
Pour répondre à ces défis, le ministère développe de nombreux dispositifs d’accompagne-ment.
En partenariat avec le ministère de l’Éducation, des programmes de soutien scolaire, comme Pele et Yael, sont proposés aux enfants.
Chaque nouvel immigrant bénéficie également d’un gestionnaire de dossier personnel (Case Manager) qui l’accompagne dès l’ouverture de son dossier dans son pays d’origine et le guide dans toutes les démarches administratives jusqu’à son installation en Israël.
Quand la guerre rattrape les nouveaux immigrants
La guerre rappelle cependant que l’intégration peut parfois être brutalement confrontée à la réalité.
Dagnit Senker Langa évoque notamment l’histoire d’un jeune couple français installé à Nahariya.
Trois jours seulement après leur arrivée, ils se sont retrouvés sous les tirs de roquettes du Hezbollah alors qu’ils se promenaient sur la plage.
Face à ce type de situation, le ministère mobilise immédiatement un accompagnement psychologique, social et administratif.
Elle souligne également l’attention particulière portée aux soldats olim et aux soldats isolés, dont plusieurs ont malheureusement perdu la vie depuis le début du conflit.
Une responsabilité collective
En conclusion, Dagnit Senker Langa lance un appel à l’ensemble de la société israélienne.
Selon elle, chacun peut contribuer à la réussite de l’intégration : aider un nouvel immigrant au supermarché, à la poste, dans une administration ou simplement lui tendre la main lorsqu’il rencontre une difficulté.
Elle rappelle enfin que cette mission nationale repose sur l’engagement quotidien des 550 collaborateurs du ministère, mais aussi sur celui de nombreuses associations, parmi lesquelles Nefesh B’Nefesh, Big Brother, Michael Levin Lone Soldier Center, ainsi que des centaines de bénévoles issus notamment du secteur de la haute technologie.
Pour elle, c’est cette mobilisation collective qui donne aujourd’hui tout son sens au
« Sionisme 2026 » : un sionisme fondé sur la solidarité, l’intégration et la conviction que, malgré les épreuves, Israël demeure une terre d’espérance pour les Juifs du monde entier.
Source : kipa.co.il
AshdodCafé
Vous pouvez nous retrouver tous les jours sur notre groupe whatsapp et recevoir notre newsletter hebdomadaire en vous y inscrivant et en invitant vos amis à faire de même



