Barbara Butch, militante féministe, LGBT+ et figure de la gauche progressiste, pensait que son engagement pour la justice sociale et son absence de lien avec Israël la protégeraient de l’assignation identitaire. Elle a pourtant découvert que pour ses détracteurs, son judaïsme suffisait à la rendre suspecte, la ciblant par une double haine qui ignore totalement ses combats et ses convictions.
Lapid a tenté de fuir la physicalité et le nationalisme d’Israël pour se fondre dans l’esprit européen, pour finir par réaliser que l’Europe le verra toujours d’abord comme un Israélien.
Sfar croyait profondément en l’universalisme français, pour finir par réaliser que la résurgence de la haine le repousse, malgré lui, vers une solidarité de destin avec Israël.
Qu’ils rejettent le nationalisme israélien, qu’ils cherchent à s’effacer dans l’Europe des arts ou qu’ils chérissent les valeurs de la République française, le verdict du monde extérieur reste le même. Ce ne sont ni l’engagement militant de Barbara Butch, ni les manifestes artistiques de Lapid, ni les déclarations d’amour républicaines de Sfar qui dictent leur identité aux yeux de la foule. C’est le regard de l’autre — teinté de suspicion, de ressentiment ou d’hostilité dogmatique — qui finit toujours par redessiner leurs frontières et leur assigner une place. Une leçon de géopolitique intime, aussi vieille que l’exil, qui rappelle que l’antisémitisme rattrape toujours ceux qui pensaient lui avoir échappé par la vertu de leurs idées.
Rony Hayot
Journaliste et analyste politique
AshdodCafé
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