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L’engagement politique, clé de l’intégration des francophones en Israël par Rony Hayot

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Soyons honnêtes deux minutes. Vous êtes arrivé il y a un an, deux ans, cinq ans. Vous parlez hébreu, vous avez un boulot, vos enfants sont scolarisés. Bravo.

Mais comprenez-vous vraiment ce qui se passe à la Knesset ? Pourquoi telle coalition tient-elle, pourquoi telle autre explose-t-elle en plein vol ? Ou faites-vous comme tout le monde : vous hochez la tête devant le journal du soir, en espérant que ça va finir par rentrer tout seul ?

Aujourd’hui je vais vous parler de nous. De la communauté francophone. De ce qu’elle a compris d’Israël et de ce qu’elle refuse encore de voir.
Le premier réflexe du côté français, c’est de calquer sur Israël les cas qu’il connaît.
Gauche, droite, progressiste, réac. Sauf que ça ne marche pas ici.

En France, un seul axe structure le débat : Économie et société.
En Israël, il y en a trois qui s’entrechoquent : La religion, le territoire, et depuis le 7 octobre, la sécurité.

Un parti peut être à fond sur l’État-providence et défendre les implantations. C’est inclassable pour un esprit façonné par l’Assemblée nationale, ça ne rentre pas. Combien de fois ai-je entendu, dans une soirée entre francophones : « Comment un gouvernement peut-il tenir avec des partis qui se détestent ? »

C’est pourtant la norme du système. La proportionnelle intégrale, les petits partis qui font la loi, les tractations sans fin, ce n’est pas un dérèglement, c’est la démocratie israélienne depuis 1948. Là où un Français y voit du chaos, un Israélien y voit de la négociation permanente.

Comprendre Israël, ce n’est pas juger la coalition avec des lunettes de Matignon. C’est comprendre qu’ici, le compromis est une question de survie.

Le 7 octobre a révélé un fossé béant. Parce que la guerre, ici, ce n’est pas un débat de plateau télé. C’est un fils, une fille, un voisin réserviste, une sirène d’alerte. Les otages, la stratégie militaire, l’avenir de Gaza ne sont pas des sujets politiques pour un Israélien —ce sont des questions de vie ou de mort.

L’olé qui n’a pas de réserviste dans son cercle proche a un train de retard sur cette intensité-là. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est un manque de vécu. Et ça se corrige. Regardons les autres alyot. Les Russes ont compris en quelques années : un parti, un vote en bloc, des ministères.

Les anglophones ont choisi les médias et l’administration, sans étiquette partisane, en exerçant une influence.  Les Marocains ont intégré le Likoud de l’intérieur. Les Boukharim et les Géorgiens ont misé sur le terrain municipal. Les Éthiopiens, s’appuient sur l’autorité des anciens et leur capacité à se mobiliser collectivement. Les Sud-Africains pèsent par leurs réseaux, et enfin les Argentins   ont privilégié le tissu associatif. Et nous ?

Des centaines de milliers de francophones, quasiment absents de la vie politique israélienne. On vote peu. On préfère recréer un petit bout de France entre nous, plutôt que de s’investir dans le débat israélien. On consomme la politique en spectateurs, jamais en acteurs. Cette carence n’est pas due à une incapacité technique, mais à des blocages internes.

À Beit Shemesh, là où j’habite, la maire Aliza Bloch puis la députée Cathy Chitrit soulignaient l’absence  d’interlocuteur francophone unique, alors que toutes les autres communautés s’étaient organisées. On a donc monté une association. On a rassemblé les Habad, les Haredim, les Dati Leumi, les laïcs, les Belges et les Canadiens ; cela nous avait permis d’obtenir des avancées concrètes auprès des élus. Mais l’initiative a volé en éclats sous le poids des egos et de la crainte de voir chaque microstructure perdre son autonomie.

Ce paradoxe s’explique : beaucoup sont venus en Israël chercher un refuge, pas un engagement citoyen. Une Alya du cœur, pas de conquête politique. Mais il y a plus grave encore. De plus en plus de Français, ou de franco-israéliens ne vivant pas ici, qui n’ont jamais entendu une sirène, se mêlent de notre politique intérieure depuis leur salon parisien.

Ils jugent nos dirigeants, notre armée, nos religieux, notre économie. Certains réclament même le droit de vote depuis la diaspora, sans y payer d’impôts, sans y envoyer leurs enfants à l’armée, ne trouvant aucune gêne à déléguer la protection du pays à des druzes, des musulmans, des chrétiens ou des bédouins, tout en voulant en décider la politique.

Avoir un avis est un droit. Le crier depuis l’étranger sans jamais en payer le prix, ce n’est pas de l’engagement — c’est du confort.

La vraie question n’est pas de comprendre Israël, mais de vouloir peser sur son destin, plutôt que de le regarder depuis les tribunes.

Voilà la condition indispensable pour cesser d’être des invités dans notre propre pays et devenir des citoyens à part entière.

Rony Hayot
Journaliste et analyste politique.

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