Voilà des mois que la campagne électorale israélienne manquait sévèrement d’énergie. En cause : des sondages prédisant inlassablement la même impasse et une société épuisée par trois ans de guerre, avide de calme pour panser ses plaies.
Mais voilà que cette dernière semaine se révèle (enfin) moins monotone que prévu. Non pas sur le résultat final, qui risque d’être plus ou moins à égalité, mais concernant des batailles internes dans chaque camp qui ont, chacune à leur façon, la possibilité de profondément transformer le paysage politique après l’élection.
Tour d’horizon.
Côté coalition
Hier soir, le belliqueux brigadier a tenu une conférence de presse pour réaffirmer qu’il irait jusqu’au bout, en dépit de la pression exercée contre lui et ses colistiers, à coups tantôt de promesses alléchantes, tantôt de messages de campagne particulièrement virulents.
En fonction des sondages, Winter se situe tantôt juste en dessous du seuil d’éligibilité, tantôt au-dessus, entre 4 et 5 mandats. Parviendra-t-il à passer malgré tout, alors que le taux de participation s’annonce particulièrement haut, rendant le seuil encore plus difficile à franchir qu’à l’accoutumée ? Si la participation dépasse la barre des 75 %, il faudra réunir pas loin de 200 000 voix. Un exploit dans un pays qui compte un peu plus de 7 millions d’électeurs majeurs.
Et surtout, s’il entre à la Knesset, souhaitera-t-il soutenir Netanyahou après tout ce que celui-ci lui a fait subir ? « Une élection, ce n’est pas un fan-club », faisait récemment remarquer le stratège Moshé Klughaft, perplexe devant cette stratégie sauvage de Netanyahou, qui ne semble supporter aucune contradiction.
Les électeurs de Winter, eux, sont idéologiquement de droite, mais déçus de Bibi, tout en n’étant pas convaincus par les candidats de l’opposition. Cette tactique de Netanyahou tend à les éloigner. Au point d’accepter que leur parti fasse plutôt le pari de l’union ? C’est toute la question.
Côté opposition
Ce dernier, à 22 ou 23 mandats dans les derniers sondages, conserve une confortable avance sur les trois autres partis du bloc. Mais, boosté par une excellente campagne sur les réseaux sociaux, Naftali Bennett a réussi à créer un nouveau buzz autour de lui et à remonter progressivement la pente. Hier soir, il se hissait à 15 mandats dans le sondage de la chaîne 12. En off, au sein de sa campagne, on me dit qu’ils ne visent pas moins de 18 mandats.
Autrement dit, de quoi sévèrement talonner Eizencott et, pourquoi pas, faire passer le Likoud en troisième position au sein de la Knesset. Une déflagration pour le parti de Netanyahou, qui compte pas moins de 32 mandats au sein du parlement sortant.
Toujours hier, un tweet de l’ancien Premier ministre Bennett annonçant que son parti annulerait presque toutes les lois de la réforme judiciaire a beaucoup fait parler de lui. D’abord parce que Bennett y parle de « putsch judiciaire », un terme tout droit sorti du champ lexical de la gauche et des opposants au gouvernement Netanyahou. Le message a d’ailleurs été approuvé par Shikma Bressler, figure du mouvement Kaplan et copieusement détestée à droite.
Une dague en plein cœur des anciens électeurs de droite de Bennett, qui ont l’impression que celui-ci les a définitivement abandonnés au profit de nouvelles convictions. Mais cette déception est aussi révélatrice : en réussissant bien sa dernière ligne droite, le chef de Beyad réintéressait certains électeurs de centre droit qui, auparavant, ne voulaient plus entendre parler de lui.
Ce tweet était-il une erreur ? Une explication retient l’attention. Bennett aurait envoyé un signal à gauche pour mieux… renvoyer certaines voix chez Ofer Winter et ainsi l’aider à franchir le seuil d’éligibilité. Et coopérer avec le brigadier qu’il connaît bien, une fois le scrutin passé.
Perdus ? Ce n’est pas fini !
Donald Trump s’invite dans la danse
Certes, le président a récemment apporté un soutien très chaleureux à Benjamin Netanyahou. Mais cet endorsement, exprimé en début de semaine, est arrivé bien tardivement et alors que Trump lui-même, n’a plus que deux ans de mandat devant lui, dont six mois de campagne pour son successeur.
Un scénario qui laisse peu de temps au président pour finir ce qu’il souhaite accomplir au Proche-Orient (l’élargissement des accords d’Abraham), et nécessite de laisser Israël dans une meilleure position internationale que ne l’est actuellement l’Etat hébreu. Ce qui passe notamment, aux yeux de Trump, par un gouvernement moins marqué à l’extrême-droite.
Que les rumeurs soient vraies ou non, à n’en pas douter, les trois grands partis – qui dépassent déjà de loin les autres factions – sont lancés dans une course pour être les plus larges possibles et se disputer la première place. L’or, l’argent ou le bronze ? De la composition de ce podium dépendent très largement les tractations post-scrutin afin de former un gouvernement.
Les trois hommes se connaissent intimement et sont chacun persuadés d’être essentiels au destin d’Israël. Assistera-t-on à une surprise de dernière minute et à un come-back inespéré de Bennett ? Netanyahou et Eizencott parviendront-ils à le maintenir sous la barre des 20 mandats et à se préserver mutuellement un futur gouvernement d’union ?
En attendant, les Israéliens sont (enfin) passionnés par leur campagne électorale.
Par Myriam Shermer
AshdodCafé.com
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