Certains Juifs israéliens envisagent, lors des prochaines élections, de voter pour une liste arabe unifiée qui pourrait se constituer. Cette intention ne procède pas d’un simple calcul électoral ni d’un geste protestataire. Elle traduit chez certains une volonté de contribuer à l’intégration des citoyens arabes d’Israël dans la sphère politique nationale, de renforcer leur participation aux instances de décision et d’inscrire leur présence dans la vie publique comme une composante assumée de la société israélienne.

Israël garantit l’égalité des droits civiques à tous ses citoyens. Les droits politiques — droit de vote, d’éligibilité, de représentation — sont identiques, indépendamment de l’appartenance nationale, religieuse ou culturelle. L’égalité civique ne constitue pas un ajout périphérique au modèle israélien : elle en est une dimension constitutive. La singularité du pays réside précisément dans cette articulation entre la souveraineté nationale du peuple juif et une citoyenneté commune ouverte à tous. Israël est à la fois l’État-nation du peuple juif et un État démocratique dont les institutions s’adressent à l’ensemble de ses citoyens.

Dans ce cadre, tout citoyen peut soutenir le parti de son choix. La liberté politique implique la pluralité des opinions et des projets. Mais la légitimité d’un parti politique ne découle pas seulement de sa participation au jeu électoral. Elle suppose qu’il reconnaisse le cadre fondamental dans lequel il agit. Prendre part aux élections ne suffit pas à établir une cohérence avec l’État ; encore faut-il accepter explicitement le socle constitutionnel, juridique et symbolique qui rend possible cette participation.

Tout parti politique — qu’il se définisse comme arabe, juif, religieux, laïque, social, national ou autre — est appelé à reconnaître la légitimité de l’autodétermination nationale juive en Israël. Cette reconnaissance n’implique ni l’uniformité idéologique ni l’adhésion à une ligne gouvernementale particulière. Elle signifie l’acceptation du principe fondateur : l’existence d’un État où le peuple juif exerce sa souveraineté politique. Elle doit se traduire par le respect des symboles nationaux, par l’acceptation du drapeau et de l’hymne comme expressions de cette souveraineté, et par l’adhésion à l’idée d’une responsabilité partagée à l’égard de la collectivité.

On peut observer que la communauté druze en Israël participe depuis longtemps aux institutions de l’État tout en conservant son identité propre, ce qui montre qu’appartenance minoritaire et reconnaissance du cadre national ne sont pas nécessairement contradictoires.

Cette exigence ne vise pas exclusivement les partis arabes. Elle vaut également pour les partis juifs ultra-orthodoxes lorsque ceux-ci tendent à considérer l’État comme une structure purement utilitaire, dépourvue de signification nationale propre. La cohérence doit être demandée à tous. On ne peut prétendre peser sur les orientations d’un État tout en se tenant à distance de son principe constitutif. Participer à la vie publique implique une forme d’engagement envers le cadre commun.

Cela n’exclut ni la critique ni le débat. On peut discuter toutes les politiques publiques : sécurité, économie, éducation, religion et État, relations entre majorité et minorités. On peut contester des lois, proposer des réformes, revendiquer une évolution des institutions. La démocratie suppose cette conflictualité. Mais remettre en cause le caractère sioniste de l’État, ou refuser d’en assumer les obligations civiques et symboliques, revient à contester le fondement même sur lequel repose la souveraineté israélienne.

L’essence d’Israël tient à l’indépendance nationale du peuple juif, telle qu’elle est proclamée dans la Déclaration d’indépendance et réaffirmée par la Loi fondamentale de 2018 définissant Israël comme l’État-nation du peuple juif. Cette affirmation n’abolit pas la dimension démocratique de l’État ; elle en constitue le cadre et la condition. Israël est une démocratie accordant des droits civiques égaux à tous ses citoyens, mais cette égalité s’inscrit dans une structure nationale clairement assumée.

C’est cette tension entre particularité nationale et universalité civique qui définit le projet israélien. La préserver suppose à la fois l’intégration de tous les citoyens et la reconnaissance du principe fondateur qui donne sens à l’existence de l’État.

Ashdodcafe.com
Vous pouvez nous retrouver tous les jours sur notre groupe whatsapp et recevoir notre  newsletter hebdomadaire en vous y inscrivant et en invitant vos amis à faire de même