L’auteur est issu d’une vieille famille alsacienne de Colmar. Ancien cardiologue à l’hôpital Albert Schweizer de cette ville, il en fut également conseiller municipal sans étiquette, ainsi que président et animateur de la communauté israélite. Olivier Katz fait depuis longtemps partie de l’équipe de la Ména, et s’investit actuellement dans plusieurs projets d’importance.

Mardi 10 juillet dernier, un Boeing aux couleurs d’El Al a atterri à Strasbourg, qui n’avait pas vu depuis longtemps d’avion arborant l’étoile de David.

 Tout le personnel de l’aéroport, la maréchaussée et la police de l’air, étaient présents pour cet événement préparé depuis plusieurs mois : Strasbourg accueillait le camp d’été de Zichron Menahem (le souvenir de Menahem). 130 jeunes de 5 à 25 ans, encadrés par 70 accompagnateurs, médecins, infirmières, photographes et logisticiens prenaient pour une semaine leurs quartiers d’été en Alsace.

Des enfants atteints d’une maladie dont le nom seul inspire l’angoisse, mais que Zam-Zam – le nom de guerre de Zichron Menahem – porte comme un étendard pour mieux la combattre : le cancer.

Tous les jeunes auxquels les médecins avaient autorisé le déplacement se sont trouvé projetés sur la piste d’Entzheim. Du ventre de l’avion, des centaines de caisses contenant tant du matériel médical, que des effets d’intendance ont été chargées sur un camion, avant que les bus ne récupèrent, sur la piste, dans un désordre très organisé, 200 jeunes qu’avaient rejoints plusieurs dizaines de bénévoles strasbourgeois, et une douzaine d’enfants français en traitement au service d’oncologie de Strasbourg-Hautepierre. Le niveau sonore, soutenu par les chants permanents des gamins ravis, ont réussi à couvrir le bruit du trafic aéroportuaire pendant toute la manœuvre.

En marge de la réception des enfants à la mairie de Strasbourg, jusqu’à leur départ pour Paris, en passant par des raids sur la patinoire et sur Europa-Park et par la visite de Colmar, c’est la philosophie de ce corps expéditionnaire bien particulier, qui a forcé le respect de tous ceux qui l’ont croisé.

 La patinoire de Strasbourg envahie par les schtroumpfs verts
Une belle leçon de courage et d’optimisme
Photo Olivier Katz ® Metula News Agency

Car ces enfants, certes malades, doivent vivre comme les autres, et, si faire se peut, mieux que les autres. Dans ce groupe d’Israéliens, juifs ou arabes – il aurait fallu des aptitudes surnaturelles pour les différencier ! – et des Français de Hautepierre, le commando médical, composé de professeurs en pédiatrie, d’urgentistes, d’infirmières et de psychologues, réunit les extraordinaires conditions nécessaires à ce camp d’été.

Ils pratiquent des perfusions de chimio dans les avions, dans les trains, et dans une infirmerie de campagne, montée en quelques minutes, quel que soit le lieu, et en disponibilité permanente.

Peu de malades au monde peuvent se targuer d’avoir fait du kart sur glace quelques minutes seulement après avoir reçu une transfusion d’antibiotiques pour une neutropénie1. A Zichron Menahem, c’est normal.

Quelques petits cancéreux ont été emmenés en ambulance à Europa-Park, bénéficiant de tous les soins possibles en cours de route, pour pouvoir s’émerveiller, au même titre que leurs camarades, devant les attractions mécaniques. A Zichron Menahem, c’est encore normal.

Le déplacement de ces schtroumpfs verts – tee-shirt de rigueur pour tous -, incluant fauteuils roulants, mégaphones, guitares et darboukas, n’est jamais passé inaperçu.

Le monde non-juif ne s’y est d’ailleurs pas trompé et n’est jamais demeuré insensible au passage de la caravane. La participation a été à la mesure de l’événement. La Protection civile a accompagné le groupe 24 heures sur 24, s’intégrant dans l’encadrement dès que possible ; le personnel de la patinoire de Strasbourg s’est déplacé bénévolement. Il a été récompensé par des sourires d’extase de tous ces jeunes qui n’avaient connu la glace qu’en cubes dans leur jus d’orange.

Les motards sillonnaient les autoroutes alsaciennes, bloquant toutes les bretelles d’entrée, pour offrir aux bus et à leurs occupants un transport VIP. Ces enfants exceptionnels ont réussi, sans faire exprès, une mission diplomatique quasi-miraculeuse : faire resurgir à la surface des visages l’amitié de cœur qui prévaut entre nos deux pays. Avec des sourires et des larmes d’émotion dans les yeux de ceux qui ont participé à leur épopée.

Le monde juif s’est lui aussi mobilisé, et a répondu sans hésitation présent à l’appel lancé par Zam–Zam. Toutes les associations israélites strasbourgeoises ont spontanément organisé des activités dont le bénéfice fut intégralement versé à Zichron Menahem.

Le point d’orgue de cette première semaine restera peut-être le shabbat passé au Hohwald2. Dans un décor pluvieux mais bucolique, l’agitation de la semaine a fait place, non pas à la sérénité – le terme n’étant pas approprié -, mais à l’esprit du shabbat ; une succession de moments intenses, de doutes, et d’explosions.

250 personnes qui chantent et prient avec une ferveur à donner des frissons au plus athée d’entre nous. Les animateurs du groupe sont, en grande partie, sortis du sérail des Yeshivot Haesder [les écoles torahniques dont les étudiants effectuent leur service militaire. Ndlr.], avec leur vision du judaïsme soluble dans la société israélienne.

Quant aux animatrices, plusieurs d’entre elles effectuent actuellement leur service civil, Chirout léoumi, auprès de Zichron Menahem.

Tous sont sélectionnés par Zam–Zam en fonction de ses propres critères ; des valeurs qui ne sont pas étrangères à l’état d’esprit qui règne dans la caravane.

Une sacrée équipe, qui fonctionne un peu à l’instar d’un orchestre philarmonique, sous la baguette de son fondateur Haïm Ehrental, toujours présent sur le terrain depuis 22 ans, veillant tant au confort de ses protégés, qu’au respect des enseignements et de l’éthique juifs.

La maîtrise de son sujet par le staff de Zichron Menahem a malheureusement trouvé son expression dramatique pendant une soirée du voyage. Nous avons ainsi appris qu’une petite fille, suivie par l’association depuis un an et demi, et que les médecins avaient refusé d’emmener en raison de son état de santé, est décédée à Jérusalem ; convocation des accompagnateurs les plus anciens, annonce de la nouvelle et débriefing psychologique.

Puis, une demi-heure plus tard, une ferveur exceptionnelle remplissait la salle pour la prière de la Havdalah – la séparation du shabbat des autres jours de la semaine. La mauvaise nouvelle avait été intégrée, dépassée et sublimée. Dans l’intérêt des enfants vivants.

Avez-vous déjà vu une guirlande sur une perfusion ? C’est pourtant ce qu’ont découvert les passagers du train qui a pris en charge ces jeunes pour les emmener à Paris. Les responsables avaient tout prévu pour fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux : gâteau décoré, discours, et boissons : Lé haïm ! A la vie ! Encore une expression tirée de l’hébreu qui prend tout son sens dans ces circonstances. Pour un enfant cancéreux, un anniversaire, c’est la certitude d’avoir atteint un palier, et d’avancer vers la guérison.

Pendant ce temps, sur le siège d’à côté, la guirlande et la perfusion permettaient d’administrer à une petite fille sa chimiothérapie tout en participant aux festivités.

Perfusion dans un train, avec guirlande
La maladie est suffisamment pénalisante pour ne pas lui ajouter l’exclusion
Photo Olivier Katz ® Metula News Agency

Zam–Zam constitue une entreprise unique au monde à ma connaissance. Il démontre, au-delà de tout doute sensé, que la civilisation israélienne n’excelle pas uniquement par ses drones, ses soldats, sa high-tech et la conception des microprocesseurs de vos ordinateurs. Elle a aussi du cœur, et elle est capable, lorsqu’elle le désire, de mettre tout son génie et toute sa science au service des plus fragiles.

Cette société témoigne ainsi son altruisme, et c’est absolument primordial, au moment où l’on apprend qu’un « indigné » s’est immolé, pour la première fois au pays des Hébreux, pour protester contre une bureaucratie aveugle, qui lui avait retiré tout ce qui le rattachait à la vie et lui permettait de composer avec elle.

On se prend forcément, à un moment ou un autre d’un tel reportage, à se demander si le fait de les suivre, de les voir vivre, ne s’apparente pas à du voyeurisme. Mais lorsque, spontanément, un bambin s’approche de vous, tendant son appareil en vous demandant de le prendre en photo, lorsque l’on regarde sans ciller une belle jeune fille avec un foulard noué sur la tête, on comprend que l’humain a pris le dessus.

Reste qu’on ne sort évidemment pas indemne d’une telle expérience, qui oblige l’homme à se dépasser, à se surpasser pour les autres, à puiser de la force au plus profond de son être, dans le seul but de voir briller, dans des yeux d’enfants très malades, une étincelle d’espoir.

On peut dire que Zichron Menahem nous a donné beaucoup plus que nous ne leur avons apporté, et surtout, une vraie leçon de vie que nous ne sommes pas près d’oublier.

Notes :

1/La neutropénie est un trouble hématologique caractérisé par un taux bas de granulocytes neutrophiles dans le sang.

2/Le Hohwald est un village et une commune d’Alsace, situés sur le Mont Saint-Odile, entre 600 et 1100 mètres d’altitude.

Par Olivier Katz © Metula News Agency

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