Israël – Conférence de presse conjointe du président de la République, M. François Hollande et du Premier ministre israélien, M. Benjamin Netanyahu – Propos de M. Hollande – Paris, 31 octobre 2012
(Paris, 31/10/2012)
  

J’ai reçu aujourd’hui, pour la première fois depuis que je suis président de la République, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Nous avons rappelé l’amitié qui lie nos deux pays historiquement et aussi évoqué toutes nos relations passées pour mieux préparer notre avenir.

J’ai également été sensible au message que m’a adressé le Premier ministre israélien par rapport à ce que nous faisons pour lutter, ici, contre l’antisémitisme. Nous en ferons la démonstration en nous rendant, demain, dans cette école martyre pour évoquer la mémoire des quatre personnes qui sont mortes, tuées dans une attaque terroriste.

Nous avons évoqué deux grands sujets : l’Iran et le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Sur l’Iran, je considère que c’est une menace qui ne peut pas être acceptée par la France. L’Iran a parfaitement le droit de pouvoir accéder à la technologie nucléaire pour des fins civiles, mais l’Iran ne peut pas disposer de l’arme nucléaire.

Depuis plusieurs mois, dans des négociations que nous avons toujours souhaitées, nous avons demandé à l’Iran d’apporter les preuves qu’il n’y avait pas de sa part de recherche de l’arme nucléaire. Pour l’instant, nous n’avons pas eu cette démonstration. Nous avons donc fait voter plusieurs sanctions et nous sommes encore prêts à en faire voter d’autres – autant qu’il sera nécessaire – en disant à l’Iran que nous voulons avoir des actes et des gestes concrets qui puissent apporter la preuve, au monde entier et à l’AIEA en particulier, qu’il y a abandon de cette recherche, à travers notamment le démantèlement et la disparition d’un certain nombre de stocks.

Nous avons aussi dit que nous devons regarder ces sanctions comme efficaces. En tout cas, je vois – hélas pour le peuple iranien – les conséquences de ces sanctions en terme d’inflation, de difficultés économiques et donc d’effets directs pour les Iraniens. Je regrette que ce soit le peuple qui en supporte toutes les conséquences. Il y a donc place, encore, pour la négociation et pour ne pas créer, dans cette région du monde, un risque qui ne serait pas tolérable.

Le second sujet, c’est le processus de paix. La France souhaite la reprise – sans conditions – des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Avec le même objectif, celui que nous poursuivons depuis des années, pour ne pas dire depuis des décennies, c’est-à-dire deux États : l’État d’Israël avec la sécurité qui doit lui être garantie et l’État palestinien qui doit pouvoir vivre.

Ces négociations sont espérées et attendues. Je sais qu’il y a des élections dans quelques semaines en Israël, au mois de janvier. Il y a aussi la tentation pour l’Autorité palestinienne d’aller chercher, à l’Assemblée générale des Nations unies, ce qu’elle n’obtient pas dans la négociation. Seule la négociation pourra déboucher sur une solution définitive à la situation de la Palestine. Voilà l’esprit qui a été le nôtre, le travail que nous avons engagé.

Nous avons également évoqué d’autres situations dans la région, notamment la Syrie.

Nous avons parfois des divergences, notamment sur la colonisation que nous souhaitons voir arrêtée. Mais nous sommes aussi conscients qu’il n’y aura de paix que par la négociation et que cette négociation doit s’ouvrir dans les meilleurs délais. (…)

Q – (…) Monsieur Hollande, le pacte entre M. Netanyahu et M. Lieberman, comment y réagissez-vous ? Ils souhaitent en effet être inscrits sur une même liste et des diplomates occidentaux pensent que cela risque de faire emprunter un virage, d’entraîner vers l’extrême droite le gouvernement israélien. Quelle est votre réaction ?

R – Je n’ai pas entendu la réponse du Premier ministre. Plus exactement, elle ne m’a pas été traduite, mais elle devait être drôle pour susciter un certain nombre de sourires. J’apprécie toujours l’humour, notamment sur la situation de la politique intérieure. Je crois qu’il y a toujours un bon principe, c’est : «mieux vaut ne pas s’occuper de la politique intérieure de nos hôtes «. Avec la condition réciproque qu’ils ne s’occupent pas de la nôtre !

Q – Je ne sais pas s’il s’agit de politique intérieure, mais dans une interview à Paris Match, Benjamin Netanyahu dit croire, à propos d’une frappe israélienne contre l’Iran, que cinq minutes après, je le cite «contrairement à ce qu’imaginent les sceptiques, un grand sentiment de soulagement étreindrait la région». Est-ce que vous avez la même analyse que Benjamin Netanyahu, Monsieur le Président ?

R – Ce n’est pas le scénario aujourd’hui que je prépare. Nous devons faire en sorte qu’il y ait, par la pression, par les sanctions et par la négociation, l’abandon par l’Iran de sa volonté d’accéder à l’arme nucléaire. C’est dans cet esprit-là que je travaille. Je ne fais pas de plan sur ce qui peut se passer après, ce qui m’intéresse, c’est d’empêcher.

(…)

R – L’arme nucléaire, si elle était possédée, maitrisée par l’Iran, ne serait pas simplement une menace par rapport à Israël, mais une menace par rapport à l’ensemble de la région et aussi par rapport au monde. C’est pour cela que la France est engagée dans cette pression, qu’elle milite pour que la négociation trouve sa place à travers des sanctions, c’est parce que nous sommes concernés. Ce n’est pas simplement une partie du monde ou un pays en particulier qui serait plus menacé que d’autres ; il l’est sûrement mais nous sommes tous concernés.

Q – Monsieur le Président, nous avons entendu parler de cette ligne rouge évoquée par le Premier ministre, mais quelle est votre position ? Est-ce que vous acceptez cette idée d’une ligne rouge à ne pas franchir, telle que l’a été évoquée par le Premier ministre ? (…)

R – Sur la question relative à l’Iran, notre ligne est simple. Tout ce que l’Iran fait pour accéder à la technologie nucléaire pour ses utilisations civiles, nous l’acceptons. Mais dès que nous voyons, et c’est le cas aujourd’hui, qu’il y a des processus d’enrichissement qui sont donc de nature à permettre à un moment qui n’est pas si éloigné – d’accéder à l’arme nucléaire, nous considérons que nous avons le devoir de faire pression et de décider donc de nouvelles sanctions. Nous continuerons à le faire tout au long des prochaines semaines et des prochains mois avec nos partenaires européens et l’ensemble de la communauté internationale. Parce que tout cela se fait dans le cadre de la communauté internationale avec l’AIEA en particulier.

Pour la question que vous m’avez posée concernant les Juifs de France qui sont des citoyens français : mon devoir, c’est de protéger tous les citoyens, c’est-à-dire de leur assurer les conditions d’une vie normale, c’est-à-dire de leur permettre d’être pleinement des citoyens. Lorsque un citoyen – parce qu’il est juif – est mis en cause dans sa sécurité, c’est toute la République qui est agressée. Parce que, ici en France, c’est le principe que depuis longtemps nous avons posé, c’est la laïcité. Nous ne distinguons pas les citoyens selon leurs religions. Nous les protégeons tous.

Il y a un antisémitisme. Nous devons le pourchasser, le poursuivre et l’éradiquer. Il y a aussi du racisme. Il y a aussi des citoyens qui sont poursuivis ou qui sont menacés parce qu’ils sont d’une autre religion, ou parce qu’ils ont une autre couleur de peau. C’est avec la même volonté que nous les protégeons et mettons hors d’état de nuire ceux qui les menacent ou qui les agressent. (…)

Q – À propos de la Syrie, est-ce que vous estimez avoir une position commune et concrètement qu’est-ce que vous proposez pour résoudre le conflit ? Deuxième question sur les négociations de paix. (…)

R – Voilà une belle proposition ! J’ai rencontré trois fois le président Abbas depuis mon élection. La quatrième fois, je serai donc avec le Premier ministre Netanyahu, s’il en décide. Mais l’objectif n’est pas simplement de poser des principes, c’est de rentrer dans la négociation, de le faire – effectivement – sans condition préalable. Le président Mahmoud Abbas dit qu’il n’a pas de condition ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu dit : «il n’y a pas de condition». Alors négocions !

Q – À partir de quand ? (…)

R – À propos de la Syrie, nous avons, et l’un et l’autre, vu la dégradation de ce qui se passait, la détérioration des conditions de vie des Syriens, le risque d’une guerre civile qui se prolonge. J’ai donc dit : «plus tôt un gouvernement provisoire se mettra en place, plus tôt il y aura une solution de transition, meilleur cela sera pour la Syrie et pour la région».

Q – Concernant Toulouse, quel sera votre message tous les deux à Toulouse ? Est-ce que vous considérez qu’il y a toujours une menace contre les Juifs français dans ce pays ? Est-ce qu’il y a un autre Mohamed Merah, selon vous, en France ? (…)

R – Je ne sais pas comment est la presse israélienne mais je sais comment est la presse française. Elle veut toujours savoir ce qui se passe le lendemain. Pour savoir ce qui se passe le lendemain, il faut attendre le jour d’après. Donc, à demain ! Merci beaucoup./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)
Service de presse  Ambassade de France en Israël

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