La communauté internationale conteste un projet de construction israélien en Cisjordanie.
Au lendemain de l’accession de la Palestine au statut d’Etat observateur à l’ONU, le gouvernement israélien a annoncé une série de mesures de rétorsion. Vendredi dernier, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, déclarait ainsi son intention d’ordonner la construction de 3000 nouveaux logements dans la zone dite « E1 », qui relie Jérusalem à la
colonie de Maalé Adoumim.

De son côté, le ministre des Finances, Youval Steinitz, annonçait le blocage du transfert des taxes collectées au profit de l’Autorité palestinienne, d’un montant de 460 millions de shekels. La décision israélienne a suscité le très vif mécontentement de la communauté internationale, notamment celui de l’UE. Lundi, le quotidien de gauche Haaretz, titrait en « Une » que la France et la Grande-Bretagne songeaient à rappeler leur ambassadeur à Tel Aviv pour marquer leur désapprobation. Pas moins de six ambassadeurs israéliens ont été convoqués dès le lendemain dans les capitales européennes (France, Grande-Bretagne, Suède, Espagne, Italie et Danemark) alors que la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton a de son côté déclaré que la décision de construire 3000 logements supplémentaires
était une « mesure stratégique qui portait atteinte à la contigüité de l’Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale commune des deux États ». Jeudi, le quotidien Maariv annonçait que Bruxelles pourrait « accélérer une procédure visant à marquer les produits fabriqués 2 dans les colonies israéliennes. Washington a également critiqué les mesures du
gouvernement israélien. Le porte parole de la Maison Blanche, Jay Kerry, a estimé que la construction en zone E1 et à l’est de Jérusalem était « contraire à la politique des États-Unis et portait atteinte à la solution des deux États ».

Sans renoncer à son projet, Israël a toutefois envoyé des messages d’apaisement à la communauté internationale. Le Premier ministre a déclaré que l’avancée de la construction dépendrait de l’attitude des Palestiniens. Selon le Maariv, le gouvernement Netanyahou tenterait ainsi de dissiper les inquiétudes de l’Administration américaine en rappelant que la
construction pouvait à tout moment être gelée sur simple décision de l’échelon politique.

Selon les commentateurs, Israël souhaite mettre en garde les Palestiniens contre une éventuelle saisine de la Cour pénale internationale de La Haye. « S’il y a des progrès dans les pourparlers avec les Palestiniens ou une véritable menace de sanctions contre Israël, surtout de l’Europe et des Etats-Unis, la procédure peut être arrêtée », a déclaré au quotidien un haut responsable israélien.

A Berlin, où elle recevait Binyamin Nétanyahou, la chancelière Angela Merkel a déclaré lors d’une conférence de presse qu’elle avait des divergences avec son hôte sur l’expansion des colonies. « Nous sommes tombés d’accord pour ne pas être d’accord », a-telle lancé au Premier ministre. L’Allemagne s’est abstenue lors du vote à l’ONU, ce qui a provoqué le mécontentement du gouvernement israélien qui pensait que Berlin voterait contre. , Nétanyahou a toutefois rassuré la chancelière en rappelant que le début des travaux dépendrait des Palestiniens.

Selon certains observateurs, Israël se retrouve isolé sur la scène internationale en raison de son inaction dans le processus de paix avec les Palestiniens alors que d’autres commentateurs estiment que la construction en zone E1 est « vitale » pour l’existence d’Israël.

LE PRIX DE LA VANITE / SHALOM YERUSHALMI – MAARIV
Parfois, les cauchemars s’exaucent. Cela fait des années que l’on nous met en garde contre la colonisation lente de la Cisjordanie – que le monde désapprouve à l’exception peut-être de la Micronésie. Des années qu’on nous explique que seule la solution des deux Etats reste viable, mais nous l’anéantissons de nos propres mains, envers et contre tout. Des
années qu’on explique à Nétanyahou que l’Europe a changé. Que les millions de musulmans qui ont envahi le Vieux Continent déterminent dans une large mesure la politique de l’UE.

Lors de la célèbre entrevue entre Sarkozy et Nétanyahou en 2009, l’ancien président de la République avait soufflé au PM : « Il y a en France 8 millions de musulmans équipés de paraboles satellites. Ils voient tout ce qui se passe chez vous. Une émeute chez vous et l’Europe brule ». Hier, son successeur François Hollande a laissé entendre que son pays 3
pourrait imposer des sanctions à Israël. Cela fait des années que l’on demande à ce gouvernement de prendre des initiatives politiques, d’être constamment en action sur le processus. « Demande la paix et poursuis-la », dit le célèbre psaume de David.
Comment Nétanyahou a-t-il su rallier la communauté internationale sur le dossier iranien, et dans un même temps isoler autant Israël sur le plan diplomatique ?

A ce rythme là, nous allons vite nous trouver des points communs avec Téhéran.
Nétanyahou estime qu’une bonne idée par an suffit et qu’entre temps il peut jouer la politique du fait accompli sur le terrain. Les Palestiniens ne font plus d’efforts car ils comprennent que le monde est avec eux. Le monde est avec les Palestiniens car il est parvenu à la conclusion qu’Israël ne croit plus en la solution des deux Etats.

CONSTRUIRE A JERUSALEM : UN IMPERATIF STRATEGIQUE / EPHRAÏM IMBAR – CENTRE D’ETUDES STRATEGIQUES BEGIN-SADAT

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou se doit d’ignorer l’opposition pavlovienne de la communauté internationale à la décision de construire à Jérusalem en général et en zone E1 en particulier. Le destin de l’État juif dépend largement de la capacité du gouvernement à agir dans l’immédiat et à judaïser la région qui relie Jérusalem à Maalé Adoumim.
Avec ses 40000 juifs à l’est de Jérusalem, Maalé Adoumim fait office de cheville ouvrière dans l’établissement d’une ligne de défense le long de la Vallée du Jourdain contre une éventuelle agression en provenance de l’Est. La construction d’un corridor vers Maalé Adoumim empêcherait la division de Jérusalem et sécuriserait l’unique route par laquelle
Israël pourrait, si nécessaire, mobiliser ses troupes situées sur la côte plainière vers la Vallée du Jourdain.
Ceux qui s’opposent à une présence juive en zone E1 font part de leurs inquiétudes pour la contigüité palestinienne, ce qui est un argument fallacieux. La libre circulation entre la Samarie et la Judée (nord et sud de la Cisjordanie, ndt) peut être assurée relativement facilement par la construction de tunnels et de ponts (comble de l’ironie, les Palestiniens
suggèrent le même type d’arrangements pour répondre aux inquiétudes israéliennes au sujet d’un éventuel couloir entre la bande de Gaza et la Cisjordanie qui diviserait Israël en deux).
La question primordiale reste donc Jérusalem. Les Palestiniens ont l’intention d’arabiser la zone E1 pour créer une continuité démographique entre la Samarie et Jérusalem-Est et promouvoir ainsi la division de la Ville. Un tel développement isolerait également Maalé Adoumin et saperait les revendications israéliennes sur la Vallée du Jourdain.

Certains experts prétendent qu’Israël n’a plus besoin de la Vallée du Jourdain pour parer aux éventuelles agressions sur le front oriental. Ils avancent que le traité de paix avec la Jordanie rend obsolète la menace qui pèse à l’Est contre les centres de population et les infrastructures économiques israéliennes. Une telle approche ignore sans doute le potentiel
explosif du Proche-Orient, la perte d’influence des Etats-Unis, l’essor de l’islamisme politique et les pressions grandissantes qui pèsent sur le royaume Hachémite de Jordanie.
Les avocats de la rétrocession de la Vallée du Jourdain sous-estiment son importance topographique en faisant référence aux nouvelles technologies militaires qui permettent de porter des coups précis à distance. Ils prétendent que la capacité à lancer des missiles défensifs à partir de la plaine côtière israélienne réduit l’importance stratégique de la Vallée du Jourdain. (…) Tracer des frontières défendables et stables en se basant uniquement sur les technologies « dernier cri » et les circonstances politiques du moment n’est que pure folie.

Par conséquent, si Israël souhaite garder une frontière défendable le long de la Vallée du Jourdain, il doit impérativement sécuriser la route qui y mène depuis la plaine côtière, via une ville de Jérusalem indivisée et via Maalé Adoumim.
Nétanyahou va à présent être mis à l’épreuve sur sa rhétorique concernant Jérusalem et les blocs d’implantation. La promesse de reconnaissance des grands blocs formulée par l’ancien président américain George W. Bush à Ariel Sharon, doit être capitalisée dans le contexte actuel. Il faut également rappeler que depuis 1967, les Etats-Unis s’opposent aux efforts israéliens d’implantions sans pour autant que cela ait eu un impact sur les décisions des
gouvernements successifs.
Croire que l’on peut construire indistinctement en Cisjordanie n’est guère convaincant, mais une politique ’implantation intelligente et sélective dans les zones qui font l’objet d’un consensus en Israël (comprenant Maalé Adoumim et la Vallée du Jourdain), peut aisément être mise en œuvre avec un minimum de gêne internationale. Une telle politique pourrait
être menée de pair avec le démantèlement d’avant-postes illégaux à l’extérieur des zones de consensus.

La zone E1 revêt une importance vitale pour l’avenir politique de Jérusalem et pour les l’établissement d’une ligne de défense le long de sa frontière orientale. Il est impératif de construire des logements juifs dans cette région. Espérons que Netanyahou dépêche rapidement ses bulldozers pour créer des faits irréversibles sur le terrain.

ON VOTE HAMAS / ALEX FISHMAN – YEDIOT AHARONOT

L’Etat d’Israël mène des négociations plus ou moins régulières avec le Hamas. Une fois par semaine environ, une délégation se rend au Caire pour discuter d’allègements économiques qui représenteraient un véritable relâchement du blocus. Lorsque ces contacts avaient commencé, avant même l’opération « Pilier de Défense », ils focalisaient sur les allégements économiques ; après l’opération, une deuxième délégation dirigée par un représentant du Premier ministre s’est jointe à la première pour traiter des allègements sécuritaires. Tout récemment, il a été décidé de fusionner les deux groupes et désormais ils se réunissent avec les Égyptiens pendant qu’un représentant du Hamas occupe la pièce voisine.
Il ne s’agit donc pas de simples discussions techniques sur les termes du cessez-le-feu. Ce sont plutôt des négociations ayant pour objectif la mise en place d’allègements significatifs allant jusqu’à la levée du blocus.
L’Israël de Netanyahu a ainsi changé de politique vis-à-vis du Hamas. Plutôt que de renverser
son régime, on cherche désormais à renforcer son pouvoir pour qu’il garantisse l’accalmie
dans la bande de Gaza, et qu’il rallie la coalition sunnite anti-iranienne : l’Egypte, le Qatar, la Turquie.

Mais comment expliquer cela à l’électeur de droite – ou à l’électeur israélien en général – après l’avoir persuadé pendant toutes ces années que le Hamas était un mouvement terroriste avec lequel Israël ne négocierait jamais ? La réponse est simple : on ne l’explique pas. La politique actuelle vise à faire stagner les contacts et éviter tout accord avec le Hamas
avant les élections. Et lorsque des accords sont toutefois conclus, on garde un profil bas pour des raisons électorales. A titre d’exemple, Israël a déjà accepté d’élargir la zone de pêche au large de Gaza et de renoncer à une grande partie de la ceinture de sécurité le long de la frontière (à l’exception des alentours des passages frontaliers de Kerem Shalom et d’Erez), ainsi que d’augmenter considérablement les quotas de matériaux de construction qui circulent vers Gaza. On évoque déjà la reprise des exportations depuis Gaza. Plus tard, on pourrait même discuter de l’entrée en Israël d’ouvriers gazaouis. Si ces choses avaient été rendues publiques dans le monde, Israël aurait pu marquer – Dieu nous garde ! – quelques points positifs ;

Or, lorsque Netanyahou se bat pour les électeurs de Naftali Bennett (droite radicale), qui se soucie de l’opinion internationale ?
La politique de Netanyahou au sujet du transfert de fonds à l’Autorité palestinienne est encore plus ridicule. Netanyahou était parmi les premiers à comprendre que si l’Autorité ne recevait pas cet argent, elle imploserait. Il y a quelques mois, les services de sécurité avaient présenté à Netanyahou les conséquences économiques d’un éventuel rétablissement du
gouvernorat israélien en Cisjordanie : 12 milliards de shekels par an.

Netanyahou a bien saisi la chose, ordonnant à son ministre des Finances de verser à l’Autorité palestinienne un
acompte sur les recettes fiscales qui lui revenaient. Il y a quelques jours, Israël a effectivement transféré à l’AP 200 millions de shekels d’acompte ; cela n’empêchait pas Israël d’annoncer qu’il annulerait le transfert à l’AP d’une somme de 450 millions de shekels à titre de sanctions après la démarche unilatérale d’Abbas à l’ONU.

Cette annonce israélienne ne veut rien dire. Israël finira sans doute par verser la somme dans sa totalité. Car si l’AP ne reçoit par le restant, elle ne pourra pas payer les salaires des 25 000 agents de sécurité. Sans salaires, pas de coopération sécuritaire avec Israël et retour du terrorisme. Alors pourquoi faire ces déclarations et payer ensuite de lourds tributs diplomatiques ?
Quant à la zone E1, en est-il un seul pour penser sérieusement qu’Israël y construira un jour ? Il n’y a pour l’instant que les procédures pour obtenir les permis de construire qui prennent au moins six mois, soit bien après les élections. D’ici là, les déclarations actuelles se dissiperont. Mais pour le gouvernement israélien, chaque ambassadeur convoqué marque encore un triomphe : un siège de moins à la Knesset pour Nafatali Bennett.

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