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L’anti judaïsme coupable de Pie XI et de Pie XII.1937-1965

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L’anti judaïsme coupable de Pie XI et de Pie XII.1937-1965

Shoah-TLRjanv2001-A-Birk-entr-e-copie-3par   André Charguéraud pour Ashdodcafé
Article extrait du premier tome de « 50 idées reçues sur la Shoah ».

Les « silences » de Pie XII pendant la Shoah ont été dénoncés sans relâche dans de multiples livres et articles. Ils ont fait l’objet d’un film et d’une pièce de théâtre, tous les deux ouverts à la controverse.[1] On relève bien deux allusions de Pie XII aux exactions nazies, celle de son message de Noël 1942 et l’autre en juin 1943 devant le Sacré Collège. « Ni l’une ni l’autre ne sont des dénonciations solennelles que la conscience universelle reproche au pape de ne pas avoir prononcées contre le IIIème Reich », écrit pertinemment l’historien Bernard Reymond. [2]

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Si le pape refuse toute condamnation formelle de l’anéantissement des communautés juives et de l’intelligentsia catholique polonaise par le régime nazi, il est alors impératif qu’il appelle publiquement ses fidèles à « tendre la main à leur prochain ».[3] Qu’ils se portent par tous les moyens disponibles au secours des victimes quelle que soit leur « race ». Ces messages « de charité chrétienne » auraient être critiqués par Berlin, mais pas fait l’objet de représailles. Le pape n’a pas répondu à cette attente.

On argumente que, comme son prédécesseur, Pie XII a clairement et à de nombreuses reprises condamné le racisme. Pour Rome, la doctrine est univoque : « La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité terrienne, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion »,[4] souligne Humani Generis Unitas que fit préparer Pie XI avant de mourir en février 1939. L’encyclique ne fut pas publiée. Elle n’en reste pas moins la position réfléchie et constamment réaffirmée par Rome. Pour les nazis la race et le sang, pour les catholiques la religion et la culture. La distinction est claire, absolue et définitive.

Cette dénonciation répétée du racisme est un grand pas dans la bonne direction. Elle aurait dû mobiliser les catholiques pour se porter au secours des Juifs condamnés par les nazis du fait de leur race. Malheureusement l’antisémitisme revêt deux aspects : le racisme et l’antijudaïsme. Le comportement de l’Eglise catholique est ambivalent. Elle dénonce le racisme et poursuit en même temps, malgré la persécution meurtrière de Juifs, une politique violemment antijudaïque.

Un article paru en novembre 1939 dans le magazine américain Catholic World est un exemple de cette ambivalence. On y lit : « L’antisémitisme est injuste, brutal et en opposition avec les enseignements du Christ. Si des personnes un peu simples d’esprit ont parfois pensé qu’elles devaient venger notre Sauveur du traitement qu’il reçut de son propre peuple, elles se trompent lourdement. Il est vrai que les Juifs furent rejetés par Dieu en tant que nation par laquelle le salut du monde devait venir, parce que les Juifs et leurs enfants portent le sang du Christ. Il est probablement exact que beaucoup des difficultés qui ont confronté le peuple choisi par Dieu sont la punition du Père céleste qui désire les ramener à lui ».[5]

Le 11 janvier 1939 dans le Corriere della sera, le Père Gemelli, recteur de l’Université catholique de Milan, écrit : « Tragique sans doute et douloureuse est la situation de ceux qui ne peuvent pas faire partie, par le sang et par leur religion, de cette magnifique patrie ; tragique situation dans laquelle nous voyons, une fois de plus, comme en beaucoup d’occasions au cours des siècles, se réaliser cette terrible sentence que le peuple déicide a appelée sur lui et pour laquelle il va, errant de par le monde, incapable de trouver la paix d’une patrie pendant que les conséquences de l’horrible crime le poursuivent en tous temps et en tous lieux ».[6]

Les encycliques de Pie XI et de Pie XII rappellent aux fidèles la dénonciation du judaïsme par l’Eglise catholique. Dix-huit mois après la publication des lois racistes de Nuremberg, quelques lignes dans Mit Brennender Sorge soulignent « l’infidélité du peuple choisi (…) s’égarant sans cesse loin de son Dieu (…) qui devait crucifier le Christ ».[7]

L’encyclique Humani Generis Unitas va dans le même sens et même au delà. Bien qu’elle soit restée à l’état de projet, elle reflète parfaitement la politique du Vatican. Les Juifs, peut-on y lire, « rendus aveugles par leur vision de domination matérielle et de gains n’ont pas reconnu le Sauveur ». Ses dirigeants « ont eux-mêmes appelé sur leurs têtes la malédiction divine » qui condamne les Juifs « à errer perpétuellement à la surface de la terre ». Le texte va plus loin en précisant que l’Eglise « ne doit pas être aveugle devant ce danger spirituel auquel les esprits sont exposés au contact des Juifs et qu’il est nécessaire de rester attentif à protéger les enfants contre une contagion spirituelle ».[8]

De telles déclarations ne vont pas inciter les catholiques sur le terrain à se porter au secours des Juifs et en particulier de leurs enfants. A moins que ce ne soit pour tenter de les convertir au christianisme, seul moyen pour eux de « sauver » leurs âmes perdues. L’encyclique de juin 1943 Mystici Corporis Christi répète une fois de plus que c’est la seule façon d’assurer leur salut et de les rendre fréquentables. S’il est dit dans cette encyclique que Dieu demande aux chrétiens d’aimer tous les peuples quelle que soit leur race, elle précise que tous les hommes quelle que soit leur race ne sont unis au sein de l’Eglise que s’ils se sont convertis. Si les Juifs ne se sont pas convertis, leur destin échappe à l’Eglise parce qu’ils ont brisé l’Alliance. Parce que les Juifs ont crucifié le Messie, ils ont créé leur propre destin désastreux d’éternels voyageurs sur terre. Le christianisme a supplanté le judaïsme. Les Juifs ont perdu leur statut de peuple élu.[9]

Le prêtre prêche à chaque office « l’amour du prochain » mais en même temps il exclut les Juifs qui ne sont pas convertis. L’ensemble de ces positions idéologiques est depuis des siècles bien implanté dans chaque paroisse. Elles ont perverti l’ensemble des fidèles jusqu’au fond des campagnes. C’est un antisémitisme primaire destructeur de toute bienveillance envers les Juifs. Il faut attendre Vatican II et Nostra Aetate publié en 1965 pour que le Vatican exonère le peuple juif de sa responsabilité dans la crucifixion.[10] Nostra Aetate a provoqué bien trop tardivement un lent changement dans les mentalités.

Certes de nombreux catholiques, individuellement ou au sein d’organisations confessionnelles, ont aidé des Juifs matériellement, allant jusqu’à les cacher avec tous les risques que cela comporte pour eux et leurs proches. Certes des prêtres dans leurs homélies ont appelé leurs fidèles à intervenir.  Mais si Pie XI et Pie XII comme des membres du haut clergé, sans changer la politique tracée par leurs prédécesseurs, s’étaient abstenus de rappeler les « errements » du peuple élu et la conduite négative à suivre vis-à-vis des Juifs, leurs fidèles se seraient portés en plus grand nombre à leur secours.

L’exemple en France des protestants réformés est éloquent. L’examen de la liste des « Justes parmi les Nations » en France, montre que près de 20% d’entre eux sont protestants, alors qu’ils ne représentaient que 1% de la population française.[11] Le père Pierre Chaillet qui en 1941 et 1942 s’est dépensé pour mobiliser les catholiques en faveur des camps d’internement de Vichy a dénoncé cette « carence de la charité catholique ». Il écrit : « Jusqu’à présent, en dépit de quelques efforts méritoires mais très dispersés et sans coordination de la part de l’Eglise catholique, on constate douloureusement que l’œuvre d’assistance matérielle, sociale et morale, dans de nombreux « camps d’hébergement » et auprès des réfugiés isolés des villes, est pour ainsi dire totalement accompli par les grands comités protestants d’aide aux réfugiés».[12]

On reproche aux deux papes leur silence. Pie XI n’a pas dénoncé les persécutions dont les Juifs ont été les victimes avant la guerre. Pie XII  ne s’est pas élevé publiquement contre les exterminations nazies de la Shoah. Au moins devaient-ils impérativement éviter de répéter dans leurs encycliques les propos antijudaïques d’une doctrine qu’ils n’ont pas amendée en temps utile. Leurs fidèles ainsi démotivés ont pour un trop grand nombre exclu les Juifs de leur devoir de chrétiens. Des milliers de vies auraient pu être sauvées si les papes s’étaient abstenus de répéter ces anathèmes dépassés.


[1] COSTA-GAVRAS, Amen et  Hochhuth Rolf, Le vicaire. Malheureusement, ils mélangent la fiction à la réalité et le spectateur, incapable de faire la part des choses, succombe à la thèse défendue par l’auteur.

[2] REYMOND Bernard, Les églises et la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, in FURET François, dir. L’Allemagne nazie et le génocide juif, Gallimard, Paris, 1985, p. 388.

[3] Près de 2,5 millions de civils polonais sont morts à la suite des persécutions allemandes, un véritable génocide.

[4] PASSELECQ Georges et SUCHECKY Bernard, L’Encyclique Cachée de Pie XI : l’Occasion manquée de l’Eglise face à l’antisémitisme, La Découverte, Paris 1995, p. 205.

[5] Anscar Hans, Catholics and Anti-Semitism, in Catholic World, novembre 1939, cité par DINNERSTEIN Leonard, Anti-Semitism in America, Oxford University Press, New York, Oxford, 1994, p. 118.

[6]  FABRE Henri, L’Eglise catholique face au fascisme et au nazisme, Editions espaces de liberté, Bruxelles 1994, p. 158.

[7]  PASSELECQ Georges et SUCHECKY Bernard, op.cit. p. 153. Mit Brennender Sorge, p. 18 et 19.

[8]  KERTZER David I. Unholy War. The Vatican’s Role in the Rise of Modern Anti-Semitism,  Macmillan, Londres, 2001, p.281.

[9] PHAYER John Michael, The Catholic Church and the Holocaust, 1930-1965. Indiana University Press, Bloomington, Ind. 2000, p. 255.  C’est mettre, une fois de plus, en avant la doctrine catholique de la « substitution ».

[10] MARCHIONE Margherita, Pope Pius XII : Architect  for Peace,  Paulist Press, New York 2000, p.18.

[11] Les « Justes parmi les Nations» sont les non juifs reconnus par le Yad Vashem à Jérusalem  pour avoir sauvé des Juifs.

[12] BEDARIDA Renée, Pierre Chaillet, Témoins de la résistance spirituelle. Paris, 1988, p.125.

 

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