Soucchot sur les bords du lac Baïkal

Suis-je quelque peu provocateur avec un tel titre… je vous le concède bien volontiers.

Il ne s’agit pas  pour autant d’une « relique » du passé juif dans l’ancienne URSS mais d’un rapprochement, un peu singulier entre la fête de Souccoth et le livre de Sylvain Tesson « Dans les forêts de Sibérie »( édition Folio Gallimard ; prix Médicis 2011, dans la catégorie essais).

Un petit livre mais au contenu fort roboratif en cette veille de souccoth.

Sans outrepasser mon propos, sans faire ombrage aux doctes propos de nos sages, comment ne pas être sensible, par le médium de la cabane, à la fragilité de notre existence, à l’éphémère de nos constructions…

Et aussi de nous retrouver en contact direct avec les éléments : coucher à la belle étoile, sentir la fraîcheur de la nuit,  laisser son regard se perdre dans la contemplation de la Voie Lactée ; la caresse du vent sur nos membres…

Prendre un peu plus conscience de notre place entre l’infiniment Petit et l’infiniment Grand !

«  Dans les forêts de Sibérie », Sylvain Tesson, ce coureur de fond de la planète bleue, cet aventurier des temps modernes, ce robinson cher à nos enfances, a choisi de faire une pause.

Pendant six mois, il a choisi de vivre loin du monde et des hommes (ou presque), sur les bords du lac Baïkal, au cœur de l’hiver sibérien.

C’est le récit, le journal de bord de chaque jour qu’il nous livre. Sans détours. Les réflexions, le souci du quotidien, ses lectures, sa poésie, son empoignade avec les éléments  naturels. Couper son bois, pêcher, se laisser envoûter par les mystères de la nature, se prémunir et craindre les visites menaçantes de l’ours et du loup…

Sans oublier la compagnie de livres dont  il a fait provision avant de partir.

Et ce temps béni, pour lui et pour nous, consacrer à l’écriture. Comme un rendez-vous d’amour à ne pas manquer !

À présent quelques extraits sonnants et trébuchants de la prose/poésie de Sylvain Tesson.

Page 268.

«  Par un mystère, je me suis dépossédé de tout désir au moment précis où je conquérais le maximum de liberté…

Le soir est un songe qui meurt. Tous les ingrédients de la rêverie romantique se déploient vers 8 heures devant mes loges : l’eau dormante, les haillons du brouillard, les risées teintées de pastel, les oiseaux qui gagnent leurs couches en planant…

Lire compulsivement affranchit du souci de cheminer dans la forêt  de la méditation à la recherche de clairières.   Volume après volume, on se contente de reconnaître la formulation de pensées dont on mûrissait l’intention… »

Chacun mesurera l’intensité du propos de l’auteur dans une seule et même page.

Enfin, avec votre permission chère lectrice, cher lecteur, un moment entre poésie et réflexion :

Page 273

« Nous fumons nos Roméo n° 1. La nuit est calme, la lune déjà ample. Pourquoi cette envie de refaire le monde au moment où il s’éteint ? Des cumulus barrent l’horizon bouriate. Le soleil couchant les mûrit.

Les quatre éléments jouent leur partition. L’eau accueille les copeaux d’argent lunaire, la roche vibre de la chaleur accumulée. Pourquoi croire que Dieu se tient ailleurs  que dans un crépuscule ? »

Par Norbert Bel Ange pour  Ashdod Café,
le 18/09/2013

 

 

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