Dans nombre de doctrines on croit qu’au terme de la vie sur terre, les âmes se transforment pour se réincarner et revenir sur terre sans fin soit sous forme d’animal ou d’esprit vengeur ou autres ainsi les Égyptiens vouaient un culte à toute sortes d’insectes pour commémorer des êtres disparus et leur attribuer des pouvoirs imaginaires.

Les Chinois de la Chine antique croyaient que les âmes des défunts de la famille se regroupaient sur les toits des pagodes[1].

En Inde, encore aujourd’hui les Hindouistes croient à la transmigration des âmes dans les animaux.

Dans le Judaïsme, la réincarnation existe mais à la différence des autres doctrines cela n’est pas sans fin. Nous nous emploierons dans les lignes qui suivent à exposer les conditions dans lesquelles la métempsychose peut avoir lieu.

Lorsque l’homme naît, il reçoit  un triptyque constitué de 613 mitsvoth parmi lesquelles figurent des « obligations » de l’homme envers D, de l’homme vis-à-vis de son prochain et de l’homme vis-à-vis de son environnement. Le non –Juif reçoit lui aussi en naissant sept obligations  dites lois noahides.

Lorsque le Juif grandit et est enseigné par ses parents/maîtres,  son libre-arbitre peut s’exercer et, en conséquence, la créature humaine va pouvoir exercer sa volonté et diriger sa vie comme il l’entend : faire le bien ou faire le mal. Aller dans la voie que lui montre la Torah ou s’insurger contre elle. En dehors de ceci, existe l’erreur par ignorance par exemple ou en cédant au mauvais penchant tel la tentation ou la jalousie, l’envie…

Dans un cas comme dans l’autre, que les erreurs aient été faites sciemment ou involontairement, la TESHOUVA existe et se trouve accessible à n’importe quel moment et de n’importe quelle façon il suffit d’exprimer sa volonté de faire machine arrière et de ne plus vouloir recommencer.  C’est pour cela que le Roi Salomon a écrit dans les Proverbes (משלי XXIV, 17) כי שבע יפול צדיק וקם   (ki shévâ yipol tsadik vakam) Car l’homme (juste) tombe 7 fois et se relève. Ce verset nous enseigne qu’a priori, l’homme est considéré comme un juste et au cours de sa vie, il lui arrivera de « tomber » c’est-à-dire de faire des erreurs mais, il se ressaisira et se redressera.

Pour se faire pardonner d’une faute commise, au temps où le Temple existait, la personne apportait au Cohen un sacrifice (hatath). Aujourd’hui, à la place des sacrifices, nous disons des prières[2], nous donnons de la « tsedaka » mais surtout, nous promettons d’essayer de ne pas retomber dans les mêmes erreurs.

Depuis une trentaine d’années, nombreux ont été les témoignages de personnes qui ont été déclarés morts cliniquement en milieu hospitalier et ont raconté, après qu’ils se soient réveillés ou après qu’ils soient revenus à la vie contre toute attente. Ce qu’ils ont perçu ou vu ou entendu, après s’être rendu compte qu’ils s’étaient échappés de leur enveloppe corporelle.

L’homme possède une âme aux multiples aspects dont chacun de ces aspects a un rôle, un degré d’élévation et une fonction.

Du plus bas des degrés au plus élevé voici les noms de l’âme[3] : 1- NEFESH נפש   2- ROUAH רוח 3- NESHAMA נשמה    4- HAYA חיה  5- YEHIDA  יחידה . Tous sont reliés aux 248 organes du corps et aux 365 tendons [4]. Ces organes et ces nerfs ou tendons font fonctionner le corps qui n’est qu’une enveloppe du corps. Lorsque l’homme est vivant, il parle, entend,  voit, goûte et ressent les choses mais, dès qu’il meurt ces sens ne sont plus en fonction car ils dépendent de l’âme. Le corps humain est une synthèse de la spiritualité et de la matérialité. Mais l’enveloppe matérielle protège en quelque sorte l’âme spirituelle qui est plus fragile.

Dans le Judaïsme on enseigne que l’homme ne revient pas obligatoirement dans ce monde ci après l’avoir quitté.  L’âme s’envole pour être jugée et le corps est enterré et se désagrège pour se reconstituer à l’époque de la résurrection des morts.

L’homme revient sur terre pour le cas où il « n’a pas rempli son contrat »  c’est-à-dire que si quelqu’un  prend conscience des fautes qu’il a faites et le regrette sincèrement et exprime ce regret et sa volonté de corriger ses actes sans en avoir le temps, lui sera octroyé une chance supplémentaire  de compléter son action de teshouva et cela pourrait constituer donc un cas de réincarnation. Nous savons que certains personnages bibliques se sont réincarnés pour racheter des fautes et cet état de fait peut aussi bien se produire immédiatement que plusieurs générations (voire siècles) plus tard.

Chaque faute commise laisse une trace sur l’âme de la personne et, lorsque celle-ci fait « teshouva », la tache pâlit ou disparaît mais, lorsque l’âme a encore des « taches », il lui faut revenir sur terre pour être tout-à-fait nette. Quand elle est complètement propre, on la fait passer au Gan Eden (Paradis) et, en ce cas, dès la tache disparue, l’âme est rappelée à D ce qui pourrait expliquer parfois la mort d’un jeune bébé qui n’a pas eu encore l’opportunité d’agir.

Des expériences ont été tentées par des scientifiques qui ont voulu percer le secret de personnes qui ont dit se souvenir de certaines scènes ou se sentir mal dans un certain contexte et, selon les méthodes[5],  le sujet peut arriver à remonter et à retrouver deux, trois réincarnations et parfois plus.

Lorsque quelqu’un s’aperçoit que rien ne va dans sa vie, dans aucun domaine, peut-être y a-t-il eu dans son passé un acte regrettable qu’il doit racheter à présent. Mais tout le monde ne possède pas la capacité de revenir en arrière et de se souvenir de ce qu’était sa vie c’est pour donner à chacun l’opportunité de recommencer  une nouvelle histoire et pouvoir racheter par là son âme. C’est ainsi que lorsqu’un enfant de moins de 13 ans disparaît on peut être certain qu’il s’agit d’un tsadik  qui a eu l’opportunité de revenir pour se racheter et de profiter désormais d’une vie éternelle dans le monde de Vérité. Les fautes qui ont déjà été rachetées demeurent dans les « acquis » jusqu’à la résurrection alors, le corps se reconstruira de nouveau.

La prière est le moyen le plus adapté à tous pour faire teshouva et puis réciter le vidouy car la liste des fautes commises est au pluriel pour plusieurs raisons : d’une part parce que Israël est garant l’un de l’autre et que nous implorons le pardon même pour des fautes que nous n’avons pas commises ou pour des fautes que nous aurions pu commettre dans une autre existence.

Dans son ouvrage grandiose « Shâr Hakavana » le Ari zal, soulève, entre autres,  une question : pourquoi avons-nous reçu la Torah après l’esclavage en Egypte et pourquoi cet esclavage fut-il si dur ?

La réponse en est qu’avant le déluge et avant l’épisode de la Tour de Babel, (dor hamaboul et dor haplaga), les hommes se conduisirent de manière si méprisable et si détestable, qu’HaShem a voulu détruire le genre humain. (Genèse XII, 43) כי השחית כל בשר את דרכו על הארץ c’est pour cela qu’après le déluge et la tour de Babel certaines âmes sont revenues en guilgoul (réincarnation) pour leur permettre de racheter leurs pêchés et l’esclavage en Egypte a aussi servi de purification et c’est après avoir été purifiées de leurs fautes que ces âmes ont reçu la Torah.

Jusqu’à présent, nous avons parlé de la métempsychose des âmes dans un autre corps humain, mais, il existe d’autres formes de transmigration des âmes, c’est la transmutation des âmes où l’âme humaine est transplantée dans un animal un insecte ou une plante, un arbre.

En effet, selon la faute récurrente d’une personne, HaShem peut décider que la réparation des fautes pourra se faire si l’âme est transmutée dans un chien, dans un chat, une chèvre, un âne, par exemple ou encore dans un fruit, de l’eau,  ou autre chose nous enseigne le Ari et, dans ce cas, il s’agirait plutôt d’une punition car il ne pourra être « libéré » de sa faute que par l’intervention d’un tiers. C’est alors, que nous interviendrons pour libérer ces âmes   en faisant des berakhoth en consommant quelque aliment que ce soit et recevoir une bénédiction sur nous-même pour avoir aidé une âme à se libérer.

Je voudrais vous conter ici une histoire du Rav Cadouri zatsal. Un jour, il devait prier Minha dans une synagogue et, l’un des fidèles lui rapporta que depuis quelques temps un chat arrivait régulièrement pour assister aux offices puis repartait et que personne n’arrivait à le faire sortir de la synagogue. Le Rav Cadouri zatsal, posa la question de savoir si quelqu’un parmi les fidèles était décédé récemment. On lui répondit par l’affirmative que le shamash était mort peu de temps avant. Le Rav commença à prier puis il dit Kadish et alors, le chat sortit de la synagogue et mourut à l’extérieur. Le Rav répondit qu’il n’y avait pas de hasard et que sans doute le shamash avait eu besoin de ce kadish.

Nous ne pourrons conclure ce « dossier » sans aborder le sujet du lévirat ou ייבום en hébreu (yiboum). Il s’agit d’une mitsva dont il est question dans la parashat Ki Tetsé (dans le livre de דברים ou Deutéronome chapitre XXV, 5 à 10). Lorsqu’un homme marié décède sans laisser de descendance,  de manière à donner une chance à cette âme, la Torah donne la possibilité, si le défunt a un frère, de pouvoir avoir une descendance posthume à ce frère. En ce cas, l’enfant qui naîtrait de cette union serait un mâle et serait la réincarnation du défunt. Cependant, il peut y avoir un désaccord soit de la part de la femme qui ne serait pas prête à s’unir à son beau-frère soit de la part de ce dernier. La Torah prévoit alors la cérémonie dite du déchaussement où la veuve déchausserait le beau-frère susceptible d’accomplir son devoir, de cracher (en signe de mépris) à côté de l’homme et de proclamer que désormais il sera désigné par ce surnom « ta maison sera surnommée la maison du déchaussé » ! Il s’agit d’un problème moral sur deux registres car d’une part, l’union d’un homme avec la femme (ou même la veuve) de son frère est une union interdite dont la punition est le retranchement du peuple (עונש כרת) et d’autre part,  la possibilité de se « racheter » est refusée à l’âme du défunt.

Depuis l’époque talmudique, les tribunaux rabbiniques préfèrent pratiquer la חליצה plutôt que de mettre en danger les âmes de la veuve et du beau-frère, pour le cas où les  protagonistes ne seraient pas totalement désintéressés.

Il est à souligner que les personnes qui ne se réfèrent pas à la science ésotérique (Torat Hanistar תורת הנסתר ou Cabbale) adoptent parfois des opinions tranchées. Pourtant, je vous ai rapporté ci-dessus une anecdote qui laisse songeur. Mon souci a été de répondre à de nombreux messages reçus sur la question.

Il ne faut donc jamais négliger ou sous-estimer qui que ce soit ou quoi que ce soit et traiter les animaux comme les plantes avec le plus grand respect : souvenez-vous de ce que j’ai écrit au sujet de l’âne de rabbi Pinhas ben Yair ou des chameaux d’Abraham Avinou etc… les animaux aussi doivent être traités avec bienveillance et il faut respecter chaque chose et chaque être car nous ignorons ce qui se cache derrière.

Caroline Elishéva REBOUH

 

[1] C’est la raison pour laquelle les toits possédaient des arêtes incurvées de manière « à retenir les âmes » des défunts.

[2] Le Vidouy sorte de confession que l’on récite à mi-voix en exprimant une contrition pleine et entière et, en frappant sa poitrine en signe de culpabilité. Le mot vidouy  ווידוי vient du verbe hébraïque להתודות  avouer.

[3] D’après le Ari zal.

[4] 248+365 = 613. Dans la mishna sont détaillés les organes et les tendons et le fait que ces nombres ajoutés les uns aux autres correspondent au nombre des 613 mitsvoth.

[5] Hypnose, psychanalyse ou  kinésiologie.

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