PARASHAT VAYERA : chabbat du 27 octobre 2018 – Horaires Ashdod 17 h 27 – 18 h 34

DU POUVOIR DE LA PAROLE

Bikour Holim c’est la visite aux malades et Akhnassath Orhim est la mitsva d’accueillir des hôtes. La sidra Vayéra met l’accent sur ces deux actions très importantes de la vie quotidienne que l’on néglige parfois souvent « par manque de temps ».

Abraham savait qu’il s’agissait là d’une mitsva très importante. A tel point qu’il plantait sa tente munie de quatre entrées (une par point cardinal) à un carrefour de manière à obliger les voyageurs de pénétrer dans sa tente.  Il est important aussi de souligner qu’accueillir un hôte c’est le mettre à l’aise, lui donner l’impression qu’il est chez lui, le servir et lui donner ce qu’il y a de meilleur. Abraham, bien que souffrant, se prosterne et lave les pieds des visiteurs.

Visite aux malades : L’importance de cette mitsva est importante au point qu’HaShem dépêche trois de Ses messagers pour rendre visite à celui qui est en devenir d’être le père du Peuple Juif pour l’encourager au troisième jour après avoir été circoncis, jour où la souffrance est plus forte[1], et pour le mettre au courant des desseins divins.

Ainsi, chacun des 3 Anges avait un message particulier : l’un avait une mission agréable, celle d’apprendre à Sara qu’elle allait devenir mère, le deuxième devait rendre visite au « malade circoncis » et lui apprendre que Loth serait sauvé quant au troisième des Messagers divins, il entretint Abraham du projet de destruction de Sodome et Gomorrhe et de leurs habitants.

Dans cette péricope, pour la première fois depuis « Bereshith », apparaît la notion de « prière » ou tefila en hébreu. La prière est un moyen mis à la disposition de l’homme pour intercéder pour les autres ou pour soi-même car, la parole est importante. Si aujourd’hui, des livres de prières sont mis à la disposition des hommes pour leur permettre – au sein d’une assemblée- d’adresser une seule demande au Ciel, il n’est pas moins valable d’affirmer qu’un simple particulier peut « converser » avec le Créateur qui accompagne chaque être humain et demeure à l’écoute des moindres mots.

Abraham adresse à HaShem des prières particulières pour Avimélekh et pour Sodome en usant du célèbre « marchandage ».

Nous procéderons tout d’abord à l’analyse des évènements pour comprendre pour quelles raisons Sara demande à Abraham de chasser Hagar et Ishmaël, puis, les conditions du « sauvetage » d’Ishmaël…..

Sara, possédant un don de prophétie, avait compris que les natures d’Isaac et d’Ishmaël étaient opposées. De plus, D avait confirmé à Abraham que sa véritable descendance lui viendrait d’Isaac et pas d’Ishmaël par ailleurs désigné comme « un homme sauvage ».

De même que le Juif a l’interdiction de mélanger des espèces différentes tant dans l’agriculture (ne pas mélanger les différentes sortes de graines etc… -voir le traité des KILAYIM) ou chez les animaux (ne pas labourer un champ avec un âne et un bœuf attachés ensemble) ou dans la consommation de nourriture (ne pas mélanger viande et laitage par exemple) ou dans le tissage (interdiction de « shaâtnez), de même, Sara s’aperçut qu’élever ensemble Isaac et Ishmaël serait une erreur suivant le même principe que de tisser lin et laine ensemble (shaâtnez). Ishmaël suivant pour l’instant l’inclination à l’idolâtrie de son grand-père maternel(Pharaon étant le père d’Hagar), ainsi qu’une tendance au meurtre et aux relations contre nature, Sara comprit que l’éducation des deux jeunes-gens ne pourrait s’effectuer en même temps. Cette éducation dans ces conditions aurait présenté des caractéristiques  aussi différentes que le tissage de la laine et du lin la laine provenant de l’animal et le lin du végétal. La laine appartenant au règne animal n’est pas assujéti au prélèvement de la dîme (ma’âsser) alors que sur le lin (règne végétal) on doit prélever le dixième pour offrande.

Les Sages tracent un parallèle entre le mot « korban »  (sacrifice animal) et le lin de même qu’il existe d’après eux un lien très fort entre le sacrifice et l’offrande offerts par Abel et Caïn : en épelant les lettres du mot korban (kouf-resh-beth-noune) et en ne considérant que la lettre finale de chacune de ces lettres nous parvenons à former le mot « pishtan » ou lin[2]. Quant au parallèle tiré entre le sha’âtnez et le meurtre d’Abel par Caïn il provient du fait qu’Abel élevait des brebis (règne animal) et que Caïn avait présenté une offrande de produits végétaux. La raison qui motiva le fait que son offrande ne fut pas agréée est l’absence de plaisir dans l’acte d’offrir[3].

Abraham fut perplexe devant l’ordre de renvoyer Hagar et son fils.  HaShem lui confirma que d’Isaac descendraient ses héritiers et non pas d’Ishmaël.

Avant le départ d’Hagar et d’Ishmaël, fut remise aux voyageurs une quantité d’eau suffisante pour arriver au point d’eau le plus proche. Que se passa-t-il ? Rashi émet l’éventualité d’une erreur de parcours : Hagar se serait trompée de route. D’autres, pensent que le jeune-homme but sans doute plus que de raison ce qui provoqua l’épuisement de la quantité d’eau.

Les Sages soulignent un autre fait : lorsqu’elle vit son fils épuisé par le manque d’eau et tout près de mourir, elle s’éloigna de lui au lieu de rester à ses côtés. Et, c’est seulement lorsqu’elle s’adressa à  D en se plaignant du manque d’eau et du fait que son fils allait mourir que D décilla ses yeux et qu’elle vit la source d’eau. Explication : les mots « diber » (דבר) et « raah » (ראה) ont la même valeur numérique : 206.  Ce qui éclaircit le fait qu’après avoir prié ou après s’être exprimée, HaShem a permis à Hagarde voir la source d’eau auprès de laquelle elle avait pris place !

Ceci enseigne que la prière que quelqu’un fait à son propre sujet est écoutée et est réalisée en premier

A ce propos, questionne Maïmonide, pourquoi, lorsqu’il se tenait auprès du buisson ardent, Moïse refusa-t-il la mission dont HaShem le chargeait au lieu de prier pour lui-même en demandant de pouvoir s’exprimer naturellement ? D aurait pu le guérir immédiatement. Mais, c’est parce que ce grand prophète était extraverti et il  ne pensa pas à lui-même mais il pensa qu’au peuple !

C’est ainsi que Hazal enseignent que le pouvoir de la parole/prière est triple : elle peut intervenir pour que la nature des choses soit inversée, pour échapper à un danger et peut même changer un décret personnel ou national.

C’est la raison pour laquelle il ne faut pas se sous-estimer et prier. Parler. Chacun dans son langage. Chacun à sa façon. Rappelons la requête adressée à D par le roi Hezkiahou qui vit sa prière exaucée et sa vie rallongée de 15 années !

C’est d’ailleurs en prenant appui sur l’histoire de ce souverain que l’on conseille à chacun de ne pas se décourager et ne pas croire que nous n’avons pas ni droits ni mérites et ne pensons jamais que nous ne pourrons jamais être sauvés. Il faut s’appuyer sur ceci :

אפילו חרב חדה על צווארו של אדם, אל תתייאש מן הרחמים

Même si une épée tranchante se trouve sur son cou, l’homme ne doit pas désespérer de la Miséricorde (divine).

Il est donc très positif de prendre l’habitude ou de continuer à converser avec HaShem, de Lui confier nos soucis, nos peines MAIS AUSSI nos joies!

Caroline Elishéva REBOUH.

[1] De là on apprend que la visite aux malades se pratique à partir du 3ème jour de maladie.

[2]Kouf – Resh – bet– noun = p(f)sh t n = pishtan =lin

[3] Abel avait offert une jolie et tendre brebis alors que Caïn n’avait pas offert les plus beaux de ses fruits, mais au contraire, il présenta ce qu’il y avait de plus méprisable.

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