PARASHAT TOLEDOTH – Horaires allumage des bougies Ashdod 16 h 15 – 17 h 23
La guevoura en toutes choses

La plupart des exégètes sont intrigués par la particularité offerte par la personnalité d’Isaac Avinou par rapport à Abraham Avinou ou Yaâkov Avinou car, sur le plan des comparaisons, Isaac Avinou est véritablement un cas d’espèces : en effet, la Torah commence à nous entretenir d’Abraham dès la fin de la parashat Noah mais, en tant que personnage juif, la Torah lui consacre pas moins de 3 péricopes : lekh lekha, vayéra et hayé Sarah. Pour Itshak, il n’y a qu’une seule parasha alors que ce sont six sidroth qui seront consacrées à Yaâkov !

Sur un autre registre, Isaac est le patriarche qui a vécu le plus longtemps (180 ans) tandis qu’Abraham a vécu 175 ans et Yaâkov 147 !

Les exégètes mettent en exergue un autre fait troublant qui résulte de l’étude de la Torah le Saint béni soit-IL S’est révélé à Abraham pas moins de 9 fois en 127 ans (au cours de sa vie juive, à Yaâkov : 5 fois en 147 ans et 1 fois en 180 ans………
En effet, HaShem S’adresse à Abraham en l’appelant : Abraham ! Abraham ! Il en va de même pour Yaâkov qu’IL appelle Yaâkov ! Yaâkov ! Mais IL ne S’adresse pas à Isaac. Les commentateurs tracent une comparaison avec l’appel à Moshé Rabénou qu’IL appelle ainsi : Moshé Moshé !

Dans ces explications il faut distinguer deux courants de pensée et de raisonnement : le premier qui  compare les signes  de cantilation qui font qu’entre les noms d’Abraham et/ou de Yaâkov, il existe un signe long qui signifie au baâl koré (le lecteur de Torah) qu’il doit s’interrompre entre les deux noms tandis que sous chaque nom de Moshé se trouve un signe de cantilation (comme ouvrir la parenthèse et ferme la parenthèse) qui  indique au lecteur qu’il ne doit pas s’interrompre entre les deux MoshéMoshé La signification étant que l’appel aux Patriarches est fait posément alors que pour Moshé, l’appel est très urgent. La deuxième approche est que lorsqu’HaShem s’adresse aux Patriarches posément c’est une marque d’affection (Rashi) tout comme il sera question d’annoncer son rôle prophétique à Samuel. D’autre part, étant donné que Moshé s’est volontairement séparé de la vie matérielle, son âme est entière et elle n’est que spirituelle.

Hayim de Vologine explique que d’après le Zohar, il faut comprendre les choses différemment : en effet, l’âme est séparée en deux parties appartenant chacune à la matérialité et à la spiritualité. Ainsi les Patriarches Abraham et Jacob ont comme tout un chacun une partie de leur neshama qui appartient au spirituel et une autre partie assujettie au matériel.  En revanche, le Zohar nous enseigne qu’après la ligature d’Isaac, il s’est produit des faits troublants et extraordinaires : lorsqu’Abraham a reçu l’ordre de ne pas sacrifier Isaac, l’âme de celui-ci s’envola et pénétra dans le corps du bélier qui sera sacrifié et, au même instant, une âme neuve s’est insérée en Isaac qui, 3 années durant, goûta au ôlam haba (monde futur) puis, il « redescendit » sur terre prendre son rôle au moment-même où Rebecca (Rivka) arriva en vue de la tente de Sarah : le texte (Hazal) énonce simplement que Rivka aperçut Isaac et se voila la face tandis que le commentaire ésotérique cite que l’une des raisons est qu’à cet instant précis, Isaac rendu à la vie terrestre et descendit des cieux…… D’autres Sages évoquent le fait qu’Isaac s’est rendu pendant cette période de 3 ans pour étudier à la Yéshiva de Shem et Êver.

D’autres penseurs ont souligné la différence entre Isaac et son père ou son fils : c’est qu’HaShem a donné son nom à Isaac avant même qu’il ne soit conçu et IL ne le lui a pas changé ce qui fait qu’Isaac est resté Isaac tout au long de sa vie. Au contraire, D a modifié le nom d’Abram en Abraham et IL a ajouté un autre nom à Yaâkov : Israël….

Isaac sait, car il était au Gan Eden que 3 choses ont été données à Israël. Ces 3 choses sont bonnes mais il faut souffrir pour les « acquérir » : ce sont Eretz Israël, la Torah (le limoud Torah) et le ôlam haba (monde futur) et d’où sait-on qu’elles sont bonnes ? C’est parcequ’il est écrit au sujet du pays : « eretz tova, tova meod » pour la Torah car, il est écrit « ki lékah tov natati lakhem, Torati al taâzovou » et pour le ôlam haba ki « ôlam shékoulo tov » !
D’où viennent les souffrances ? Les Patriarches ont eu leur mot à dire pour modifier les choses au cours de la vie : ainsi, les personnages se ressemblaient et ne vieillissaient pas (ils ne blanchissaient pas) Abraham demanda que des signes de vieillesse apparaissent pour différencier les pères de leurs fils et c’est ainsi qu’il est écrit dans Hayé Sara « et Abraham vieillit » puis, Isaac demanda que vers la fin de la vie, l’homme souffre afin de se purifier/faire teshouva avant d’être jugé. En réalité, Isaac lorsqu’il vit – au cours des 3 années au Gan Eden- ce qu’enduraient les pêcheurs en enfer (Guehinom), il intercéda auprès du Créateur pour que le peuple soit plutôt soumis aux rigueurs de « l’esclavage » des 4 royaumes (Maday, Paras, Yavan et Roma : Médie, Perse, Grèce et Rome) plutôt que d’affronter les rigueurs de l’enfer !

L’un des traits de caractère d’Isaac fut de recopier tout ce que son père fit durant sa vie. Néanmoins, il convient de souligner le fait qu’Isaac n’avait pas la personnalité d’Abraham qui, lui, discutait chaque chose alors qu’Isaac abandonnait la discussion prenons pour exemple : le fait suivant. Abraham creusait des puits pour que les hommes puissent s’abreuver et abreuver leurs bêtes mais, au sens figuré, un puits (be’er) est un lieu où l’on enseigne la Torah. Ces  puits creusés par Abraham dans le sud du pays furent bouchés par les autochtones peu intéressés à entendre des paroles de Torah et,  lorsque surgirent des querelles, au lieu de s’interposer, de lutter, Isaac plia bagage et se désintéressa de ces différents. Comment analyser ce comportement ? Etait-il faible de caractère ? Pourtant, on lui attribue la mida de Guevoura (de la racine guibor : vainqueur). La Mishna nous enseigne aussi « eyzéhou guibor hakovesh eth ytsro » איזהו גיבור הכובש את יצרו  qui est un héros (vainqueur) celui qui parvient à sublimer son instinct/penchant » Le Zohar enseigne que savoir se retenir ou savoir réfréner son penchant est aussi une sorte de victoire, de force (Guevoura). En effet, si l’attribut du Hessed est accolé au nom d’Abraham, celui du Din (Rigueur) est accolé à Isaac ….

Cette faculté de renoncement, (vitour), de se retenir, est celle d’Isaac et d’où apprend-on cela ? De plusieurs faits : le premier étant que bien qu’il ait su que son fils Esav était un meurtrier (âgé de 15 ans, il avait tué Nimrod et d’autres personnes) Isaac savait que son fils avait prit pour femmes deux idolâtres qui, à coup de présentation d’encens à leurs idoles l’avaient rendu aveugle, cependant, il supporta en silence ces affronts et ces atteintes en espérant qu’un jour peut-être….. Pourquoi, Isaac recommande-t-il à Esaü de lui préparer l’un de ses plats préférés et pourquoi tient-il tant à le bénir ? Car il veut essayer de garder le contrôle sur lui mais, lorsque Rivka exprime son mécontentement et son désir de voir Yaâkov épouser l’une de ses cousines,  Isaac comprend et lâche prise.

Le Maharal de Prague enseigne que le fait qu’une personne se « coupe » de la matérialité est quelque chose de positif, de bien, malgré le fait qu’il faille connaître le matériel pour arriver au spirituel.

C’est ainsi que l’on rejoint l’opinion du Gaon de Vilna à propos des 3 « cadeaux » offerts par HaShem au peuple Juif en rapport avec Abraham, Moshé Rabbénou et le Mashiah :

Ainsi que nous l’avons vu plus haut ces 3 cadeaux sont : Eretz Israël, la Torah et le Ôlam haba, le pays d’Israël (la terre d’Israël), la Torah et le Monde Futur.

Ces trois « cadeaux » appartiennent au Juif qui le désire en passant par des épreuves/souffrances.  Ces trois cadeaux sont offerts par trois figures du Judaïsme dans l’ordre : Abraham, Moshé Rabbénou et le Mashiah (Messie).

Les deux premiers « hauts personnages » ont reçu ces cadeaux en se servant d’ un âne comme monture et la Tradition confirme que cet âne fut le même pour Abraham et Moshé et que, malgré les millénaires qui se seront écoulés entre temps, ce sera le même âne qui conduira le Mashiah.

En hébreu, âne se dit hamor חמור  mot appartenant à la même racine hébraïque que le mot matière חומר homer ou matérialité homeriout חומריות Il faut donc utiliser le matériel pour atteindre le spirituel mais ne pas permettre à la matérialité de nous faire oublier le spirituel.

Caroline Elishéva REBOUH.

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