PARASHAT VAYETSE 2018 – horaires allumage Ashdod 16 h 11- 17 h 20

LA VALEUR INSOUPCONNEE DU SILENCE

Jusqu’à présent, Jacob (Yaâkov) vit sous le toit de ses parents Isaac et Rivka. Bien qu’Essav soit marié à deux cananéennes et qu’il ait épousé une fille de chez Ishmaël et qu’il vive sous le toit paternel, Rivka, après avoir  « entendu » Essav penser tout haut (que son père arrive au terme de sa vie et qu’après les sept jours de deuil, lui, Essav se chargerait de mettre un terme aux jours de son jumeau) pensa qu’il était temps que Jacob fonde son propre foyer à près de 60 ans.

Jacob s’enfuit donc, espérant que la distance augmentée du facteur temps auraient pour conséquence de calmer la colère d’Esaü. Yaâkov se dirige tout d’abord vers le sud où se trouvait la Yeshiva de Shem et de Êver, afin de mieux étudier et d’être mieux armé sur le plan spirituel lorsqu’il se présentera à Haran devant son oncle Lavan. Son séjour se prolongea 14 années, en présage sans doute des 14 années pendant lesquelles il travaillera pour mériter Rahel ! Au bout de ces 14 années d’études profondes, sans compter les 32 années qu’il avait précédemment passées dans cette même yéshiva, Yaâkov reprend son chemin. Les années précédentes, nous avons évoqué la halte du patriarche au Mont Moria au cours de laquelle il fit ce songe si énigmatique de l’échelle de Jacob, nous aborderons en revanche d’autres sujets.

En effet il sera beaucoup question du respect dû aux parents et aussi de la valeur accordée aux personnages selon leur comportement.

Au verset 2 du chapitre 29, Jacob arrive à proximité de Haran. Il aperçoit des bergers avec leurs troupeaux. A cause de la sécheresse et pour éviter que des étrangers ne viennent s’abreuver à ce puits appartenant à Lavan, les bergers avaient fait rouler une pierre énorme sur le puits.  Décidant de les aider, presque sans effort, Yaâkov écarte la pierre à lui seul et entreprend de se renseigner sur son oncle et sa famille.  D’ores et déjà,  il comprend qu’il est arrivé au terme de son voyage et qu’il est en train de réaliser la promesse faite à sa mère de se rendre chez son oncle, le frère de sa mère : les exégètes confirment ceci en relevant dans le verset 10 une répétition (trois fois dans le même verset) « le frère de sa mère » (ahi imo אחי אמו) ces répétitions sont là pour nous apprendre que Jacob a respecté la promesse faite à sa mère en 3 parties : d’être parti de la maison familiale, d’être allé à Haran pour y épouser sa cousine qu’il rencontre justement au bord du puits.  Rahel n’est qu’une enfant mais, dès les premiers mots échangés, il lui propose de l’épouser et elle accepte. Lors de la rencontre avec Lavan, Jacob s’engage à travailler 7 ans. Les Sages s’interrogent : pourquoi s’est-il engagé sur 7 ans ? La réponse est qu’étant âgée de 5 ans, 7 ans plus tard elle serait apte à se marier. Il pleura de chagrin car, par prophétie il sut qu’elle ne serait pas ensevelie avec lui mais, qu’elle serait enterrée seule, au bord du chemin.

Lavan, organisa les noces de sa fille Léa car il avait fait un vœu lorsque les jumelles Léa et Rahel naquirent que la grande épouserait le grand et que Rahel la plus jeune épouserait le plus jeune. Cependant, les évènements eurent raison des promesses ou des serments car, bien que Léa et Rahel furent très jeunes, elles avaient entendu parler des actes d’Esaü et Léa, navrée d’avoir à épouser un tel personnage, se lamentait en pleurant à chaudes larmes ce qui eut pour effet d’abimer son regard qui devint larmoyant constamment. En cette période,  la population se trouvait en plein marasme et Lavan n’eut guère le choix que de réunir toutes les personnes les plus influentes de l’endroit pour les faire participer aux frais de la noce c’est ce qu’enseigne le verset : ויאסף לבן את אנשי המקום ויעש משתה (chapitre 29 verset 22)Laban réunit tous les habitants du lieu et donna un festin.

Le banquet organisé pour célébrer les noces se déroula de manière peu ordinaire : en effet, alors que d’ordinaire, on redouble d’éclairage lorsque Jacob se présenta pour prendre épouse il pénétra dans un lieu totalement obscur, pas même une bougie ne s’y trouvait  de manière à ce que Yaâkov ne puisse voir le visage de la mariée !

Lorsqu’au lendemain des noces, Jacob découvrit la supercherie, les reproches s’abattirent sur Léa et sur Rahel. Evidemment l’une comme l’autre ne restèrent nullement redevables et elles-mêmes reprochèrent à Jacob sa duplicité et celle de sa mère lorsque Rivka aida Yaâkov à tromper Isaac pour recevoir la bénédiction que celui-ci voulait adresser à Esaü mais avant cela lorsque Jacob voulut acquérir le droit d’aînesse d’Essav contre un plat de lentilles.

Dans le midrash, les Sages, Hazal, pour montrer à quel point Léa était d’un niveau spirituel supérieur, attribuèrent à celle-ci les 3 Couronnes (keter) du judaïsme : la prêtrise, la royauté et la Torah. La prêtrise car elle donna naissance à Lévy dont la tribu fut consacrée à la kehouna (prêtrise), la royauté (malkhout) puisque Les rois descendent de la tribu de Juda, et la Torah dont l’étude approfondie fut l’objectif de la tribu de Yssakhar.

Léa, dans son propos d’autodéfense souligne que lorsque Yaâkov reçut la bénédiction d’Isaac, ce fut pour obéir aux injonctions maternelles et que c’est dans le même esprit qu’elle prit la place de Rahel : car Lavan, son père, le lui avait ordonné.

Rahel, pour sa part, estima que les reproches de Yaâkov, son promis, n’étaient pas légitimes car, elle aussi avait dû accepter les décisions paternelles et, pour ne pas trahir la promesse faite à Jacob de fournir des « signes » au soir venu du mariage, elle transmit à sa sœur ces mêmes signes en faisant croire qu’il s’agissait de halakhoth à apprendre par cœur aussi, le midrash raconte-t-il, que toute cette discrétion qui entoura toutes les actions de Rahel lui fut comptée comme mérite et cette qualité fut transmise aux générations suivantes : Yossef et Binyamine surent préserver leur bouche de propos inutiles à tel point remarquent les Hazal, que la pierre qui représente la tribu de Binyamine est le jaspe qui se dit ישפה en hébreu (yashpé) ou, en séparant les deux syllabes : yesh pé il y a une bouche mais la tseniouth de Rahel (tseniouth se traduit par pudeur, modestie ou discrétion) ne se cantonnait pas seulement à son apparence physique mais également à son comportement personnel. Ainsi, lorsque Réouven, le fils aîné de Léa, rapporte des champs des mandragores susceptibles de rendre fertiles des femmes stériles, Rahel en demande un peu à sa sœur, celle-ci, au lieu de donner de ces plantes à sa jeune sœur de bon cœur, reproche-t-elle à Rahel de vouloir lui « prendre » son mari et de lui ravir son amour, elle qui, s’effaça et enseigna sa sœur dans le seul but de lui éviter un scandale et dans la discrétion la plus absolue et la plus désintéressée !

Le midrash rapporte que lorsque les Juifs ont été déportés à Babylone et que le Temple fut détruit, Abraham Avinou, se rendit en grande tristesse auprès du Trône Céleste et implora HaShem d’avoir pitié de sa descendance en prenant en considération la ligature d’Isaac, puis Isaac lui-même vint supplier le Créateur d’avoir pitié de sa descendance par le mérite du fait qu’il était tout-à-fait conscient de ce qui se perpétrait lors du sacrifice, Jacob ensuite vint appeler la Miséricorde sur ce peuple qui n’avait pas hésité et accepta la Torah puis, se présenta Rahel en larmes qui elle aussi se prosterna pour demander à l’Eternel d’accorder Sa bienveillance à ce peuple qui souffrit tant…….. Le Saint Béni soit-IL répondit à toutes ces prières dans ces termes : RAHEL ! C’est par ton mérite, par la discrétion et toute la retenue que tu mis dans la préparation de ta sœur à se marier avec ton bien-aimé que J’accepte d’accorder Ma Miséricorde à ce peuple difficile !

Rahel, elle qui eut à souffrir du fait que Lavan détournait d’elle tous les cadeaux que Jacob lui envoya pendant les 7 années qui précédèrent le mariage, qui accepta sans rien dire que sa sœur convole avec son bien-aimé, qui souffre de stérilité alors que sa sœur est très féconde et que les servantes le sont également, elle qui supporte les « blessures » de sa sœur sans répliquer, Le Saint béni soit-IL agrée la prière de Rahel plus que n’importe quelle autre.

Le silence est célébré comme vertu suprême ainsi, Ramban spécifie que la qualité qui permit à Loth et ses filles de rester en vie alors que Sodome et Gomorrhe furent détruites est le silence car, lorsqu’Abram déclara aux Egyptiens qu’il était le frère de Saraï, Loth, témoin de la scène, sut garder le silence.

Le fait de faire valoir des mérites est donc une pratique remontant aux patriarches et le Rav Sorotzkine précise que c’est une pratique courante surtout lorsqu’il y a un danger.

L’adage souligne que le silence est d’or mais la parole peut aussi être précieuse lorsqu’il s’agit de prier ou d’enseigner et surtout prier pour autrui, sans espoir de récompense.

Caroline Elishéva REBOUH

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