Dans tous les actes de notre vie, nous avons différentes façons d’appréhender tout ce qui touche à notre quotidien : au premier degré ou de manière plus philosophique voire même mystique. Dans le judaïsme, ces « degrés » sont au nombre de 4 comme nous l’avons souvent vu pour la façon de comprendre le message de la Torah ou comme les 4 « fils » de la Haggada de Pessah.

Pour ce qui est de Hanoucca, il en est de même, nous pouvons allumer une bougie de plus chaque soir de ces huit jours sans aller chercher plus loin mais il peut aussi y avoir d’autres significations plus ésotériques. Nous allons essayer de répondre ici au désir de certaines personnes de savoir ce qui se cache derrière ces flammes dansantes dans nos foyers.

Les boîtes de bougies de Hanoucca ou de godets d’huile d’olives contiennent 44 unités allumables mais, déduction faite du « shamash » (le shamash ou serviteur est cette bougie ou godet qui va servir à allumer les autres bobèches et c’est aussi cette flamme qui, en cas de panne d’électricité par exemple, servira à éclairer sans que nous ne nous servions des lumières de hanoucca comme source unique d’éclairage), restent 36 bougies à utiliser au long de la fête.

36 en soi est un chiffre dont la symbolique est élevée tels ces exemples : les 36 tsadikim sans le mérite desquels le monde ne saurait continuer à exister, ou le nombre des traités de mishna, et bien d’autres encore.

De même qu’avant la fête de Pessah, il est recommandé d’éliminer non seulement, tout le hamets que contiennent nos demeures (sur le plan matériel donc), mais encore tout le « hamets » que contient notre esprit, notre façon de vivre ou d’agir, pour Hanoucca, le fait de procéder à l’allumage des bougies ne se limite pas au seul acte de craquer une allumette et de créer une flamme sur un chandelier sur un plan matériel mais il faut aussi créer en notre esprit et notre cœur une étincelle sur le plan spirituel et faire en sorte que cette étincelle écarte de nos vies toute la noirceur ou toutes les ténèbres qui encombrent nos vies et prendre une part grandissante dans l’application des lois de la Torah ne serait-ce que par un acte simple et à la portée de tout un chacun : parler et adresser à D. nos pensées, nos vœux et souhaits. Lui, saura faire le tri et nous donner ce qui convient. En cherchant la lumière infinie, l’homme se rapproche des sphères supérieures qui diffusent cette clarté particulière qui symbolise le « eyn sof » (infini) ou le « monde » qui sera celui qui sera entièrement au shabbat de l’humanité. (עולם שכולו שבת ומנוחה לחיי העולמים-).

Dans les additifs que contiennent les prières de âmida ou de birkat hamazone pour Hanoucca, on peut remarquer que l’on cite le nom du père du « héros » de cette fête : « …Mattityahou ben Yohanan »…. Le Maharal de Prague dans son ouvrage consacré à Hanoucca (Ner mitsva), rappelle un principe énoncé dans la guemara berakhot: « הרואה חנניה בחלום, ניסים ונפלאות יעשו לו ».

Dans le nom du cohen gadol de l’époque est contenue une promesse émanant de deux comportements dignes d’éloge : Mattityahou vient du verbe latet (donner/offrir) Mattityahou vient de Matan- le don – et Yohanan vient du mot hen –grâce ou grace-. Ces deux noms sont liés par leurs substantifs : Donner ou donation c’est netina (נתינה) dont le total est 515. Demander grâce/supplication se dit tahanoun (תחנון) dont le total est 514 +1 (on adresse ses prières/suppliques à D) = 515.  Ces deux actions sont donc intimement liées et, de même que la lumière jaillit et illumine autour d’elle pour éliminer tout ce qui est obscur, le don, tel le don de soi, a le pouvoir d’inonder de lumière tout ce qui l’entoure (et même tous ceux qui l’entourent). C’est aussi ce qu’explique le Zohar : en donnant et en priant, l’homme s’élève au-dessus du reste de la Création et, en s’efforçant de se surpasser, il se donne des chances d’atteindre au plus haut. Ainsi l’homme parviendra, dans ce don de soi, à se rapprocher de la Sainteté et à faire briller en lui la lumière de la Torah.

Dans un cours précédent sur le « etz hahayim » ou arbre séphirotique, nous savons que chaque membre du corps humain est en corrélation avec une sphère en particulier. En faisant abstraction de la sphère « keter » se rapportant au monde spirituel supérieur et à la sphère « malkhout » (qui est une sphère complémentaire de « bina » et qui représente la volonté et la perception humaine du spirituel) nous obtenons huit sephiroth. Huit pour les huit jours de Hanoucca. Ainsi, en allumant soir après soir ces lumières, nous aidons spirituellement notre âme à se reconstruire pour rejoindre la lumière intense et infinie des sphères les plus hautes.

Pour ce qui se rapporte aux deux bénédictions que l’on doit réciter chaque soir avant l’allumage, il y a lieu d’attirer l’attention sur un point particulier : certains rituels comportent le mot « shel » avant « ner hanoucca » (….lehadlik ner « shel » hanoucca). La recommandation est de ne pas mentionner le mot « shel » mais de dire « lehadlik ner hanoucca » pour la raison suivante : chacune des deux bénédictions comporte treize mots (en contre partie des 13 attributs de miséricorde) et ensemble ces deux bénédictions comptent 26 mots en contre partie du Shem (tétragramme dont la valeur numérique est 26). Enseignements du Ari zal et du Ben Ish Hay.

Dans peu de sources on trouvera comment doivent se conduire une personne aveugle, un sourd ou un muet (pas un sourd-muet dont le statut est tout-à-fait différent). Ces personnes doivent allumer les bougies. Une personne aveugle, si elle connaît les berakhot par cœur, pourra les réciter et, devra être assistée par guidance pour l’allumage, à moins que cette personne vive en collectivité auquel cas l’obligation sera d’écouter les berakhot et de répondre « amen ». Pour les personnes sourdes ou muettes, elles doivent lire les berakhot et allumer par elle-même. Une personne sourde et muette est dispensée. Dans tous les cas, il vaut mieux poser la question à un rav de votre communauté.

En concentrant sa volonté de ré initier son âme au moment de procéder à l’allumage, l’homme parvient à élever celle-ci à un niveau de spiritualité tel qu’il sentira qu’il est un instrument pour diffuser autour de lui, pour lui et les autres, la lumière et la joie tout en donnant de lui-même et en recevant des autres (rien n’est à sens unique).

De cette façon, allumer les bougies à chaque soir, propose à chacun (selon son essence spirituelle) une nouvelle ouverture qui permettra l’expression véritable de notre « moi » intérieur.

La première bougie correspond à l’observation et permet ainsi de se tourner vers ce moi intérieur avec ses forces et ses faiblesses, avec les possibilités qui lui sont offertes car, plus ce moi se renforce et regarde vers les autres et vers HaShem, plus il lui est possible d’atteindre les degrés supérieurs.                                                                                                                                                                                                                      La deuxième bougie correspond à l’écoute : il faut consacrer du temps à notre âme et écouter ce qu’elle a à nous dire afin de faire en sorte qu’elle s’épanouisse, qu’elle baigne en pleine lumière, et que nous puissions parvenir à corriger ce qui n’est pas parfait en nous.

La troisième bougie correspond à notre mental, le psychisme, les pensées les plus intimes, les plus secrètes, celles que nous n’extériorisons pas car nous craignons d’être tournés en dérision, ou bien parce que nous pensons être les seuls à avoir de telles pensées…. Parfois nous pensons que nous sommes dans le bien, mais parfois que nous ne sommes pas sur le bon chemin. La vérité se trouve dans l’orientation que nous devons donner à nos réflexions. Ceci est un effort positif à faire : toujours s’orienter vers le bien et agir dans et vers le bien sans attendre que les choses changent d’elles-mêmes car, sans notre volonté d’agir pour que les choses se fassent, rien ne changera. La volonté de faire évoluer les pensées et réflexions vers le bien ne doit pas être empreinte de notre désir de mieux nous sentir par la suite mais de faire le bien pour le bien.

La quatrième bougie correspond à la parole qui, souvent, sert à exprimer ces pensées. Et savoir comment le faire de façon à ne pas blesser ni outrager involontairement quelqu’un. De façon à ne pas entraîner quelqu’un à avoir de mauvaises pensées à cause de ce que nous pourrions avoir été tentés de dire ou à cause de la façon que nous avons eue de nous adresser à lui. Car, tout ce qui se rapporte à la parole peut être perçu en bien ou en mal par notre interlocuteur mais aussi par nous-mêmes et c’est ainsi que s’entend l’adage : « sois bon pour les autres, tu le seras bien plus pour toi-même ».

La cinquième bougie correspond aux sentiments. Les pensées siègent dans le cerveau / l’esprit. Les sentiments siègent à la fois dans le cœur et dans l’esprit. C’est donc grâce aux sentiments que se construit un lien solide entre le corps et l’âme. Lorsque l’on exprime, par la parole les sentiments ressentis, ces sentiments peuvent s’intensifier tout comme la flamme qui lorsqu’on l’allume est faible mais se renforce et luit très fort, comme s’il s’agissait d’une source d’énergie. A l’instar de la flamme, il faut donner la possibilité aux sentiments de s’exprimer pour s’amplifier à défaut de quoi, cette énergie étouffée manquera à l’âme.

La sixième lumière correspond au cœur qui bat en nous grâce aux différents sentiments qui lui procurent de la joie et de l’énergie. Le cœur est le siège de l’amour – peu importe de quel amour il s’agit- tout comme l’esprit est le siège des pensées. Il est un élément vital du corps humain tant sur le plan physique que spirituel. En mystique juive on aime rappeler que le mot « esprit » ou שכל  (sékhel) est constitué des initiales de trois organes vitaux : sékhel-kaved-lev ou שכל-כבד-לב . La sixième bougie vient rappeler que tout comme l’air, la lumière est indispensable pour que le cœur fonctionne et par là-même, le corps tout entier.

La septième lumière correspond à la raison de vivre. Ce qui fait que nous ressentons l’envie d’aller de l’avant, de progresser, de nous perfectionner, c’est cette étincelle, ce point de départ de la lumière. Cette étincelle que nous percevons en dehors de nous ou en nous et qui va faire jaillir une lumière interne intense qui va gagner notre cœur et notre esprit. De cette étincelle va jaillir aussi une joie intense qui va habiter tout notre corps, notre esprit et va permettre à notre âme de s’épanouir et de retransmettre autour de nous une auréole qui va influer sur l’entourage et sur nous.

La huitième lumière correspond à l’Unicité de D. Le huitième soir de Hanoucca, le chandelier brille de 1000 feux. Une à une, soir après soir, nous avons été tenus en haleine, nous avons « construit » quelque chose : nous avons affirmé et affermi notre foi, notre confiance et notre Amour pour HaShem. Nous avons chanté ce miracle que D. a fait il y a plus de 2165 ans ! En allumant cette huitième bougie, c’est la plénitude que nous contemplons.

Bien que les deux premières lumières aient correspondu à deux des cinq sens du corps humain (la vue et l’ouïe), l’ensemble des significations est centré sur l’aspect métaphysique et concerne, en réalité, la nourriture spirituelle de l’homme juif autour de l’Unicité de D. Jour après jour, nous avons « intéressé » les différentes parties de notre être-âme, pour que notre corps et notre esprit tout entiers, au huitième jour, puissent se concentrer autour de notre Créateur avec une foi pleine et entière.

Que notre esprit ait la force spirituelle de puiser à travers l’énergie de ces lumières de chasser toute l’obscurité qui se trouve à l’extérieur comme à l’intérieur.

Caroline Elishéva REBOUH.
MA Hebrew and Judaic Studies
Administrative Director of Eden Ohaley Yaacov

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