Souvent sont opposés les arguments selon lesquels, à l’heure actuelle, on ne se fatigue plus pour allumer l’électricité ou le gaz, pour conduire une voiture car tout se déclenche en appuyant sur un bouton. C’est vrai mais l’essentiel des raisons se trouvent ailleurs que dans la fatigue. En effet,  il est écrit dans la Torah : וישבת ביום השביעי מכל-מלאכתואשר עשה c’est-à-dire que l’Eternel S’est « reposé » le septième jour de tout le travail qu’IL a fait.

On a coutume de traduire le mot travail par עבודה  (âvoda) mais, en hébreu il y a deux termes qui définissent le travail ou la tâche :  le mot âvoda et le mot melakha מלאכה et il existe une nuance dans ces termes que nous allons aborder ci-dessous :

AVODA qui vient du mot EVED (esclave) désigne généralement une activité faite par un être humain y compris les travaux consacrés au culte ainsi rendre un culte se dit LAAVOD ETH HASHEM (Rendre un culte à D)  et AVODAT HAKODESH est le culte….. En dehors du culte il s’agit d’un travail mais surtout d’un travail physique qui  concerne toutes sortes de travaux.

La tribu de Lévy était divisée en trois “clans” les Kehatiim, les Guershoniim et les  Mérariim. Chaque clan avait un rôle dans le fonctionnement du Tabernacle/Temple : les Kehatiim qui avaient pour rôle de transporter les ustensiles du Tabernacle/Temple pendant tout le temps où le peuple séjournait dans le désert ; les Guershoniim  qui avaient pour mission de transporter les tentures/peaux de bêtes, le couvercle du Tabernacle ou tout ce qui était « souple » ; et les Merariim qui, pour leur part, devaient transporter toutes les parties « solides » du Tabernacle, les barres, les colonnes et les barres de soutènement…….

Or, ce que les Kehatiim devaient faire dans la tente d’assignation  nous dit la Torah est une :

MELAKHA (mem-lamed-alef-kaf-hé) alors que ce dont devaient s’acquitter les Guershoniim et les Merariim  était de faire un travail : לעבוד עבודה laâvod âvoda.

Le Ohr HaHayim אור החיים  [1]  définit la différence entre ces deux termes de la façon suivante : lorsqu’on dit que les enfants de Kéhat font une melakha cela signifie qu’en faisant un TRAVAIL –AVODA, on fait une action qui implique une dépense d’énergie et une fatigue corporelle alors que lorsque l’on fait une MELAKHA on engage surtout sa pensée et sa réflexion en les ordonnant d’après une certaine logique. C’est la raison pour laquelle les KEHATIIM font une melakha et, pour tout ce qui concerne le Mishkan, il a fallu suivre des consignes bien précises d’après un ordre fixé par HaShem.

Le Shabbat, ce qu’il est interdit de faire c’est non pas de se fatiguer mais de faire des choses qui engagent la réflexion : on pourra donc recevoir des invités et se fatiguer pour les servir mais on n’aura pas le droit de faire les 39 travaux qui ont servi à ériger le Temple et tout ce qui est dérivé de ces travaux tel que cela est détaillé dans le shoulhan aroukh.

En conséquence, on n’allume pas l’électricité non pas pour ne pas se fatiguer mais parce que cela est écrit expressément : « vous ne ferez pas de feu dans vos demeures » et ce non pas à cause de la fatigue ou des efforts faits ou non pour allumer un feu :לאתבערואשבכלמושבותיכםביוםהשבת »  (Exode XXXV, 3). La raison est donc non pas parce que nous risquons de nous fatiguer mais tout simplement  parce que D nous l’a demandé et que feu ne veut pas dire des bûches et des flammes mais tout ce qui peut être feu : électricité, charbon, gaz pétrole ….. Allumer un feu de quelque nature qu’il soit est une création (créer une situation qui n’existait pas avant cela) et ceci  est donc une « melakha ».

De plus dans la Torah on nous dit que HaShem a terminé sa « melakha » car il est évident que pour D qui a tout créé par Sa parole, il n’est pas question de fatigue IL ne S’est pas épuisé en créant le monde et c’est alors qu’IL a encore créé quelque chose :  le shabbat dont le corps et l’âme ont besoin.

En résumé : si on ne doit pas allumer l’électricité  le shabbat ce n’est pas pour éviter de nous fatiguer mais parce que cela fait partie de l’un des travaux interdits le shabbat.

Caroline Elishéva REBOUH
MA Hebrew and Judaic Studies
Administrative Director of Eden Ohaley Yaacov

[1] Rabbi Hayim ben Atar 1696 (Maroc)-1743 (Jérusalem)

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