Chaque mercredi à Netanya et chaque jeudi à Ashdod il se passe quelque chose d’incroyable pour un groupe d’ado et de pré-ado francophones. Point de paillettes et de strass (pour le moment…) pas de salle ultra-moderne pourvue des dernières technologies, tout se passe dans d’humbles ″matnass″, et c’est en jeans et baskets que ces deux groupes soudés par l’envie de monter sur scène pour jouer, chanter ou danser donnent le meilleur d’eux-mêmes…

Tout a commencé en septembre dernier : c’est avec l’aide d’une bonne fée, Myriam Fedida directrice du FSJU Israel, que Steve Suissa, l’homme de scène aux mille talents a imaginé ″L’Ecole d’Art et d’Expression″, dans laquelle les jeunes pourraient, deux heures par semaine, parvenir à mieux se connaitre, décharger leur fardeau d’enfants d’olim (oui c’est dur à porter parfois) et dépasser les limites imposées par leur timidité, leur apparence physique ou leur chagrin d’ado pour enfin être libre sur scène.

« Il est très difficile de changer une personne qui a le sentiment de devoir désobéir pour être elle-même. Ce que l’on peut faire c’est essayer de lui transmettre la notion de travail sur soi. Par des textes inconnus, par un mode d’expression différent on peut suggérer de nouveaux horizons, de nouveaux territoires inexplorés, et donc un espace de liberté insoupçonné. Être sur scène c’est aller au fond de soi-même. Aujourd’hui on monte sur une scène pour dire la vérité » explique Steve Suissa.

Entre les mains bienveillantes et ultra professionnelles de la comédienne, musicienne et metteur en scène, Cécile Ben’s, les gosses s’épanouissent au fil des séances. En six mois, la transformation est saisissante.

« Depuis 6 mois, j’ai appris énormément de choses : Savoir gérer son texte, y mettre de l’émotion, ne pas avoir peur du public, savoir gérer son trac, son stress. C’est incroyable. Et tout le mérite revient à ma prof Cécile Ben’s qui travaille très dur avec nous. J’ai davantage confiance en moi et le dimanche je me lève heureux car je sais que j’ai théâtre. Ce cours m’apporte du bonheur et de la satisfaction car plus les cours avancent et plus je me rapproche de mon rêve. C’est juste exceptionnel» déclare David Bechnainou, 17 ans, élève de Netanya.

Selon Cécile Ben’s, « une énergie incroyable se dégage de nos séances. Une confiance mutuelle exceptionnelle s’est instaurée permettant des échanges empreints de respect et de créativité qui encouragent les capacités de chacun ». Encadrés, écoutés et dirigés, les jeunes talents en herbe explorent leurs techniques vocales, leurs émotions, leurs respirations, leurs postures, le tout en langue française. « Il s’agit d’un travail en commun qui donne à chacun une place sociétale fondamentale pour les inciter à aimer qui ils sont vraiment » précise la directrice de l’école. Cette dernière a choisi comme fil conducteur des textes de Jacques Brel pour visiter des thèmes tels que l’amour, la guerre, la famille, la paix ou encore l’amitié. « Chaque élève est invité à revisiter avec sa propre interprétation ces textes avec l’optique d’un grand spectacle que nous organiseront quand ils seront prêts ».

Véritable cadeau offert aux élèves, les cours dispensés par ″L’Ecole d’Art et d’Expression″ répondent à un besoin bien précis. En témoigne Myriam Fedida :

« Pour la jeunesse française, comme pour d’autres jeunes immigrants, la crise de l’immigration s’associe à celle de l’adolescence, et perturbe le processus de recherche d’identité et d’auto détermination des jeunes. Ils expriment souvent le sentiment de n’avoir pas été impliqués dans la décision familiale d’immigrer en Israël et d’être impuissants quant au déplacement et la séparation de leurs amis en France. S’installe alors un fort sentiment de rupture par rapport à l’autorité parentale et la désintégration de l’unité familiale. Le FSJU Israël dans sa mission d’identification des besoins de la société franco israélienne et de la société israélienne dans son ensemble, en étroite collaboration avec les interlocuteurs locaux des villes à forte densité francophone, a constaté les nombreuses difficultés rencontrées par ces familles. Il nous est alors apparu évident de leur venir en aide. Avec l’expérience de ces quatre dernières années nous avons identifié une aversion ressentie par les parents pour tout contact avec un cadre ayant un aspect thérapeutique, par peur d’être stigmatisés, eux-mêmes ainsi que leurs enfants, ce qui implique souvent une démission et un déni face aux préoccupations des jeunes adolescents.  Nous avons donc souhaité investir dans la mise en place de ce projet culturel qui apportera à ces jeunes un cadre informel dans lequel ils recevront au travers de l’apprentissage des arts de la scène, écoute, attention et où ils auront la possibilité de s’exprimer, se dépasser, partager et se rencontrer. »

Face au succès évident du projet et aux nombreuses demandes visant à l’intégrer ‘L’Ecole d’Art et d’Expression’ de Steve Suissa présente à Netanya et Ashdod se prépare d’ici la rentrée prochaine à ouvrir de nouveaux cours dans d’autres villes d’Israël.

Avis aux amateurs…

Ashdodcafe.com

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