PARASHAT KORAH 5783 – VENDREDI 16 juin 2023 / YOM CHICHI 27 sivan 5783  – Samedi 17 mai 2023 – YOM SHABBAT 28 sivan 5783 

ENTRÉE ET SORTIE DE CHABBAT EN ISRAËL ET DANS LE MONDE
Chaque personne doit faire rentrer Shabbat avec les horaires de la communauté qu’il fréquente.

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L’ORGUEIL, LA JALOUSIE, LA SOIF D’HONNEUR

Le traité des maximes des Pères est une source de sagesse populaire non négligeable, dirons-nous et elle nous enseigne et nous montre souvent au fil de ses pages le véritable et juste comportement à suivre. Pour ce qui concerne cette parasha où Korah se rend tristement célèbre cette mishna vient à deux reprises nous abreuver de son enseignement. 

A la fin du quatrième chapitre de ce même traité, l’un des Pères : Rabbi Eliezer HaKapar énonce que (mishna 21)  « la jalousie, l’envie et les honneurs évincent l’homme de ce monde ».

Et, cette même mishna de Pirké Avot nous apprend au chapitre 5 mishna 6, que, c’est, juste avant que ne commence le premier shabbat de l’Humanité, que D a créé des prodiges qu’IL a programmés pour l’Histoire du monde et surtout du Peuple Juif. L’un de ces dix prodiges est que la Terre ouvrira sa « bouche » pour y engloutir (lors de cette parasha), Korah et toute son assemblée. 

Que s’est-il passé ? Nous avons évoqué lors de la parasha de Shelah Lekha le fait que sur les douze explorateurs envoyés en mission en Canaân, dix d’entre eux préoccupés par leur soif d’honneurs, se sont laissés aller à la médisance contre le pays que D avait décidé de donner à Son peuple.  Ici, Korah se révolte contre ses cousins Moshé et Aharon, alors qu’aucun motif véritable ne peut servir de base à ce soulèvement et, qui plus est, il incite une partie du peuple à se révolter avec lui. En effet :  avant que ne se produisît  la faute du veau d’or, il aurait pu se faire que la prise de fonction au Temple soit « tournante »  où chaque premier-né aurait pu servir à tour de rôle mais, malheureusement, la faute du veau d’or se produisant et toutes les tribus y étant  mêlées   en dehors d’Aharon pour les Léviim, il a donc été décidé qu’Aharon et sa descendance seraient  « Cohen Gadol ».…. Mais de toute façon, il fut décidé par Jacob que la tribu de son TROISIEME fils serait particulière et que cette tribu serait vouée à l’étude et à rester dans la pureté et la sainteté (à la fin de ses jours Jacob ordonna que Lévi ne porterait pas le cercueil de son père ni même Joseph et ce sont Ephraïm et Menashé qui « remplaceraient » ces deux chefs de tribus… 

Puis, c’est encore la famille du troisième fils de Lévy qui serait choisie pour l’exercice du culte.

Lorsque le peuple arrivé au pied du Sinaï  se prépara à recevoir la Torah, le PEUPLE DANS SON INTEGRALITE ENTENDIT HASHEM DEMANDER A MOÏSE ET AHARON ET SES FILS ET AUX 70 ANCIENS DE MONTERSUR LE SINAÏ tout était clair et fut accepté par tous alors, que se produisit-il pour que soudainement Korah se souleva contre ses cousins et pour quelle/s raison/s ce mouvement se transforma-t-il en révolte se soldant par une mort spectaculaire de 250 personnes ?

Voici donc une analyse de comportement : le Midrash dévoile le fait que Korah tout comme les autres Léviim s’était donc rendu au Tabernacle et que tous avaient eu le corps rasé y compris la tête… Lorsque Korah regagna sa tente, son épouse le tourna en ridicule et laissa exploser sa rage/ colère/ rancœur car elle était exigeante et rêvait de grandeur. Elle décida donc de tourner l’apparence de son époux en ridicule et le « remonta » contre Moïse et Aharon. Bien que Korah répliqua et lui signifia que TOUS les Léviim étaient rasés la femme, tourna en ridicule les lois que Korah évoquait et réussit à le convaincre du manque de sens de ces dispositions telles que le fil d’azur des tsitsioth (pourquoi pas, en ce cas, un talith tout entier bleu ciel dit-elle) pourquoi une mezouza ? (En quoi un bout de parchemin serait-il plus précieux qu’une bibliothèque entière ?) Pourquoi une plaie rend-elle tout un corps impur ? 

Or, Korah, assoiffé d’honneurs, de pouvoirs, de considération, se tourne plein de vindicte vers Moïse pour lui demander ainsi qu’à Aharon de céder leurs places. 

Korah était  un homme immensément riche à tel point que la Guemara (Pessahim 119a) déclare qu’il avait eu recours à « 300 mules blanches » pour transporter seulement les clés de ses coffres car il avait déjà, dans le passé, usé de stratagèmes pour s’accaparer une fortune considérable en dérobant à Joseph des codes lui permettant d’accéder aux trésors de l’Egypte. 

Ici, il prétend qu’il est celui auquel revient le droit de succéder à Aharon.  Korah critique Moïse, cet homme que la Torah décrit comme étant l’homme le plus humble que la Terre ait porté et à propos duquel il est écrit qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais d’homme de son niveau. 

Le nom de Korah est formé de trois lettres : K-R-H (kouf-resh-heth) et ces lettres peuvent former des mots comme KéRaH (la glace) קרח comme il a été employé pour Amalek, celui qui « nous a surpris » sur la route (en nous attaquant par derrière et en nous refroidissant) mais, ces mêmes lettres disposées dans un ordre différent, l’on peut obtenir un autre mot tel HoKeR חוקר ou investigateur, enquêteur. Korah s’est donc constitué en fauteur de troubles, en redresseur de torts, il est si imbu de sa personnalité, et de son droit d’être nommé à une fonction prestigieuse, qu’il décide de commencer une mahloket  ou controverse.

Encore une fois, la mishna de pirké avot nous enseigne que si une controverse s’engage entre deux personnes ou deux groupes de personnes, cette controverse sera « positive » si elle est « leshem shamayim » ou ne pourra être constructive si elle est conduite pour servir d’autres objectifs comme des intérêts personnels et surtout pour satisfaire à une soif inextinguible d’honneurs. Les controverses qui divisaient toujours Hillel et Shamay  étaient destinées uniquement à guider le public dans l’application des lois et ces querelles n’avaient rien de personnel, bien entendu. 

Dans le cas de notre péricope, la querelle est soulevée dans le but de « diviser » le Peuple , et de servir des intérêts personnels : soit ôter leurs prérogatives à Aharon et Moïse pour se les faire attribuer et gagner un prestige. A ce propos, le Hafets Hayim a déclaré à propos des règles sur la médisance que le souci de Korah de rechercher des honneurs a provoqué sa perte car, toute personne qui cherche la querelle ou à provoquer une division fait une très grande faute et peut être appelé rashâ (רשע) et, le Hafets Hayim poursuit en affirmant que les motifs  

Le peuple, se laissant mener, comme souvent,  par des discours de démagogues et sans réfléchir plus avant a encore une fois besoin d’être sauvé par les suppliques de Moïse et d’Aharon qui tombent face contre terre  pour prier D de ne pas S’emporter contre le peuple tout entier. C’est alors que la Terre s’ouvrit et engloutit Korah et ses proches et,  c’est là que réside  le prodige : la terre se referma aussitôt sur ces personnages tandis que de la Tente d’Assignation  « s’échappa » un feu dévorant qui brûla in subito les 250 adeptes de Korah.

Korah, en fin démagogue a tenté de soulever le peuple contre les lois de la Torah en raillant tous les enseignements que  la loi orale renferme et il use d’exemples qui tentent à discréditer Moïse et Aharon. 

C’est à propos de cette sidra qu’il est intéressant de voir à quel point le rôle de la femme est important et comment la parole peut détruire ou construire : la femme de Korah incite son homme à la révolte pour assouvir de vils instincts alors que l’épouse de On ben Pelet, calma son époux en le raisonnant et en lui faisant entendre que rien de positif ne risquait de sortir d’une telle révolte contre la volonté d’HaShem…

Il ressort de l’étude de cette péricope que la femme de Kprah était quelque peu « savante » puisque dans les allégations qu’elle soufflait à son mari elle « attaqua » les mitsvoth selon un ordre bien précis : tout d’abord le talith et les tsitsioth puis le sujet de la mezouza puis encore le sujet de la lèpre et des affections cutanées.

En effet, elle attaqua le sujet du talith en suggérant qu’un talith bleu azur valait bien mieux qu’un fil bleu dans les tsitsioth (les franges posées aux coins des vêtements) puis elle évoqua le thème de la mezouza en prétextant qu’un petit morceau de parchemin ne pourrait avoir la même valeur qu’une habitation (maison)  remplie de livres de Torah puis enfin, Korah prétexta que Moïse avait tort de prétendre qu’une affection lépreuse rendait un corps impur alors qu’un bébé sur lequel on pratique la circoncision n’est pas impur pour cette petite opération. Ce qu’elle fit ainsi était de reprendre point par point les « corps » d’impureté provoqués par la lèpre : le corps, les vêtements et la peau. 

Un peu comme lors de Bereshit lorsqu’ Eve entraîna son mari à désobéir à la Voix divine et, selon certains exégètes, lui donna à boire du vin

Or l’homme se distingue de l’animal par le fait qu’il a son intelligence, sa réflexion et son libre arbitre. C’est pourquoi à la sortie du shabbat, on fait la havdala dans l’ordre yayin (vin), bessamim (parfums), ner (bougie/flamme) et la havdala (différenciation entre shabbat et jours profanes) ce qui donne les initiales youd-beth-noun-hé ou les lettres du mot « bina » intelligence… 

Depuis trois semaines, les parashot se succèdent et se cristallisent autour de la médisance, l’envie, la soif d’honneurs, et l’orgueil à des degrés divers : que ce soit à titre individuel homme/homme ou homme/objet (comme contre la Terre d’Israël) ou la faute la plus grave celle de l’homme contre son Créateur. Avec Korah nous entamons un triptyque où le nom de la parasha comporte la lettre Kouf soit en début de mot comme Korah soit au milieu comme Houkat ou en fin de mot comme dans Balak.

Caroline Elishéva REBOUH

Dr Caroline Elisheva Rebouh PhD.
ד »ר קרולין אלישבע רבוה בן אבו