Une ligne rouge vient d’être franchie. La chaîne Golf & Co aurait commencé à autoriser ses magasins à solliciter des pourboires directement à la caisse. Désormais, au moment de régler vos achats, vous faites face à des QR codes ou des options sur terminal vous suggérant de laisser 5, 10 ou 15 shekels.
Nous étions habitués — non sans agacement — à cette « taxe » quasi obligatoire dans les restaurants et les bars. Mais aujourd’hui, une étape cynique vient d’être franchie. Souvenez-vous : il y a un an à peine, la mode a commencé dans les cafés en libre-service. On nous demandait un supplément pour un café que nous portions nous-mêmes à table, sous l’œil d’affiches provocatrices clamant : « Moi aussi je veux aller en Thaïlande ». À ce rythme, pourquoi ne pas financer directement leur villa en bord de mer ?
Aujourd’hui, le groupe Golf & Co (incluant Golf Kids, Polgat, Intima, Adika, etc.) cherche t-il a testé notre résistance ? C’est le sommet de la houtspa. Jusqu’ici, on acceptait l’idée que le pourboire compensait des salaires de misère dans la restauration. Mais dans le prêt-à-porter ? Quel est l’objectif ? Réduire encore le salaire de base des employés ? Supprimer les primes de vente pour les faire financer par le client ? Transformer le consommateur en département des ressources humaines ? Selon une enquête de Ynet, certains employés affirment ne percevoir qu’environ 40 % du pourboire. Le reste serait conservé par l’entreprise.
Le calcul est clair : si ce test réussit, le patronat révisera les contrats à la baisse. Le travailleur n’aura d’autre choix que de harceler le client pour obtenir son dû. C’est une hausse de prix déguisée, une taxe sauvage imposée par la pression sociale.
On connaît déjà ce malaise. On l’a vécu aux caisses d’IKEA où, sans aucune pudeur, on vous demande de donner 10 shekels pour une œuvre caritative au moment précis où vous sortez votre carte bleue, devant tout le monde. C’est un chantage à la moralité. Ce sans-gêne, devenu monnaie courante, nous met face à des employés qui tendent la main avec insistance pour un service inexistant, voire exécrable.
Soyons vigilants. Si nous cédons aujourd’hui, où s’arrêteront-ils ? Demain, faudra-t-il laisser un « tip » à l’hôpital, au Bitouah Leumi, ou pour qu’un policier prenne votre déposition ?
Quelques réalités qu’il faut rappeler :
- Le monopole des centres commerciaux : Les grandes chaînes se gavent. Elles contrôlent le marché et imposent des prix souvent 20% à 40% plus élevés qu’en Europe pour des collections identiques.
- Le coût de la vie : Israël reste l’un des pays les plus chers de l’OCDE (Tel Aviv et Jérusalem figurant régulièrement en tête des classements mondiaux).
- Le service face au profit : Alors que les marges augmentent, la qualité du produit et du service ne cesse de se dégrader.
Refuser de payer, ce n’est pas de l’avarice. C’est un acte de résistance citoyenne. C’est protéger notre statut de consommateur déjà étranglé par les monopoles. Ce qu’on nous présente aujourd’hui comme un « choix » à la caisse sera l’obligation de demain si nous ne disons pas stop.
Le pourboire pour un jean ou une parure de lit ? C’est NON.
Rony Hayot
Journaliste et analyste politique
Ashdodcafe.com
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