La bataille autour de la conscription des orthodoxes continue de dicter le calendrier politique israélien.

Aux États-Unis, les élections ont lieu tous les quatre ans, début novembre. En France, tous les cinq ans, entre avril et mai. Tout le monde le sait, ou presque, et si on ne le sait pas, on l’apprend en quelques clics sur son outil d’intelligence artificielle préféré.

En Israël ? Si c’était seulement aussi simple…

Nous sommes en juin 2026. Le gouvernement semble vaciller. Les médias parlent d’élections chaque semaine. Alors pourquoi personne n’est-il capable de vous donner une date ?

La date théorique des élections

Commençons par la loi.

La Loi fondamentale : la Knesset fixe les élections législatives israéliennes à environ tous les quatre ans et demi, le premier mardi du mois (ou le troisième mardi en cas d’année bissextile, mais ne compliquons pas davantage les choses). Pourquoi « environ » ? Parce que le texte fait référence au calendrier hébraïque. Le scrutin est censé avoir lieu durant le mois de Heshvan, entre octobre et novembre, de la quatrième année révolue depuis les dernières élections.

En clair, cette année : le 27 octobre 2026.

Sauf que dans le régime parlementaire israélien, particulièrement volatil, les dissolutions anticipées sont extrêmement fréquentes. Une coalition gouvernementale peut tomber avant terme dès lors qu’une majorité de députés le décide.

C’est précisément ce qui nous mène à la situation actuelle.

Les divergences au sein du bloc Netanyahou

Fin 2022, Netanyahou forme son sixième gouvernement, le plus à droite de l’histoire politique israélienne. Lui qui avait longtemps gouverné avec des partis centristes, voire parfois de gauche, n’avait a priori plus besoin de composer avec des partenaires idéologiquement éloignés et pouvait espérer un mandat relativement stable.

Sauf que même avant la déflagration du 7 octobre, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu.

Presque immédiatement, la réforme judiciaire portée par le ministre Yariv Levin met le feu aux poudres. Une réforme qui a déjà fait couler énormément d’encre et qui mériterait à elle seule un article entier. Pour les besoins de cette analyse, rappelons simplement un élément souvent oublié : parmi les mesures envisagées figurait la fameuse « clause de contournement », permettant à la Knesset de passer outre les arrêtés de la Cour suprême sur simple majorité.

Une disposition, qui inquiète partculièrement les opposants de la réforme, et qui avait été réclamée par les partis orthodoxes. Objectif : sécuriser une loi exemptant durablement les jeunes hommes haredim du service militaire obligatoire, malgré les objections répétées de la Cour suprême au nom du principe d’égalité civique.

Cette revendication illustre les divergences idéologiques au sein du bloc Netanyahou. Le Likoud, le Sionisme religieux et Force juive défendent un discours sécuritaire et l’idée d’un Tsahal fort, tandis que les partis orthodoxes cherchent avant tout à préserver leurs exemptions pour se reprlier sur le monde de la Torah.

Si cet équilibre était tenable en temps de paix, la guerre est venue bouleverser la donne.

La dispense qui ne passe plus

Alors que plus de 2 000 Israéliens ont trouvé la mort depuis le 7 octobre, l’opinion publique accepte de moins en moins l’idée d’une dispense automatique du service militaire pour le secteur orthodoxe.

Depuis plusieurs années, Netanyahou doit donc gérer cette tension croissante au sein de sa majorité. L’exemption promise d’un côté, la colère du public de droite de l’autre. La guerre a temporairement rebattu les cartes, mais début 2025, les partis orthodoxes perdent patience et indiquent clairement que sans loi d’exemption, la coalition n’a plus de raison d’être.

Le Judaïsme unifié de la Torah, traditionnellement plus intransigeant que le Shass, menace alors de ne plus soutenir le gouvernement. Netanyahou parvient à éviter la dissolution de justesse en juin dernier, juste avant la Guerre des Douze Jours. Il obtient alors la retenue de ses alliés en laissant entendre que des développements majeurs se préparent sur le front sécuritaire.

Le reste de l’année est consacré à un exercice devenu sa spécialité : ménager la chèvre et le chou, préserver une majorité fragile tout en gérant les dossiers stratégiques, notamment la menace iranienne et la coordination avec Donald Trump.

La session parlementaire d’hiver, qui s’étend sur près de cinq mois, est généralement la plus dangereuse pour un gouvernement affaibli. L’irruption de la Guerre des Quarante Jours à la fin du mois de février a une fois de plus suspendu le calendrier parlementaire.

L’opération terminée, Pessah passé et la session d’été ouverte, les partis orthodoxes restent vent debout. Les statistiques de Tsahal montrent que le recrutement des haredim progresse sous l’effet des sanctions (même s’il demeure très insuffisant au regard du potentiel de mobilisation). L’inquétude des rabbins grandit : si l’enrôlement était normalisé, la jeunesse orthodoxe pourrait peu à peu leur échapper. Certaines franges radicales n’hésitent plus à recourir à des actions violentes, comme l’attaque du domicile du juge de la Cour suprême Noam Solberg, dans la soirée du 3 juin.

Parallèlement, les sondages stagnent pour la coalition. Une nouvelle majorité pourrait émerger dès l’automne, rendant le sort des orthodoxes plus incertain.

Netanyahou gagne du temps

Pour éviter toute initiative incontrôlée de ses partenaires et conserver la maîtrise du calendrier, le Likoud a donc présenté sa propre loi de dissolution.

Entérinée en première lecture la semaine dernière, mais pas encore adoptée définitivement, elle constitue un véritable chef-d’œuvre de manœuvre parlementaire. Le texte prévoit en effet une date de scrutin « à définir ultérieurement », comprise entre le 8 septembre et le 20 octobre.

Quand connaîtrons-nous enfin la date exacte ?

Mystère.

Quelques spéculations restent néanmoins possibles.

La Loi fondamentale prévoit un délai minimum de 90 jours entre la dissolution de la Knesset et le Jour de l’Électeur, comme sont appelées les élections en Israël. La Commission électorale a indiqué que ce délai pourrait être réduit à 83 jours.

Si les partis orthodoxes perdaient patience et votaient la dissolution dans les prochains jours avec le soutien de l’opposition, le scrutin pourrait donc théoriquement avoir lieu dès le 8 septembre.

Une date peu probable. Trois jours plus tard débute Roch Hachana, le Nouvel An juif.

Les autres mardis de septembre tombent eux aussi à proximité immédiate des fêtes religieuses, notamment Yom Kippour et Souccot, ce qui les rend peu attractifs pour un électorat religieux et traditionaliste qui constitue une part importante du bloc Netanyahou.

La première date réellement dégagée est le mardi 6 octobre, à la veille des commémorations du 7 octobre. Une perspective politiquement délicate pour le Premier ministre, que certains députés orthodoxes ont pourtant menacé d’imposer.

Restent ensuite les mardis 13 et 20 octobre, le 27 étant désormais exclu par le projet de loi actuellement débattu.

À ce stade, le scénario le plus probable est que Netanyahou continue de manœuvrer au moins jusqu’à la fin du mois de juin afin d’écarter définitivement l’hypothèse d’un scrutin début septembre.

Shass et le Judaïsme unifié de la Torah le laisseront-ils faire ? Et pourquoi Netanyahou semble-t-il déterminé à arracher encore quelques semaines à un mandat qui aura déjà dépassé les quatre ans, un exploit en politique israélienne ?

Comme souvent avec Netanyahou, une partie de la réponse se trouve à Washington.

Si l’administration Trump parvient à imposer une séquence diplomatique forte, notamment à travers un élargissement des Accords d’Abraham dans les semaines à venir, le Premier ministre pourrait accepter plus facilement une échéance électorale dès la fin septembre. Si, au contraire, rien de décisif n’en ressort et que la confrontation avec l’Iran redevient centrale, chaque semaine supplémentaire deviendra précieuse pour parfaire son bilan et consolider son récit politique.

20 octobre : le compromis ?

Les dernières rumeurs circulant à Jérusalem ce week-end évoquent d’ailleurs un compromis en cours de négociation entre le Likoud et les partis orthodoxes. Le scrutin pourrait être fixé au 20 octobre, une date qui offrirait à Netanyahou à la fois un délai confortable et l’avantage d’éviter la proximité symboliquement désastreuse des commémorations du 7 octobre.

En échange, les partis orthodoxes obtiendraient l’adoption d’une nouvelle loi consacrant la « priorité nationale » de l’étude de la Torah. Une formulation destinée à renforcer juridiquement le statut des étudiants des yeshivot et à compliquer d’éventuelles futures objections de la Cour suprême.

Rien n’est encore acquis. En politique israélienne, les accords les plus solides peuvent se défaire en quelques heures. Mais si ces discussions aboutissent, il ne serait pas surprenant qu’une annonce intervienne dans les prochaines semaines.

Et Netanyahou espère sans doute qu’à cette date, le débat ne portera plus sur la question de savoir quand les Israéliens voteront, mais sur le bilan qu’ils auront à juger. Si le Premier ministre était bien aux commandes le matin du 7 octobre — une marque indélébile dans l’histoire du pays — il lui reste encore quelques mois pour convaincre les électeurs que sa réponse militaire et géopolitique aura finalement été suffisamment à la hauteur de l’événement pour lui permettre de conserver son siège.

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