Le 7 octobre 2026, Israël commémorera le troisième anniversaire du massacre. Le responsable a un nom : Gaza. Une société qui l’a préparé pendant des années, qui y a participé le jour venu, qui l’a célébré et qui ne l’a jamais désavoué. Cette responsabilité est celle d’un peuple, même si la culpabilité pénale demeure individuelle.

Vladimir Jankélévitch, philosophe, résistant et l’une des grandes consciences morales du XXe siècle, dénonçait, à propos de l’Allemagne, la fiction d’un peuple innocent des crimes de son régime. Mais Jankélévitch n’a pas écrit « les nazis ». Il a écrit « les Allemands ». Le massacre des Juifs, écrit-il,

« C’est un crime dont un peuple entier est plus ou moins responsable, et ce peuple, après tout, a un nom, et il n’y a pas de raison de ne pas dire le nom de ce peuple ».

Pour le 7 octobre, ce nom est Gaza.

Un crime perpétré au nom du djihad contre les Juifs engage la société qui l’a enfanté. Le 7 octobre ne se réduit ni aux commandos ni à leurs chefs. Chez Jankélévitch, un crime « perpétré au nom de la supériorité germanique engage la responsabilité nationale de tous les Allemands ». Dans ses pages, le parti nazi n’occupe presque aucune place : le coupable, c’est l’Allemagne.

Jankélévitch ne séparait pas le régime du peuple, parce que c’est le peuple qui avait fait le régime. Il parlait d’« un peuple unanimement groupé autour de son chef qu’il avait maintes fois plébiscité avec frénésie, […] en qui il se reconnaissait ».

Le parti nazi a été l’organisation par laquelle le peuple allemand s’en est pris aux Juifs, sur le terreau d’un antijudaïsme séculaire. Ce que ce parti était à l’Allemagne, le Hamas l’est à Gaza. C’est l’instrument de la société gazaouie au service du même objectif.

Le 7 octobre, des milliers d’assassins ont franchi la frontière pour tuer des Juifs chez eux. Ils ont torturé, violé, mutilé, brûlé des familles entières. Ils ont filmé leurs crimes pour en diffuser les images. Jankélévitch a nommé ce qui anime un tel crime : « Un Juif n’a pas le droit d’être ; son péché est d’exister. » Le 7 octobre en a été l’application littérale.

Des centaines de kilomètres de tunnels ont été creusés par des Gazaouis sous leurs maisons, leurs écoles, leurs mosquées et leurs hôpitaux. La machine nazie, écrivait Jankélévitch, « ne pouvait fonctionner que grâce à d’innombrables complicités » : « les bourreaux torturaient, et le menu fretin des petits criminels aidait ou ricanait ». Le 7 octobre, des civils gazaouis ont emboîté le pas aux commandos et participé à la tuerie. Des otages ont été détenus chez des familles ordinaires. Dans les rues de Gaza, des corps et des otages ont été exhibés devant des foules qui applaudissaient, crachaient et frappaient.

Gaza a cultivé la haine des Juifs et l’a transmise à ses enfants. Trois ans après, aucune voix collective ne s’est élevée pour dire : ce qui a été fait en notre nom est un crime. Les manifestations contre le Hamas portaient sur la cherté de la vie, la ruine et la guerre, jamais sur le pogrom. Isaac Herzog, le président d’Israël, l’a dit sans détour : « C’est toute la nation qui en est responsable. »

Gaza est l’expression extrême d’un islamisme mondialisé. À ce soutien s’ajoute celui d’une partie de l’Occident. Dès le 8 octobre, des cortèges défilaient dans les capitales européennes et sur les campus américains, tandis que des responsables politiques refusaient de qualifier le crime de terroriste.

On dit volontiers qu’« on ne fait la paix qu’avec ses ennemis ». Or, avec l’Allemagne , il n’y a pas eu de paix négociée. Il a fallu l’écraser au moyen d’une violence exrême et l’occuper pour en finir avec la guerre. « Sans les blindés de Joukov, de Patton et de Leclerc », écrit Jankélévitch, « l’Allemagne serait encore hitlérienne ». Il a fallu la bataille de Stalingrad, le débarquement de Normandie, les bombardements de Berlin, de Hambourg, de Cologne et de Dresde, la mort de centaines de milliers de civils allemands, puis une capitulation sans condition.

Nommer le mal est d’autant plus nécessaire que le monde s’emploie à l’effacer. « Les pervers, quand on leur parle d’Auschwitz, nous opposent les souffrances des Allemands pendant la guerre, la destruction de leurs villes », écrivait Jankélévitch en 1971. « Du train dont vont les choses, on finira par découvrir que les bourreaux sont les vraies victimes de leurs victimes. » Le ressort de ce retournement, Jankélévitch l’avait mis à nu : « Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. »

Une fois la victime transformée en bourreau, le crime commis contre elle cesse de compter, et la société qui l’a exalté se trouve absoute d’avance. « L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. »

Ce constat terrible de Jankélévitch traverse les époques :

« Les Juifs ont toujours tort : tort de vivre, tort de mourir ; tort de lutter les armes à la main contre les égorgeurs […], tort de se défendre, tort de ne pas se défendre. »

Une société a massivement préparé le 7 octobre, participé au carnage et glorifié ses auteurs. La responsabilité du crime ne s’arrête donc ni à ses organisateurs ni à ses exécutants : elle engage la société tout entière. Jankélévitch nommait l’Allemagne ; nous devons nommer Gaza. C’est au titre de cette responsabilité collective que Gaza est coupable.

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