PARACHA TAZRIA METSORA 5786 – vendredi 17 avril 2026 – 30 Nissan 5786
L’IMPORTANCE DE LA PAROLE
Dans ces deux parashot couplées on se pose la question de savoir quel est le dénominateur commun qui existe entre la fête de Pessah qui vient de se terminer, le premier sujet de Tazria à savoir les naissances et les périodes d’impureté qui suivent les accouchements et la lèpre.
À première vue, aucun lien évident ne semble unir ces différents thèmes. Pourtant, les Hazal (1) ont mis en lumière le fil conducteur qui les relie.
Selon l’enseignement des Sages à travers les générations, ce lien se trouve dans le mot Pessah, et plus précisément dans « Pe », qui signifie la bouche. Cet organe, essentiel, est celui par lequel l’être humain exprime sa gratitude envers D., prononce des louanges et adresse ses prières à son Créateur. C’est également par la bouche que se transmet la tradition, que l’on se nourrit, que l’on bénit… mais aussi, parfois, que l’on peut blesser.
Car il existe une réelle différence entre maudire et médire. Si ces deux termes semblent proches, leur sens est distinct :
médire, c’est calomnier, dire du mal d’autrui ;
maudire, c’est appeler sur quelqu’un le malheur, voire des fléaux.
Ainsi, la bouche apparaît comme un outil puissant, capable du meilleur comme du pire, et dont l’usage engage profondément la responsabilité de chacun.
Nous avons vu ces dernières semaines que certaines fautes, très graves, ont pu être rachetées plusieurs générations plus tard telle la faute de la médisance de Joseph sur ses frères et, la médisance est une faute sanctionnée par la lèpre (צרעת) dont il sera question dans la deuxième partie de la sidra.
Le péricope s’intéresse à la femme qui accouche d’un garçon ; suivent toutes les considérations concernant la période d’impureté de l’accouchée et la façon dont elle devra remercier l’Éternel de l’avoir secourue lors de cet acte de don de la vie : elle devra apporter au Temple un sacrifice. Cependant, si elle n’avait pas les moyens de faire un sacrifice important, il est prévu que la jeune-femme puisse offrir un sacrifice bien plus modeste.
Les Sages ont évoqué plusieurs raisons au fait que la parasha commence par des problèmes d’accouchement ou parce que l’accouchement est suivi par les problèmes de lèpre dans toutes ses acceptions. Le Maharal souligne que pendant les 9 mois où le fœtus séjourne dans la matrice maternelle, un ange enseigne au futur enfant tout ce que renferme la Torah et, au moment de naître, le bébé reçoit un coup sur sa lèvre supérieure qui lui fait oublier tout ce qu’il avait appris pendant les neuf mois de grossesse. Dès le moment où il commence son existence terrestre, il pourra comprendre que la vie ou la mort seront en son pouvoir ainsi qu’il est écrit : הלשון ביד וחיים ומוות) Proverbes – mishlé XVIII, 21) La mort ou la vie sont au pouvoir de la langue. En grandissant, le bébé comprendra qu’il aura intérêt à savoir comment préserver sa bouche de la médisance.
En regardant du côté du Midrash Raba, le lien entre le sacrifice apporté par l’accouchée et la lèpre apparaît beaucoup plus évident et voici pourquoi : en demandant à l’accouchée de présenter un sacrifice, il se peut que le mari accepte de bon cœur d’offrir les bêtes demandées mais il est possible aussi que le mari refuse en prétextant que c’est au-dessus de ses moyens. Il se pourrait fort bien que la conjoncture oblige cet homme à montrer qu’il a menti à cause de sa mesquinerie ou de son avarice. Auquel cas, il pourrait être amené à vivre un certain temps à l’écart et à devoir offrir un autre sacrifice.
La lèpre biblique est différente de la lèpre qui s’attaque à d’autres peuples et qui est une affection grave mais très contagieuse. La tsaraât צרעת, n’est pas une maladie et elle n’est pas contagieuse. Elle peut tout d’abord attaquer les murs d’une maison, les vêtements et finalement la peau de la personne.
Il existe 72 sortes de marques que le Cohen doit observer avant de déclarer que les signes examinés sont bien des signes de tsaraât ou pas et il est du devoir du Cohen de déclarer à voix haute « impur » ou « pur ».
Les instructions sont très détaillées concernant les marques et les teintes laissées par l’affection cutanée et, par exemple, il est écrit que si le Cohen ne s’y entend pas, il peut demander le concours d’un spécialiste qui lui dira si la tâche est pure ou impure. De même, un Cohen qui n’aurait pas la permission de bénir le peuple en raison d’un défaut physique ou d’une imperfection pourra affirmer « pur » ou non. En revanche, un aveugle ne pourra pas accomplir ce devoir car il est écrit que le Cohen doit voir.
Le Cohen Gadol est revêtu d’un « méîl », manteau, dont le bas est garni de 72 clochettes (36 devant et autant derrière). Le chiffre 72 est en rapport avec les 72 apparences de la lèpre.
Le mot « tsaraât » par sa première syllabe donne une impression d’étroitesse, comme l’expression « tsarout âyin » (עין צרות) ou mesquinerie. Les Sages ajoutent que ce vocable vient en fait de la contraction de deux mots metso-râ ou « qui sort du mal » en expliquant ceci de la manière suivante : en pratiquant le « lashon harâ », on provoque du mal à la personne sur laquelle on a dit du mal2.
Dans le Zohar, les Rabbins commentent ainsi le lashon harâ : la médisance atteint la « ahdouth Israël »3 si gravement qu’elle la divise en trois au lieu de la laisser en une unité absolue : kedousha berikh Hou (HaKadosh Baroukh Hou), Oraïta (Torah) et Israël.
C’est un peu pour cela que la mort des 24,000 élèves de Rabbi Aquiba pendant la période de l’Omer nous interpelle car, ils n’avaient pas de considération l’un pour l’autre et cette indifférence ressentie par chacun d’eux vis-à-vis de son semblable a atteint des sommets tels que ces disciples sont arrivés à mettre en péril les règles les plus basiques de la société qui requièrent la prudence la plus absolue dans la médisance et juger les gens favorablement, être bon, donner de soi, aider et pratiquer la charité.
C’est à propos de mesquinerie que Noé a maudit son petit-fils Canaân : en effet, lorsque Ham, le fils de Noé, comprit que celui-ci avait sans doute l’intention de procréer à nouveau, et d’avoir un quatrième enfant, il décida de castrer son père. Et, de cause à effet, Noé proféra une malédiction sur le quatrième fils de Ham !
Lorsqu’un homme est atteint de tsaraât, il doit raser tous les poils de son corps en particulier sa chevelure (symbole d’orgueil), sa barbe (qui entoure la bouche et donc qui embellirait la médisance) et ses sourcils (témoins du regard de l’homme).
Au contraire, l’aîné des enfants d’Amram et Yokhéved, Aharon le Cohen, n’avait qu’un œil bienveillant ; ainsi, lorsqu’il apprit que son « jeune » frère était choisi par HaShem pour exercer une fonction supérieure à la sienne, il l’accueillit de bon gré et avec bienveillance.
Caroline Elishéva REBOUH
1 – Hazal = Hakhamim Zikhram Livrakha ou les Sages, de mémoire bénie.
2 – Le lashon harâ n’est interdit que s’il n’a aucune utilité comme pour éviter que quelqu’un ne tombe dans les griffes d’un quidam et que cela puisse lui attirer des ennuis.
3 – Ahdouth Israël : unicité du peuple d’Israël.










