Chroniques du Désert

Nous sommes retournés dans le désert. Il est difficile de résister à son appel !

Apres le Néguev, le désert de Judée nous accueillait. Et toujours ces paysages majestueux et envoûtants  baignés de lumière dorée et toujours aussi cette sensation étrange de remonter les temps et de mettre ses pas dans les pas des Patriarches.

Oui, ces lieux parlent, ils racontent notre Histoire… Ils racontent l’histoire du jeune berger David fuyant la fureur du roi Saül, ou celle deבן נון  יהושוע -Josué- successeur de Moise, pendant la bataille de Jéricho. Avec un rien d’imagination on pouvait entendre les murailles de la ville s’effondrer au son du http://fr.wikipedia.org/wiki/Schofar Shofar que sonnaient les Cohanims…

Ou encore l’histoire de ces grottes de Qumran, dans lesquelles un berger bédouin mit à jour les preuves, s’il en fallait, de l’historicité de nos Ecritures.

Le désert, comme son nom « Ha Midbar » l’indique, est le lieu de la Parole. Un lieu propice à  toutes sortes de paroles; Et les randonneurs de l’Espace Francophone ne s’en privent pas, ils se racontent, eux dont chacune des histoires personnelles est un maillon de notre Grande Histoire collective.

Comme celle de Rina, belle et douce, au visage empreint d’une grande noblesse. Une mère juive telle qu’on les rêve, tendre et généreuse, vaillante et courageuse, une « Eshet Hayil » telle que l’a décrite le Roi Salomon.

« Déposée » à l’âge de quinze ans avec sa famille à Dimona en 1956, elle a contribué avec d’autres, contre vents et marées, à « bâtir » cette ville, tout comme aussi ces familles déracinées de leur Maroc natal, ont bâti sur les dunes de sable, la ville d’Ashdod que des Aliots successives ont transformée depuis en une cite radieuse.

Et Rina de raconter de sa voix douce et paisible l’épopée de ces vrais pionniers : Son métier d’infirmière, véritable sacerdoce dans les quartiers défavorisés, les épreuves et l’adversité et les stigmates qui marquent encore les visages et les corps de certains d’entre eux. Mais aussi le bonheur d’avoir tout surmonté et d’avoir eu raison de ceux qui, en tentant de les anéantir, ont renforcé leur identité et donné  du sens à leurs sacrifices.

Son nom n’est pas dans les livres d’Histoire. Peut être parce que la vraie Histoire de ce pays reste encore à écrire. Et rappeler ces destins oubliés, c’est rendre justice à ces obscurs, à « ces sans grade » et à tous ceux qui ont écrit de leur sang et de leurs larmes des pages méconnues de l’Histoire d’Israël…

Et lui, c’est Jean Claude. Ce qu’il nous a raconté, anecdotique à première vue, est pourtant emblématique du parcours de beaucoup d’entre nous.

Jean Claude a découvert, au hasard d’une lecture, pourquoi le petit nom par lequel on l’appelait dans son enfance à Tunis, était « Lulu ». Il ne voyait pas bien le lien entre « Lulu » et « Jean Claude ». Nous non plus !

En fait, son prénom de « circoncision » était « Eliyahou » qui s’est rapidement transformé en « Elie ». Mais ses parents, soucieux de sa future intégration dans la société française, l’avaient doté d’un prénom bien français « Jean Claude » qu’ils utilisaient d’ailleurs assez peu. Ils l’appelaient régulièrement par un surnom  de « Elie » qui était « Lahlou » lequel surnom, prononcé avec l’accent tunisien, avait peu de chances de favoriser quelque intégration que ce soit. D’où l’idée de franciser le surnom lui-même. Et « Lahlou » donna naturellement « Lulu ».

Aujourd’hui après l’Alyah, Jean Claude a réintégré dans sa té’oudat zéout son prénom « Elie ». Tout est rentré dans l’ordre, ou presque !

Mais derrière cette anecdote somme toute assez banale, il y a en condensé, l’histoire des juifs en Afrique du Nord colonisée, leur volonté d’intégration à la société et à la culture françaises et leur obsession de tout franciser, avant de retrouver, pour certains d’entre eux, leurs racines en Israël. C’est, pour reprendre l’expression de Manitou, une histoire « de ces Juifs redevenus hébreux ». A noter que le nom de famille de Jean Claude est … « Sarfati ». Français, ca ne s’invente pas !

On savait que les randonnées à l’Espace Francophone ne consistaient pas seulement à marcher, elles sont aussi l’occasion d’échanger, de partager, d’apprendre et de se cultiver. On avait coutume de dire que c’était des randonnées avec « la tête et les jambes ». Je crois qu’on peut y ajouter aussi « avec le cœur, avec les émotions et pourquoi pas, avec un zeste de … spiritualité.

 

                                                           Jacques Soussan

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