photoNous, parents,  souhaitons tous à nos enfants une intégration réussie en Israël. Pour y parvenir, la maîtrise de l’hébreu est bien évidemment indispensable.

Certains enfants font leur Alyah sans connaître un mot d’hébreu, d’autres naissent en Israël dans des familles ou les aînés conversent en hébreu et les parents en français.

De nombreuses situations de bilinguisme sont possibles. Toutefois, « un bilinguisme réussi se construit de façon naturelle. C’est le fruit d’une éducation et d’un environnement où chaque langue a sa place, sur le plan affectif, culturel et social.» ¹ 

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Mon enfant est-il bilingue?

Selon le linguiste Van Overbeke, le bilinguisme est la « capacité à se mouvoir efficacement dans deux mondes parlés au moyen de deux idiomes (langues) »².

Le bilingue  peut passer d’une langue à l’autre selon les besoins de son expression.

Si votre enfant maîtrise parfaitement l’hébreu et le français, le bilinguisme est dit «  idéal ».

Si votre enfant acquiert le français et l’hébreu en milieu naturel d’une façon informelle  avant la scolarité obligatoire à l’âge de 5-6 ans, c’est un bilingue « précoce ».

Si votre enfant acquiert en même temps l’hébreu et le français, le bilinguisme est « simultané ». C’est le cas d’enfants nés en Israël qui entendent parler français à la maison et hébreu à la crèche ou au gan.

Si votre enfant a d’abord acquis le français (alors considérée comme la langue maternelle)  puis l’hébreu, le bilinguisme est appelé « consécutif ».

C’est le cas de l’enfant qui parle déjà français avant de faire son alyah avec toute sa famille.

Le bilingue peut toutefois avoir une langue « dominante » dans laquelle il sera plus à l’aise pour s’exprimer.

Mon enfant a un cerveau de bilingue : atout ou handicap ?

Certains parents, « ganenot » ou enseignants s’imaginent que le cerveau est en quelque sorte unilingue et que d’apprendre deux langues simultanément risque de créer une surcharge de travail cognitif pouvant entraîner un retard dans le développement du langage chez leur enfant. C’est faux : le cerveau est bel et bien « bilingue », c’est-à-dire apte à apprendre deux langues (voire plus) en même temps sans se surcharger ni subir de retard. Selon le Pr. Fred Genesee, si les enfants ont suffisamment d’exposition à chacune des langues, ils apprennent les deux aussi facilement qu’une seule.

Certaines études ont montré que l’apprentissage de deux langues offrait certains avantages sur le plan cognitif .Les enfants en situation de bilinguisme auraient une plus grande aisance à transférer leur attention d’une chose à l’autre, à faire fi des distractions et à se concentrer sur les informations pertinentes pour une tâche. (Par exemple : résoudre un problème de mathématiques en portant attention seulement à l’information importante).

En effet, l’enfant exposé à plusieurs langues jongle d’une langue à l’autre, entend des sonorités variées et des phrases construites différemment. Il est confronté à des perceptions différentes d’une même réalité.

Ainsi, l’enfant bilingue s’exerce très tôt à une gymnastique mentale, développe de nouvelles  stratégies de travail, ce qui est un véritable atout.

En quelle langue dois-je parler avec mon enfant ?

Pour aider votre enfant à apprendre le français et l’hébreu, il a besoin d’une exposition fréquente aux deux langues, sous forme d’échanges verbaux  répétés (l’interaction rendant l’exposition active, plus motivante et donc plus efficace).

 Vous pouvez y parvenir de différentes façons :

– « un parent-une langue » : un parent parle à l’enfant dans une langue; l’autre parent lui parle dans l’autre langue.

– « un endroit-une langue » : une langue est parlée à la maison; l’autre langue est parlée à l’école, par exemple.

– « une activité-une langue » : une langue est parlée à l’heure du bain; l’autre langue est parlée au moment des devoirs.

L’approche un parent –une langue favorise l’usage de la langue maternelle à la maison tout en exposant votre enfant aux deux langues. Toutefois, si vous n’êtes pas à l’aise en hébreu,  il vaut mieux utiliser le français de façon à donner de bons modèles langagiers  à votre enfant. Une solide base en français facilitera son apprentissage de l’hébreu.

Si vous posez une question en français  à votre enfant et qu’il vous répond en hébreu, ne le forcez pas à éliminer l’hébreu. Continuez cependant à lui parler en français et essayez  de mettre en place plus d’activités en français pour favoriser l’apprentissage de cette langue.

Donc si vous voulez l’aider en français et en hébreu, parler lui en « bon français » !

Nommez les objets de façon précise en évitant les mots « fourre- tout » comme « truc » ou « machin », parler de votre journée ou de vos sentiments en français, chanter lui des chansons françaises,  lisez-lui des histoires et comptines françaises, regardez avec lui des dessins animés (si possible éducatifs)…

Si mon enfant apprend deux langues, il risque de tout mélanger et d’avoir un retard de langage : vrai ou faux ?

Parfois, l’apprenti-bilingue peut commencer à parler un peu plus tard que la moyenne ou mettre un peu plus de temps pour construire des phrases. Mais ce retard n’est que provisoire.

Il est freiné pour « parler » mais stimulé à « penser la langue » différemment du monolingue : il doit non seulement mémoriser mots et formulations dans les deux langues mais également  effectuer des opérations mentales de classements, oppositions et comparaisons entre les deux langues.

En aucun cas, le bilinguisme est à l’origine de troubles du langage, et les études soulignent que même en cas de troubles du langage dans une langue, l’apprentissage d’une autre langue n’est pas néfaste pour l’enfant et ses capacités de communication.

«Maman, quels bgadim  je vais mettre au tioul de demain? » 

Nombreux sont les enfants qui mélangent l’hébreu et le français dans une même phrase ; cela n’est pas un signe de confusion. Un enfant, qu’il soit unilingue ou bilingue, a souvent un vocabulaire limité. Mais l’enfant bilingue a un atout : il peut utiliser un mot de l’autre langue quand il ne connaît pas son équivalent dans celle qu’il est en train de parler.

Le mot hébreu présent dans une phrase en français est généralement utilisé « à la bonne place », dans le respect des structures de la phrase construite en français.

Si votre enfant présente des difficultés d’articulation, déforme les mots ou construit mal ses phrases, ce n’est pas dû au bilinguisme, mais bien à son retard de parole ou langage.

Par contre,  les difficultés liées au retard de parole ou de langage apparaîtront  souvent dans les deux langues.

De ce fait, en tant que parents, votre attitude est déterminante pour l’évolution de votre enfant. Posez-vous des questions quant à son langage. Si votre enfant présente un retard de parole, ne pensez surtout pas que cela passera tout seul. Il peut en souffrir et il vaut mieux qu’il ait compensé son retard avant d’entrer en CP (‘כיתה א), âge de nombreux autres apprentissages.

Si vous avez le moindre doute, demander l’avis d’un(e) orthophoniste qui saura effectuer un bilan précis du langage de votre enfant. Un(e) orthophoniste francophone vous est d’autant plus conseillé(e) car il (elle)  saura évaluer les compétences et les difficultés de l’enfant en français et en hébreu de façon plus objective et pourra  proposer une aide aux parents en français comme en hébreu.

J’espère que ces informations et conseils aideront votre enfant dans sa conquête du langage !

Pour toute question, vous pouvez me contacter par téléphone ou par mail.

Vicky STROCK – pour Ashdodcafé.com

Orthophoniste Diplômée de la Faculté de Médecine de Marseille
Titulaire d’une licence de Sciences du Langage Bilingue français-hébreu
Tel : 0548306625

Mail : victoriastrock@yahoo.fr

¹ Mazy Varraud, Valérie Alis(1995) : L’apprenti parleur, éditions Grancher, Paris.

² Van Overbeke, Maurice (1972) : Introduction au problème du bilinguisme, Langue et Culture, éditions Labor, Paris.

 

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