Au moment où ces lignes sont écrites, nul ne peut prédire les événements qui se produiront dans la confrontation mortelle entre le Hamas et l’Etat d’Israël. Pourtant des questions de fond apparaissent, liées aux « massacres » prétendument commis par l’armée israélienne, présentée néanmoins comme « l’une des plus morales du monde » et dont aucun coup de feu ne part sans l’avis préalable d’un juriste spécialiste de droit international public. Avec quel résultat?

Sur LCP, chaîne du service public, face à Meyer Habib, et à côté d’Alain Gresh dont l’antisionisme passionnel va en s’aggravant, un jeune militant de l’on ne sait quelle organisation humanitaire affirmait « qu’un enfant palestinien était tué tous les trois jours par les forces de Tsahal »!  Ainsi, en 2014, il est possible pour cette nouvelle génération de perdre le sens commun au point de paraître sortir du Moyen Âge lorsque les Juifs étaient accusés de dévorer des enfançons chrétiens à Pessah.

Quelle argumentation morale peut prendre sur une conscience aussi enténébrée dont la lie est formée par tout ce que l’enseignement multiséculaire du mépris, si fort dénoncé par Jules Isaac, y a accumulé d’ordures et de déchets! En va t-il autrement, à un autre endroit du monde, en Afrique du Sud, lorsque l’un des principaux leaders de l’ANC, Jessie Duarte, déclare qu’Israël ne se comporte pas autrement à Gaza qu’un régime nazi? Là encore comment ne pas déceler dans cette attitude la rémanence de cet enseignement du mépris dont le dialogue inter-religieux mondain masque la présence persistante et les insupportables transpositions politiques? Le reste à l’avenant.

En fait de guerre, quiconque s’autorise à donner des conseils doit démontrer qu’il paye de sa personne. Je ne m’aventurerais pas à donner des « conseils » au gouvernement d’Israël. Il lui faut juste réaliser qu’une argumentation morale n’a de sens que pour des consciences qu’anime cette préoccupation et non pas vis à vis d’engeances qui s’en prévalent cyniquement comme une arme contre un ennemi dont elles cherchent obstinément l’extermination. Car tant du point de vue de la morale que du droit de la guerre, doit être réellement considéré comme « crime » non pas le ciblage de combattants en action mais les tirs de missiles délibérés et simultanés sur des populations entières, sur des installations civiles, sur des écoles, des usines, des aéroports. Pour le dire dans le langage de la philosophie politique, le Hamas, qui s’estime délié de toute Loi, à part la sienne, est comme retourné à l’état de nature. Considérant qu’entre deux cessez-le feu, il ne sait rien faire d’autre que reconstituer ses arsenaux, que de creuser encore et encore par centaines des tunnels de contrebande pour espérer qu’un jour il atteindra son objectif ultime: la destruction de l’Etat juif, quelle réaction morale s’impose sinon de lui en ôter cette fois définitivement le goût?

Dans une récente déclaration Tony Blair a assuré qu’il n’était pas au pouvoir d’Israël d’annihiler cette organisation, qu’il appartenait à la population palestinienne elle-même de s’en charger. Déclaration réaliste ou souhait à mots couverts? Elle conduit en tous cas à répéter que ceux des habitants de Gaza qui transforment leurs habitations en entrepôts pour les artificiers du Hamas, en sont moralement et légalement les receleurs et les complices.

Les porte-paroles de l’armée israélienne le rappellent à toutes fins utiles. Mais l’assertion de Tony Blair appelle une autre remarque. Après les bombardements de la côte anglaise et de Londres par la Luftwaffe en 1940, quelle promesse Churchill en personne a t-il faite au peuple anglais? Qu’il n’y aurait aucune négociation avec Hitler et que l’Allemagne nazie ne tarderait pas à comprendre ce qu’il en coûte de s’être donnée à un psychopathe de cette envergure. En 1944 et en 1945, c’est par des centaines de milliers de morts que la RAF en fit la démonstration. On perçoit aussitôt l’objection: « Ne procédez vous pas à un dangereux amalgame entre deux situations qui n’ont rien de commun? ».Tant à éviter les amalgames autant les éviter des deux côtés. Et puis, s’agissant du Hamas est ce vraiment un amalgame de cette sorte? Constatant qu’il n’est pas un seul mètre carré du territoire d’Israël, de Sdérot à Haïfa, à l’abri de ses missiles, imaginons un instant, ce qu’au Ciel ne plaise, ce qu’il adviendrait à la population civile d’Israël, hommes, femmes et enfants, si Tsahal vaincue les forces du Hamas se trouvaient en mesure de franchir ses frontières et de pénétrer rue Ben Yéhouda à Jérusalem ou rue Allenby à Tel Aviv … A ce moment, qui reprendra dans le monde le chant funèbre de la « Morale » à sens unique?

Raphaël Draï – Actu J

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