Au départ, il s’agissait de célébrer Hanoukka avec mes enfants en France. Banal, et pas de quoi écrire un article. Sauf que…

Sun d’Or, la compagnie charter d’El Al, est connue pour ne pas briller par son exactitude et la facilité de ses voyages.
Mais elle est la seule qui relie directement Tel Aviv à Nice et retour hors saison.
Il y a bien Easy Jet, mais Easy Jet refuse catégoriquement et sans nuance de transporter des animaux : même ma Cannelle, un bout de chien d’un kilo et demi, qui se voit à peine, ne prend pas de place, et dort obstinément.
Allons-y donc pour Sun d’Or, qui doit décoller à 18h40 de l’aéroport Ben Gourion.
L’avion ne décollera jamais : il est en panne. Il faudra en attendre un autre. Les voyageurs sont fatigués par plusieurs heures de patience.

Additionnées aux trois heures précédant l’embarquement qu’on nous demande de respecter, cela fait beaucoup.

Les enfants s’énervent, certains sont secoués par leurs parents, et je ne vais pas tarder à me transformer en Zorro des moins de 10 ans, car je déteste qu’on porte la main sur un gosse !

Seule Cannelle, mon bout de chien, reste imperturbable et gentille. Finalement nous embarquerons quatre heures plus tard dans un autre avion.
Jusque-là, nous serions tentés de dire qu’il n’y a rien d’exceptionnel à cette situation.

Nous arrivons à Nice à 1:30 h du matin à Nice.

Visiblement les douaniers ne sont pas contents d’avoir dû rester plus longtemps avant la fermeture de l’aéroport. Moi qui ai toujours le regard en périscope, j’aperçois parmi eux une douanière à l’air pincé, le regard peu amène. Et pour pincer, elle pinça. Moi!!!
Elle décida de contrôler mon bout de chien, dont, vous vous en doutez bien, les papiers étaient parfaitement en règle, mais écrit en hébreu et en anglais ! Catastrophe pour moi car l’enquiquineuse ne me semble pas avoir beaucoup de lettres.

Avec l’air de procéder au contrôle d’un narco trafiquant, elle me demande si Cannelle a reçu le vaccin contre la rage. Tranquillement je lui réponds : oui, vous avez le pouce posé sur le tampon.
Connaissant les accès d’autorité des gens qui ont peu de pouvoir, mais suffisamment quand même pour titiller autrui, je me garde bien de l’attaquer frontalement. D’ailleurs je n’aurais aucune raison de le faire.

Mais après trois quarts d’heure de contrôle je lui pose d’une voix tranquille une question évidente : pourquoi ce contrôle dure-t-il si longtemps ? Que cherchez-vous ?  Je suis fatiguée, et surtout et les papiers de mon chien sont en règle, sinon je n’aurais pas pu la sortir d’Israël.
Elle me répond que si je commence comme ça elle va me faire ouvrir tous mes bagages.

Elle semble désarçonnée lorsque je rétorque tranquillement : faites-le, je ne peux pas m’y opposer. Mais répondez quand même à ma question légitime. Elle me jette un regard torve et ne me répond pas.
Elle disparaît je ne sais où. Elle revient longtemps après en me disant qu’elle pourrait renvoyer le chien en Israël à mes frais. Pourquoi ? Elle bredouille.
Je suis sûre qu’elle l’aurait fait si son supérieur n’était intervenu, beaucoup plus tard hélas, pour à son tour affirmer son pouvoir et me dire : ça va bien pour cette fois-ci, vous pouvez passer.

Mais qu’est-ce qui va bien pour cette fois-ci ? Tout était en ordre. J’ai le certificat émanant du Ministère de l’agriculture Israélien qui atteste que ma chienne a bien été vaccinée contre la rage et même que les analyses effectuées ensuite en laboratoire confirment que les anticorps font leur travail.

Alors quoi ? D’où vient le problème ? Je suis très loin de m’en douter.

Car lorsque je me tourne à nouveau vers la douanière qui ressemble à une mauvaise herbe sur le chemin, lorsque je lui demande : dites-moi au moins d’où vient le problème ? Je suis sortie sans encombre d’Israël, où ils sont aussi très attentifs aux animaux transportés.

Elle me répond, ou plutôt non elle me crache : c’est peut-être CHEZ VOUS comme ça, mais pas ici, pas chez nous.
Ah c’est donc ça ! C’est donc que nous venons d’Israël !

D’Israël, ce pays sanguinaire, injuste, colonialiste, buveur de sang, ce pays d’amoureux de la vie qui approvisionne Gaza, soigne leurs malades, prévient la population de se mettre à l’abri lorsqu’il va bombarder en représailles, ce pays qui accorde le poste de chef de service à tout médecin arabe qui en a les capacités…. ! !!!

Ce CHEZ VOUS claque comme un SALE JUIF qui ne voudrait pas s’exprimer, parce qu’on ne peut pas le faire sans conséquences. Encore que.
Tout mon être se redresse, toute ma fatigue s’envole, je retiens ma colère comme une Ferrari qui s’emballe, je la regarde dans les yeux, cette ignorante méprisable, et je lui dis : chez moi ? Mais c’est ici aussi CHEZ MOI!!! Et peut-être plus CHEZ MOI que CHEZ VOUS. Je vous ai peut-être enseigné la littérature française : mais à bien vous regarder je ne crois pas que vous ayez fréquenté la fac. Ce CHEZ VOUS comminatoire que vous avez prononcé devant témoins, même si vos collègues garderont le silence, j’ai bien envie d’aller le raconter au commissariat, pour commencer. Et sur ces paroles je m’apprête enfin à sortir de cet embourbement.

Au total l’aventure avec cette charmante fonctionnaire française durera deux heures!
Deux heures pendant lesquelles les miens m’attendent dans le hall désert.

Je dois avouer pourtant que je n’eus pas le dernier mot. C’est Cannelle qui, ayant si longtemps attendu, dépose un pipi très israélien sur le comptoir de ces messieurs-dames! Et toc !

©Yaël König pour Ashdodcafe.com

 

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