Parasha VAETHANANE
Horaires allumage à Ashdod: 18h54 – Fin: 20h02

Cette sidra est la première des sept péricopes dites de consolation, la première qui se situe après le 9 Av, triste date du rappel de la destruction du premier et du deuxième temple. Les années précédentes nous avons analysé le comportement de Moshé Rabénou qui, à travers 515 prières différentes supplie le Saint béni soit-IL de lui donner la permission d’entrer dans ce pays d’Israël que ne verront pas non plus tous ceux qui ont été les témoins des prodiges et des miracles occasionnés lors de la Sortie d’Egypte, ou des épisodes malencontreux qui ont émaillé ces années de pérégrinations dans le désert par manque de confiance et d’émouna.

Dans cette section hebdomadaire, nous écouterons avec émotion, piété et une grande concentration pour la deuxième fois la lecture des dix commandements. En fait, la première fois est au cours de la section de Yitro où nous revivons le fait que le peuple campe au pied du mont Sinaï et entend et « voit » la gravure des dix « paroles » divines sur la roche des tables de la Loi et, dans cette section-ci on entendra encore l’énoncé de ces dix paroles avec toutefois quelques modifications mineures.

Cependant, le Midrash Tanhouma fait remarquer que, dans la sidra de KEDOSHIM, le texte des commandements est repris dans le même ordre mais en employant une terminologie différente et en employant parfois le pluriel, signe de collectivité. Ainsi fait remarquer le grand Sage :

VAYIKRA – KEDOSHIM EXODE – YITRO
אני ה’ …                                       . אנוכי ה’…                                     . 1
אל תפנו אל האלילים לא יהיה לך אלוהים אחרים על פני 2
לא תשבעו בשמי לשקר לא תישא את שם ה’ 3
את שבתותי תשמרו זכור את יום השבת לקדשו 4
איש אמו ואביו תראו כבד את אביך ואת אמך 5
לא תעמוד על דם רעך לא תרצח 6
מות יומת נואף והנואפת לא תנאף 7
לא תגנבו לא תגנוב 8
לא תלך רכיל ברעך לא תענה ברעך 9
ואהבת לרעך כמוך לא תחמוד 10

 

Le Midrash reprend le même argument en soulignant le fait que certains des commandements dans kedoshim sont au pluriel alors que dans Yitro ou Vaethanane, les commandements sont au masculin singulier. Pour cela, le midrash rapporte un enseignement de Rabbi Yéhoshoua ben Lévy au nom de Rabbi Shim’ôn bar Yohay selon lequel, Moïse possédait parfaitement l’art du plaidoyer de défense car le grand Prophète avait défendu le peuple auprès du Tout Puissant en prétextant que le peuple ne s’était pas senti concerné en tant que communauté/peuple puisque les paroles divines étaient à la deuxième personne du masculin singulier, il était possible de comprendre que ces paroles n’étaient adressées qu’à Moshé c’est pourquoi, dans Kedoshim, l’ordre des ordonnances est resté le même mais  souvent la formulation était au pluriel.

Les commentateurs se sont interrogés pour savoir pour quelles raisons ces paroles étaient répétées à trois reprises et la réponse, selon eux, est qu’étant donné que les 613 mitsvoth ne s’adressent pas à tous (certaines s’adressant aux cohanim, d’autres aux agriculteurs, aux femmes etc…) ces dix paroles, elles, concernent tout un chacun.

Dans Vaethanane, la comparaison des textes met en évidence une différence beaucoup moins importante que celles montrées ci-dessus en effet voici un tableau :

DEVARIM – VAETHANANE EXODE – YITRO
Je suis l’Éternel, ton D., qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclavage. Je suis l’Éternel, ton D., qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage. 1
Tu n’auras point d’autre D. que moi. 7 Tu ne te feras point d’idole, l’image de quoi que ce soit dans le ciel en haut, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. 8 Tu ne te prosterneras point devant elles, tu ne les adoreras point; car moi seul, l’Éternel, je suis ton D., D. jaloux, qui poursuis le crime des pères sur la troisième et la quatrième générations, pour ceux qui m’offensent, 9 et qui étends mes faveurs à la millième, pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements Tu n’auras point d’autre D. que moi. 3 Tu ne te feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. 4 Tu ne te prosterneras point devant elles, tu ne les adoreras point; car moi, l’Éternel, ton D., je suis un D. jaloux, qui poursuis le crime des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième générations, pour ceux qui m’offensent ; 5 et qui étends ma bienveillance à la millième, pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements 2
Tu n’invoqueras point le nom de l’Éternel, ton D., à l’appui du mensonge; car l’Éternel ne laisse pas impuni celui qui invoque son nom pour le mensonge Tu n’invoqueras point le nom de l’Éternel ton D. à l’appui du mensonge; car l’Éternel ne laisse pas impuni celui qui invoque son nom pour le mensonge 3
Observe le jour du Sabbat pour le sanctifier, comme te l’a prescrit l’Éternel, ton D.. 12 Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires ; 13 mais le septième jour est la trêve de l’Éternel, ton D. : tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l’étranger qui est dans tes murs ; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. 14 Et tu te souviendras que tu fus esclave au pays d’Egypte, et que l’Éternel, ton D., t’en a fait sortir d’une main puissante et d’un bras étendu ; c’est pourquoi l’Éternel, ton D., t’a prescrit d’observer le jour du Sabbat. Pense au jour du Sabbat pour le sanctifier.8 Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires, 9 mais le septième jour est la trêve de l’Éternel ton D. : tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes murs. 10 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment et il s’est reposé le septième jour ; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du Sabbat et l’a sanctifié 4
Honore ton père et ta mère, comme te l’a prescrit l’Éternel, ton D., afin de prolonger tes jours et de vivre heureux sur la terre que l’Éternel, ton D., te destine. Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel ton D. t’accordera. 5
Ne commets point d’homicide  Ne commets point d’homicide 6
Ne commets point d’adultère. Ne commets point d’adultère 7
Ne commets point de larcin Ne commets point de larcin 8
Ne porte point contre ton prochain un faux témoignage. Ne rends point contre ton prochain un faux témoignage 9
Ne convoite point la femme de ton prochain, et ne désire la maison de ton prochain ni son champ, son esclave ni sa servante, son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain.  Ne convoite pas la maison de ton prochain; Ne convoite pas la femme de ton prochain, son esclave ni sa servante, son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain 10

 

Sont surlignés les mots qui figurent en supplément ou à la place d’autres paroles et font la différence entre les deux péricopes.

Le texte des Dix Paroles dans la Parashat Yitro est celui qui fut gravé par HaShem sur les premières tables de pierre qui furent brisées par Moïse lorsqu’il descendit du Mont Sinaï et qu’il aperçut le spectacle navrant qui s’offrait à sa vue de ceux, parmi l’assistance qui s’étaient laissés convaincre de se prosterner devant le veau d’or. Le texte de la parashat vaet’hanane est celui qui s’est retrouvé inscrit sur les secondes tables de pierre.

Ce texte se trouve légèrement modifié, par l’ajout de certains vocables ou l’ordre inversé de certains autres, surtout pour ce qui concerne le respect du shabbat dans le but de bien expliquer aux récipiendaires ce qui doit être fait. Le premier mot ZAKHOR est « remplacé » par SHMOR qui, d’après la Tradition orale sont deux mots qui ont été prononcés ensemble ainsi que l’expose magnifiquement le grand poète et cabaliste Shlomo Alkabets¹ dans ce cantique que toutes les communautés entonnent au cours de l’office du vendredi soir : LEKHA DODI les mots Shamor veZakhor ont été prononcés ensemble et en une seule fois pour exprimer le fait que de se souvenir de la Création du Monde et du Premier Shabbat de l’Humanité et de la Sortie d’Egypte sont indissociables du fait que nous ayons le devoir d’observer ce repos hebdomadaire, nous et tous ceux qui partagent notre vie au quotidien même les étrangers ou même les bêtes qui nous servent.

D’après Rashi, l’acception de « shamor » comprend une dimension sociale étant donné que le peuple se trouve à la veille d’entrer dans ce pays de Canaan, terre promise aux patriarches.

Le Zohar, qui met souvent face à face le dualisme renfermé dans les choses, souligne que shamor et zakhor sont complémentaires et permettent d’atteindre à la perfection car zakhor implique une action, une dynamique, alors que shamor est davantage statique pour ne pas dire extatique ou contemplatif.

Ainsi qu’il a été dit plus haut, certains mots ont été ajoutés ou inversés par rapport aux premières tables car il était important d’y mettre un accent emphatique.

Caroline Elisheva REBOUH


¹Rabbi Shlomo Alkabets, né à Salonique en 1505 et mort à Safed en 1584. Cabaliste et poète auteur des livres : Manoth HaLévy, Beith HaShem, Brith HaLévy, Shoresh Ishay, Ayeleth Ohavim. Il fut un contemporain de Rabbi Yossef Caro.

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