Une fois tous les deux ou trois ans, le mois d’Adar double de taille. Ceci est dû à la structure particulière du calendrier juif : l’année juive étant composée de 12 mois lunaires, elle ne compte que 354 jours (12×29.5). Pour la garder en phase avec les saisons de l’année solaire de 365,25 jours, une année de 13 mois dite « embolismique » est insérée à sept reprises dans chaque cycle de 19 ans. Le mois supplémentaire est Adar II, ce qui nous donne 60 jours d’Adar, 60 jours de joie.

« Soixante » est un nombre qui figure en bonne place dans les lois alimentaires de la Torah (les lois de l’alimentation cachère). Si une substance non-cachère est dissoute ou cuite avec de la nourriture cachère, l’ensemble est rendu impropre à la consommation. Toutefois, si l’« influence négative » est égale ou inférieure à un 60ème de la masse totale, elle est « annulée dans soixante ». Et non seulement la « substance impure » est-elle neutralisée, mais elle devient même partie intégrante de l’ensemble.

Un mois de joie !!!

De tous les mois, Adar est le seul qui puisse passer de trente à soixante jours. Car Adar est le mois de la transformation joyeuse, le mois qui possède le « pouvoir d’annulation dans soixante ». Le pouvoir de transformer une force indésirable, et même destructrice, en une joie nourrissante.

Le mois qui fut transformé pour eux de la douleur à la joie. – Esther 9,22
Lorsque le mois d’Adar entre, on augmente dans la joie. – Talmud, 26b Taanit

Il y a de nombreuses dates joyeuses dans le calendrier juif, mais excepté Pourim, aucune d’entre elles n’affecte le mois tout entier, l’amenant à être gai et de bon augure. Quel est le lien intrinsèque entre Pourim et Adar ? Une compréhension de la nature unique de Pourim nous permettra de comprendre pourquoi sa joie s’étend durant tout le mois d’Adar.

Haman avait réussi à cibler le moment où les Juifs étaient à leur plus bas

Haman voulut profiter que les Juifs étaient à leur point le plus bas pour s’attaquer à eux. Après près d’un millénaire de liberté, d’indépendance et de miracles quasi constants, voilà qu’ils étaient désormais bannis de leur terre, sans défense et apparemment à la merci des lois de la nature. Ce fut une expérience totalement nouvelle pour la nation juive. Leur état spirituel avait également été significativement affecté. Le Temple de Jérusalem, où la présence de D.ieu était manifeste, symbole de Sa relation particulière avec Son peuple élu, était à présent en ruines. Et quant aux perspectives de sa reconstruction – même les gentils étaient au courant de la prophétie de Jérémie qu’après soixante-dix ans d’exil, D.ieu ramènerait les Juifs dans leur pays et reconstruirait le Temple. Mais soixante-dix ans s’étaient écoulés (tout du moins, c’est ce que tout le monde pensait, en raison de calculs erronés), et la rédemption attendue n’était pas arrivée.

« Le moment n’a jamais été aussi propice, se dit Haman. Assurément, le Peuple Élu a perdu son statut privilégié. C’est le moment idéal pour mettre en œuvre la Solution Finale. »

Haman, cependant, n’était pas encore satisfait. Il avait besoin d’un autre signe manifestant la vulnérabilité des Juifs. Le tirage au sort aurait le dernier mot. Et effectivement, le sort lui procura le signe exact qu’il attendait si impatiemment. Le sort désigna Adar comme mois où son funeste plan serait mis en application. Le Talmud nous relate que Haman fut enchanté de ce présage favorable. « Mon tirage au sort est tombé sur le mois où Moïse est mort ! », s’exclama-t-il. La disparition de Moïse, la « tête » de la nation juive, était sûrement une métaphore de la disparition de la nation tout entière !

Haman avait réussi à cibler le moment précis où les Juifs étaient à leur plus bas – aussi bien historiquement que sur le plan calendaire – pour mettre en œuvre son plan… Et pourtant, son plan échoua.

Pourquoi ?

L’histoire de notre nation est très similaire au déroulement de la vie humaine. Au cours de sa vie, toute personne subit des changements radicaux ; la fluctuation étant ce que la vie a de plus régulier. Le nouveau-né sans défense n’a pratiquement rien de commun avec la personnalité indépendante et talentueuse qui émergera des années plus tard. L’âge adulte a lui aussi des hauts et des bas, des jours heureux et des jours tristes, des jours accomplis et des jours apparemment gâchés. Il y a, cependant, une constante : l’identité et l’essence même de la personne. M. Untel demeurera toujours M. Untel, depuis le jour de sa naissance jusqu’au jour de sa mort.

Notre relation perpétuelle avec D.ieu est plus évidente encore lorsque nous sommes exilés et opprimés

Il en est de même concernant notre nation. Nous avons des hauts et des bas, à la fois spirituellement et matériellement, mais notre identité profonde, le fait que nous sommes la nation élue de D.ieu, n’est jamais affectée.

On peut même avancer que, dans un certain sens, notre relation perpétuelle avec D.ieu est plus évidente encore lorsque nous sommes exilés et opprimés à cause de nos péchés et que D.ieu intervient malgré tout pour nous sauver, comme cela a été démontré par le miracle de Pourim. Ce phénomène témoigne de la pérennité de notre relation, de la capacité de notre identité essentielle à survivre, quel que soit notre état apparent.

Toutes les autres fêtes célèbrent les « hauts » de notre nation. Et, en conséquence, leur joie est limitée, car les sommets ne durent pas. Pourim célèbre un moment où nous étions à un point bas de notre histoire – mais notre relation avec D.ieu est demeurée intacte. Sa joie est donc plus grande que celle de toute autre fête, car elle exprime la nature essentielle de notre relation avec D.ieu, et que celle-ci est constante.

Le mois d’Adar, le mois que Haman considérait comme le plus défavorable pour les Juifs, est le mois le plus joyeux de l’année, le mois où nous gardons à l’esprit qu’aucun « mauvais augure » ne saurait avoir une quelconque incidence sur notre relation avec D.ieu.

Chabad.org

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