Shmuel Trigano déplore la situation de «solitude» dans laquelle ont été plongés les juifs de France depuis 15 ans. La réponse sécuritaire de l’après 9 janvier est «bienvenue, mais pas suffisante», selon le sociologue et universitaire.

«Juifs de France : que faire ?» Face à la montée des actes antisémites, à la «pure haine religieuse» dont sont victimes les Français de confession juive, le sociologue et universitaire Shmuel Trigano dresse un constat : chacun peut et doit se poser la question du départ.

Le sentiment d’insécurité est-il tel pour les juifs aujourd’hui en France, qu’il faille poser la question du départ ?

Le facteur de la sécurité est déterminant. L’antisémitisme est réel, pas seulement chez ceux qui passent à l’acte, mais dans l’ensemble de la société. Ce n’est pas un hasard si 7 000 juifs ont quitté la France en 2014, sur une population totale de 450 000 environ. À Toulouse, où des juifs ont été assassinés par Merah en 2012, les départs sont nombreux. Les juifs de France ont perdu leurs repères.

Votre livre s’intitule «Quinze ans de solitude. Juifs de France 2000-2015». Pourquoi précisément l’année 2000 ?

C’est le début de la deuxième Intifada. Pendant plus d’un an, jusqu’à l’arrivée de Sarkozy au ministère de l’Intérieur, en 2002, il y aura un black-out total du gouvernement de gauche sur les actes antisémites en France. C’était «pour ne pas jeter de l’huile sur le feu», nous a dit plus tard le gouvernement. À cette époque, j’ai créé l’Observatoire du monde juif, pour relever les actes antisémites commis partout en France. Ils étaient très nombreux.

Vous avez des mots très durs, vous parlez de «pure haine religieuse» envers les juifs.

Oui, les juifs sont sous la menace des islamistes français sans aucun prétexte : ni caricaturistes, ni «à cause de Gaza», mais par pure haine religieuse, dont le retour cyclique dans l’histoire de l’islam est avéré par les historiens dignes de ce nom. Nous nous trouvons à un carrefour historique, que ce soit la communauté juive, comme la société française. L’antisémitisme en France n’est pas un problème juif, c’est un problème national.

Que faire pour faire baisser les tensions ? La réponse du gouvernement actuel aux tueries du mois de janvier vous semble-t-elle appropriée ?

Face à une haine qui apparaît comme vraiment délirante, il est impossible de protéger tous les citoyens. Fréquenter des lieux surveillés par 10 hommes en armes, c’est peut-être rassurant, mais c’est aussi inquiétant. Et que se passera-t-il quand le dispositif sera levé ? Je pense que malgré tous les efforts que pourra faire la communauté musulmane de France, il y aura toujours des activistes extrémistes pour s’en prendre aux juifs comme tels.

Propos recueillis par Cyril Doumergue

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