Le 16 avril 2026, au 49 boulevard Victor-Hugo à Neuilly-sur-Seine, deux balles ont mis fin à une cavale morale qui durait depuis quinze ans. Pour la famille d’Éric Robic, c’est l’assassinat d’un « homme de cœur ». Pour la famille de Lee Zeitouni, c’est le point final d’une agonie commencée sur un passage piéton de Tel-Aviv. Pour le peuple d’Israël, c’est le second choc d’une affaire où l’indécence des vivants a fini par insulter la mémoire des morts

L’illusion de l’ardoise effacée

En 2011, Eric Robic fuyait Israël après avoir fauché Lee Zeitouni, laissant la jeune professeure de Pilates expirer seule sur le bitume. En 2014, la France, refusant l’extradition, lui offrait le confort de ses tribunaux : une condamnation à cinq ans, dont il n’effectuera que quinze mois.

Pour l’entourage de Robic, ces quinze mois ont agi comme un baptême de pureté. À leurs yeux, la dette était soldée, la virginité retrouvée. C’est ici que réside le premier fossé, abyssal, entre nos deux mondes : la famille Robic a confondu la fin d’une peine technique avec la fin d’une responsabilité morale. Ils ont cru que la montre du tribunal pouvait arrêter le temps de la conscience.

L’indécence en héritage

Le véritable « deuxième choc » pour Israël n’est pas venu des coups de feu à Neuilly, mais des écrans de smartphones. Voir les proches du défunt ériger Robic en « père exceptionnel » sur Instagram et Facebook, tout en gardant un silence de plomb sur le nom de Lee Zeitouni est une violence inouïe.

Cette absence totale de remords, doublée d’une agressivité envers ceux qui rappellent les faits, dessine le portrait d’une famille qui vit dans une bulle d’impunité. Pour eux, le « businessman » était quitte. Pour nous, il restait l’homme du 4×4 BMW et de la fuite lâche. Ce mépris persistant envers la victime originelle transforme le deuil de la famille Robic en une provocation indécente.

Le tribunal de la rue, le verdict du ciel

Sur le plan juridique, l’affaire est une faillite. La France a servi de bouclier à un homme qui n’a cessé, une fois libre, de replonger dans le grand banditisme. Mais sur le plan historique et religieux, le parallèle est d’une précision glaçante.

Dans la tradition juive, nous parlons de Midah Knegue Midah : mesure pour mesure.

  • Lee est morte sur un passage piéton ; Robic est tombé sur un trottoir.
  • Lee a subi une violence soudaine ; Robic a connu une exécution brutale.
  • Robic a fui la justice des hommes, mais il n’a pu fuir son destin.

Conclusion : La boucle de la douleur

Avec une sérénité poignante, Itsik Zeitouni a résumé l’instant : « La boucle est bouclée ». Derrière ces mots, nulle soif de sang, mais un besoin vital d’équilibre. Là où la justice a manqué de souffle et où le coupable a confondu excuses judiciaires et rédemption morale — préférant tenter de racheter sa faute plutôt que de l’assumer — le destin a tranché. La réalité a rendu un verdict que plus personne ne peut contester.

La tribune que nous écrivons aujourd’hui n’est pas une célébration de la mort, mais un constat de faillite morale. La famille Robic pleure un « homme d’honneur ». Israël, de son côté, referme un livre dont l’encre était faite de larmes et de mépris. La justice humaine s’est arrêtée aux frontières, la justice du destin, elle, a fini par trouver son chemin jusqu’à Neuilly.

Rony Hayot
Journaliste et analyste politique, résidant à Bet Shemesh, Israël

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