Selon Eli Marom, directeur adjoint du département de la pharmacie au ministère israélien de la Santé, l’intégration de techniciens en pharmacie permettra de revaloriser le rôle du pharmacien en le déchargeant des tâches techniques et administratives qui occupent aujourd’hui une part importante de son activité.
Même constat pour Miri Treinin, pharmacienne en chef du district de Tel-Aviv, qui souligne que l’allongement de l’espérance de vie entraîne une consommation croissante de médicaments. Cette évolution augmente considérablement la charge de travail des pharmaciens et favorise leur épuisement professionnel.
« L’arrivée de techniciens permettra aux pharmaciens de consacrer davantage de temps aux patients tout en favorisant l’intégration de nouvelles technologies dans les pharmacies », a-t-elle expliqué.
Israël s’inspire des modèles étrangers
Flora Koch-Davidovitch, chercheuse au Centre d’information et de recherche de la Knesset, a présenté une comparaison avec les pratiques en vigueur aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande.
Dans ces pays, les techniciens en pharmacie disposent de compétences beaucoup plus étendues que celles actuellement envisagées en Israël. Ils peuvent notamment :
- préparer et reconstituer certains médicaments sur ordonnance ;
- sélectionner des produits pharmaceutiques ;
- réaliser diverses opérations techniques sous la supervision d’un pharmacien.
Le projet israélien reste, à ce stade, beaucoup plus prudent quant aux responsabilités confiées à ces futurs professionnels.
Une distinction claire pour les patients
La députée Tatiana Mazarsky (Yesh Atid) a insisté sur la nécessité que les patients puissent identifier clairement la personne qui les prend en charge : pharmacien, assistant en pharmacie ou technicien.
Elle a également rappelé qu’en toutes circonstances, les médicaments soumis à prescription médicale continueront d’être délivrés exclusivement par des pharmaciens diplômés.
Un large soutien… mais aussi des réserves
Plusieurs responsables de la profession ont exprimé leur soutien à cette réforme, notamment le professeur Amnon Hoffman, président du Conseil national de la pharmacie, ainsi qu’Eyal Ploum, conseiller juridique de l’Ordre des pharmaciens.
Ce dernier a toutefois plaidé pour la mise en place de normes nationales uniformes, afin d’éviter que l’organisation du travail ne varie d’une région à l’autre selon les décisions des pharmaciens de district.
De son côté, le professeur Eyal Schwartzberg, président de l’Organisation israélienne de pharmacie, a appelé à la prudence concernant le développement de « salles de médicaments » dans les zones rurales, estimant que leur mise en place devait être soigneusement encadrée.
Des inquiétudes sur le niveau de formation
Tous les intervenants ne partagent cependant pas cet enthousiasme.
Shemaria Hilleli, président de l’Union des pharmaciens, s’est montré particulièrement critique à l’égard du niveau de qualification prévu pour les futurs techniciens. Selon le projet de loi, un diplôme de fin d’études secondaires ou l’équivalent de douze années de scolarité suffirait pour accéder à la formation.
À ses yeux, cette exigence est insuffisante pour réaliser certaines opérations pharmaceutiques techniques, telles que la préparation ou le mélange de médicaments.
Il estime que ces actes doivent rester sous la responsabilité exclusive des pharmaciens diplômés.
Renforcer également le suivi des patients
Enfin, Sarah Gavish, pharmacienne en chef de la caisse d’assurance maladie Maccabi Healthcare Services, a souligné l’importance d’un suivi régulier des patients par les pharmaciens.
Selon elle, ces évaluations périodiques permettent de détecter les changements dans l’état de santé des patients susceptibles de nécessiter une adaptation de leur traitement médicamenteux.
Si la réforme est définitivement adoptée par la Knesset, Israël rejoindra les nombreux pays ayant créé la profession de technicien en pharmacie, tout en conservant un cadre réglementaire strict garantissant que les actes pharmaceutiques les plus sensibles demeurent de la responsabilité exclusive des pharmaciens diplômés.
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