Des juifs hors la loi jettent des pierres sur les soldats, les policiers et des Arabes innocents, comparent les soldats de Tsahal aux oppresseurs nazis, se rebellent contre l’État de droit et, en général, n’épargnent aucun moyen, verbal ou physique, pour atteindre leur objectif. Les actions de ce qu’on appelle entre autres « les jeunes des collines » sont déjà devenues monnaie courante. On peut regarder ce qui se passe avec incrédulité, mais nous savons tous qu’à gauche comme à droite les premiers signes de l’éclosion de la maladie « du schisme et du chaos » existent, mais sommeillent depuis de nombreuses années. En fait, nous savons exactement comment nous nous sommes retrouvés dans une telle situation, cela a commencé par de petites rébellions contre l’État de droit.

La Terre d’Israël est devenue l’horizon indépassable, la vision du tout, l’idéologie suprême, là où le peuple d’Israël et la Torah d’Israël, partenaires naturels du slogan commun, de la célèbre trilogie du Gush Emunim, ne sont plus gravés sur les frontons de leurs maisons, sur leur étendard, puisqu’ils les ont fourvoyés.

Il était certes permis d’arrondir les angles, de faire le dos rond, concernant les lois séculières légiférées par l’État d’Israël, affirmait, en silence, la branche radicale des membres des implantations. Tant qu’elles servent et sont destinées à l’objectif final, le plus élevé de tous : la Terre d’Israël. Un mécanisme manifeste et bien connu par et dans le secteur ultra-orthodoxe.

« Nous contrôlons ce qui se fait » clame la direction spirituelle et matérielle de l’implantation israélienne dans les Territoires, cette même direction que les chefs des séditieux qualifient aujourd’hui de « non pertinente. Désobéir à la loi est devenu une mode religieuse, pensant qu’enfreindre les lois de « petite manière » est acceptable. La ligne rouge de l’entreprise d’implantation se doit d’être l’ensemble des règles issues du jeu démocratique. Les extrêmes s’y refusent et aujourd’hui nous en subissons les conséquences.

Semblables aux contrevenants de la loi en Samarie, Shimon et Lévi, les fils de Jacob, comme indiqué dans le livre de la Genèse, n’ont nullement éprouvé et aucunement ressenti de commisération pour la population quand ils ont pris d’assaut Sch’eem afin de racheter l’honneur de leur sœur Dinah. Ils détenaient une vérité absolue, inébranlable, et aucun sentiment moral ne pouvait leur résister.

« Shimon et Lévy ! Digne couple de frères, leurs armes sont des instruments de violence. » (Bereshit 49, 5) C’est ainsi que leur père Jacob, en colère, les a définis. Si le viol de Dinah comme le massacre de Sch’eem nous indignent tout autant, ces réactions d’horreur sont néanmoins, dans une certaine mesure, en tension l’une avec l’autre. Pour que notre effroi, face au massacre perpétré, soit sincère, nous devons tout d’abord expliquer ce qui aurait dû se passer en lieu et place. Nous avons besoin d’une réponse, au préalable, spécifique à la question posée par les frères:

« Ils répondirent : « Devait-on traiter notre sœur comme une prostituée ? »

En tant que lecteurs honnêtes, nous devons également reconnaître que la Torah semble ici distinguer soigneusement les péchés des pécheurs. Shekhem est un violeur, mais un individu cherchant du mieux qu’il peut, dans son propre cadre de référence morale, à proposer une solution audible. Les frères, certes, mentent, tuent et pillent, mais pas sans raison. Le personnage apparemment le moins sympathique me paraît être Yaakov, qui ne parvient pas à les dissuader de contenir leur violence et d’assumer ses propres responsabilités. Quant à notre jeune fille, Dina, elle semble assez volage et délurée, reconnaissons également que le texte, lui-même, évite toute évaluation explicite. Les interprétations dépendent nécessairement des positions morales du commentateur ou de sa propre compréhension conséquente d’un vécu très personnel, ou bien des deux.

Shimon et Levi furent condamnés, sans ambages, par leur père, il leur a clairement signifié l’inacceptabilité de tels actes, l’invalidité criminelle de leur complot.

Notre situation est un peu différente. Si seuls quelques éducateurs et rabbins encouragent les offenses physiques ou verbales contre nos soldats, nombre d’entre eux viennent néanmoins soutenir les séditieux ramassant des pierres, pour ensuite les jeter sur des Arabes innocents et nos forces de sécurité. Que disent nos rabbins, se considérant comme des pédagogues inspirés, lors de leurs rencontres avec une certaine jeunesse exagérément illuminée ? Je serais satisfait si ces derniers étaient avertis de ne recevoir aucun appui, nulle solidarité, de la part des autorités religieuses. Demandons-nous s’il est possible de tolérer une telle situation, là où certains maîtres de religion n’aident point ces garçons, mais les transforment en voyous fondamentalistes, transgressant les lois toraniques les plus primaires qui soient données de connaître. Bienheureusement, ils sont peu à justifier la violence révoltante dont nous sommes les témoins ces jours-ci. Trop nombreux sont-ils encore ceux qui contestent publiquement le droit des tribunaux de juger, le droit des forces de sécurité d’agir et le droit du gouvernement de gouverner. Leurs étudiants ne sont pas stupides – ils savent eux-mêmes comment passer à l’étape suivante. Nous devons agir rapidement et de manière probante afin de nettoyer le système de l’éducation religieuse des éléments hostiles à l’État de droit. Il faudrait limoger tout un groupe d’éducateurs et de rabbins, c’est un prix que nous devrons payer pour corriger les terribles erreurs qui nous ont conduits à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Une majorité absolue du public sioniste-religieux est morale et fidèle à l’État de droit, il est donc interdit en toutes circonstances de permettre à des scélérats, grands ou petits, d’infiltrer les instances éducatives et culturelles.

Il est intéressant de noter que le châtiment que Yaakov impose à Shimon et Lévi suite à leur comportement barbare est sans appel:

 » Siméon et Lévi ! Digne couple de frères ; leurs armes sont des instruments de violence. Ne t’associe point à leurs desseins, ô mon âme ! Mon honneur ne soit pas complice de leur alliance ! Car, dans leur colère, ils ont immolé des hommes et pour leur passion ils ont frappé des taureaux. Maudite soit leur colère, car elle fut malfaisante et leur indignation, car elle a été funeste ! Je veux les séparer dans Jacob, les disperser en Israël.  » (Bereshit 49, 5-7)

Partant du postulat selon lequel « Nul n’a le droit de se faire justice », l’on peut d’ores et déjà conclure que la vindicte est une violation des principes juridiques de toute société moderne qui se veut démocratique. C’est purement une vengeance qui fait reculer toute société dans laquelle elle prospère à une époque moyenâgeuse, non seulement par son approbation par les adeptes de l’anarchie, mais surtout par la violence qui la caractérise.

On retrouve dans les attributs de la vindicte populaire, le désir de vengeance, l’instinct naturel de la vendetta, lequel, malgré l’évolution de la société et des mœurs, et l’institution de la justice étatique semble rester innée en l’homme. Les citoyens semblent chérir la loi du Talion selon laquelle : « œil pour œil, dent pour dent ». Dans cette logique, ôter la brebis galeuse par un acte excessif permettra de dissuader toute personne enclin à commettre de telles forfaitures ou ayant des velléités criminelles.

Rony Akrich pour Ashdodcafe.com